‹ Napoléon en ItalieChapitre 175 sur 423 · Gorr., IX · texte numérisé non relu

Gorr., IX

l'organe des philosophes et des hérétiques qui voudraient persuader à TEmpereur de se passer de la visite du Saint-Père* ». Consalvi pensa réclamer une autre lettre d'invitation et retarder jusque-là le départ du Saint-Père. Fesch répliqua qu'une pareille exigence paraîtrait inadmissible et offensante au gouvernement français, quand tous les préparatifs étaient déjà faits pour recevoir Sa Sainteté, tous les préfets, tous les magistrats, tout le peuple dans l'attente; il rappela toutes les assurances formelles que plusieurs fois l'empereur avait données que ce voyage tournerait au bien de la religion*. Caprara, dans le même temps, demandait à Talleyrand une nouvelle affirmation qu'il n'y aurait qu'une cérémonie pour le sacre et le couronnement, et Talleyrand le lui affirma, sans doute en souriant, et ajouta qu'aucune cérémonie ne pourrait avoir un caractère plus grand que la consécration par le pontife ^

Enfin les cardinaux conseillèrent au pape de ne pas résister davantage; il ne fallait pas compromettre au dernier moment les avantages que Ton espérait du voyage de Paris : Napoléon était capable de se couronner lui-même. Consalvi déclara que, s'en référant aux assurances antérieures données par le gouvernement français, le pape avait donné des ordres pour les préparatifs de son prochain départ : il partirait le 3 novembre et pensait arriver à Paris le 2 décembre. Et le pape écrivit à Napoléon, en insistant sur rintérct que la religion devait recevoir de son voyage, en exprimant sa confiance en la piété et la magnanimité de l'Empereur *.

La négociation avait été laborieuse et par moments dramatique. Car il y avait là deux grandes forces en présence. Napoléon voulait être Empereur, et, dominé par les souvenirs du moyen âge, il ne croyait pas l'être vraiment sans le pape; il oubliait alors les souvenirs de l'empire romain. Mais il ne voulait pas aller à Rome. Charlemagne, qui avait fait la guerre pour l'Église, pouvait demander au pape la consécration de son autorité; mais lui, fils de la Révolution, il ne voulut pas humilier la Révolution devant le pape de

A. Arch. nation., AF, IV, 1694. — AIT. Etr., Rome, 937, pièce 11. — D^Haussonville, I, 344.

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