‹ Napoléon en ItalieChapitre 180 sur 423 · AIT. Etr., Rome, 937, r · texte numérisé non relu

AIT. Etr., Rome, 937, r

2. A(T. Etr.. Rome, 937, f- 207, 212, 218 : dépêches d'Arlaud, secrétaire de la légaUon française & Rome.

3. Voir à ce sujet, dans les Etudes de la Compagnie de Jésus, P. Dudon, Les remontrances du pape à l'Empereur (5 février 1905).

ce fut l'objet d'un mémoire qui fut rédigé par le cardinal Antonelli et dont Texamen fut ensuite confié à Porlalis. Le pape avait obtenu à peu près satisfaction sur la question des évèques constitutionnels ; ils avaient souscrit à une formule de réconciliation satisfaisante ; il demanda que la même soumission fût obtenue des simples prêtres constitutionnels, que les prêtres mariés ne fussent point conservés dans TÉglise. Il demanda à l'Empereur d'autres mesures pour l'achèvement de la restauration du catholicisme : que les évêques eussent seuls droit d'inspection sur les mœurs et la conduite des clercs, que les congrégations fussent rétablies, notamment celles qui s'occupaient des missions chez les Infidèles, que le repos du dimanche et des fêtes religieuses fût obligatoire, que le recrutement du clergé fût favorisé par des améliorations matérielles dans sa condition, par le rétablissement et la dotation des séminaires. Il demanda encore que la religion catholique fût déclarée dominante en France comme elle Tétait en Italie, que les articles organiques fussent revisés comme on le lui avait fait espérer pendant la négociation du sacre, que le Concordat italien fût dégagé des articles réglementaires qui en avaient ensuite modifié profondément le caractère.

L'Empereur fit sur la plupart de ces points les plus sérieuses concessions. Il serait tout à fait injuste de ne pas le remarquer. Il les énuméra lui-même avec complaisance dans sa réponse écrite au Saint-Père*. Il promit de tenir la main au maintien de la paix religieuse par l'absolue réconciliation des constitutionnels avec l'Église, de n'employer dans l'éducation publique aucun prêtre ni religieux marié. Il admit très bien que pour les délits purement ecclésiastiques, n'intéressant que la discipline et uniquement susceptibles de peines portées par les canons, les évêques en fussent les seuls juges. Il promit de rendre au culte catholique le temple de Sainte-Geneviève, patronne de Paris; il se réserva d'examiner avec maturité l'importante question des congrégations d'hommes; mais "îl était nécessaire que d'abord « le clergé pût prendre une certaine consistance avant que d'élever à côté de lui des corpo- ' rations qui pourraient bientôt devenir plus fortes et plus puissantes que le clei^é lui-même »; néanmoins il s'empressa de rétablir

i. Aff. Elr., Rome, 937, f* 291. — Corr., X, 8457.

toiUes les corporations des soaiirs de la charité ou des sœurs hospitalières, consacrées au service des malades et à TéducalkHides jeunes filles. Madame, Mère de KEmpercur, fut nommée protectrice de ces établissements qui se multiplièrent aussitôt. Le décret impérial du 7 prairial an XII (27 mai 180&) avait rétabli la mission dite des Lazaristes en lui assurant une dotation annuelle de 15 000 francs. <« Sa Majesté, ajoute-t-on dans la réponse au pape, dotera volontiers les séminaires des missions étrangères et pourvoira abondamment à tout ce que la propagande pourra désirer. Pour un objet si important les plus grands sacrifices lui paraîtront légers. »

L'éducation religieuse ne sera pas négligée dans les lycées; les évèques seront placés dans les administrations qui dirigent ces établissements. Des aumôniers seront donnés aux troupes de terre et de mer, ainsi qu'aux hôpitaux militaires. Les religieuses qui, par leur ancien institut, s'étaient consacrées à l'éducation publique, furent autorisées à remplir le but de leur institution première. La restauration des édifices du culte fut accélérée par la loi de finances de l'an XIII qui autorisa les conseils généraux des départements à imposer un certain nombre de centimes additionnels pour réparations, entretien de bâtiments et même frais du culte.

Des mesures furent prises pour que la conscription mililaire ae nuisît point aux vocations ecclésiastiques, pour favoriser toutes les ordinations nécessaires au bien du service. L'artide XI du Concordat déclarait que le gouvernement ne s'obligeait pas à doter les séminaires; mais Napoléon c ne consultant que son désir de faire prospérer la religion » accorda aux évèques des bâtiments pour y établir leurs séminaires diocésains, les autorisa à recevoir toutes donations et legs, même en immeubles; il fonda luinoiéme dix séminaires métropolitains, qui furent absolument à la chai^ do trésor public.

Le Concordat promettait un traitement convenable aux évèques et aux curés seulement, et les articles organiques, en effet, ne s'occupaient pas à ce point de vue des autres ecclésiastiques. L'arrêté du 2& ventôse an XI avait assuré ensuite le traitement des vicaires généraux et. des chanoines» Mais surtout le décret du 5 nivôse an XUI (25 décembre 1804), rendu pour ainsi dire sous les yeux mêmes du pape, régla le sort des ministres qui desservaient

les succursales, et assura à 24 000 d'eulre eux un traitement de 500 francs ; ce qui augmenta de 12 millions le budget des cultes. C'était en vérité Vachèvement de la reconstitution matérielle de TÉglise de France. Gomme ce dernier décret intéresse la très grande majorité des ecclésiastiques, il y aurait quelque justice à dire que le voyage du pape à Paris a eu pour conséquence Torganisation déOnitive du budget des cultes.

« Votre Sainteté, disait la réponse impériale, verra dans ces diverses opérations la protection signalée que Sa Majesté accorde au culte et à ses ministres et le désir qu'elle aura toujours de remplir les vues de Votre Sainteté pour le plus grand bien de TÉglise. Au milieu des nécessités de la guerre, Sa Majesté a déployé, en faveur du culte et de ses ministres, des ressources qui semblaient ne pouvoir sa réaliser qu'après plusieurs années de paix. »

L'Empereur fit même une apparente concession sur la question do divorce : le pape demandait un changement dans cette partie du Gode qu'il jugeait en contradiction avec le dogme catholique de Tindissolubilité du mariage. Il refusa certes de changer le Gode; mais, avoua-t-il obligeamment, les lois civiles ne sauraient avoir qu'une bonté relative; c'est au temps à les perfectionner; il n'appartient qu'aux lois religieuses de recommander le bien absolu qui est de sa nature immuable. Il déclara d'ailleurs que les ministres du culte catholique étaient libres de refuser la bénédiction nuptiale à des époux qui voulaient se reinarier après un divorce.

Par contre l'Empereur refusa de déclarer la religion catholique dominante en France. Il ne répondit point sur les articles orga* niques, ni sur la loi réglementaire du Goncordat italien. Il demeurait prêt à faire beaucoup pour le bien de la religion ; mais il se gardait contre les prétentions de l'Église.

Après avoir obtenu ces avantages très appréciables, le pape parla de ses intérêts temporels, qui n'avaient pas cessé de le préoccuper depuis le Goncordat, et, pour être sûr de gagner un peu, il demanda beaucoup. H rechercha très loin dans le passé les pertes territoriales subies par la papauté. « Déjà même, disaitil, avant que la moitié du siècle passé fût écoulée, le Saint-Siège se vit réduit à se contenter de protestations au lieu de la possession

effective des duchés de Parme et de Plaisance, qui lui étaient pourtant dévolus comme fiefs siens et à lui appartenant par la mort du dernier duc Farnèse. » Il parla de Bénévent et de Spolèle, d'Avignon et du Gomtat, de flefs perdus dans le Piémont, des droits lucratifs perdus sur les expéditions, sur les annales, etc. Il parla surtout de la Romagne, du Bolonais et du Ferrarais, annexés à la République Cisalpine. « Nous pourrions facilement, disait-il à ce sujet, prouver le manque de titres du Directoire à faire occuper par des troupes TÉtat pontifical; nous pourrions développer les raisons politiques qui feraient voir qu'indépendamment de ce qu'il n'y aurait aucun danger pour la France, il serait encore utile pour l'équilibre de Tltalie de rendre ces domaines à un prince qui n a d'autres armes défensives que sa faiblesse temporelle et sa dignité spirituelle; mais nous ne voulons mettre notre confiance en rien, après Dieu, que dans la générosité et la grandeur de votre cœur magnanime. »

Et il terminait par une comparaison qu'il estimait flatteuse entre Napoléon et Gharlemagne. « Quelle ressemblance les sincères admirateurs de votre gloire n'aimaient-ils pas à remarquer entre l'ancien fondateur et le présent restaurateur de l'Empire français! Qu'il plaise donc à Votre Majesté Impériale, afin de rendre parfait le parallèle, de joindre ici l'imitation d'un acte si spontané et si célèbre par lequel Gharlemagne rendit à saint Pierre tout ce qu'il avait recouvré par ses armes glorieuses du don que lui avait déjà fait Pépin son père et qu'avaient envahi les Lombards qu'il vainquit, nous voulons dire de l'Exarchat de Ravenne et de la Pentapole, avec l'addition d'autres domaines et particulièrement des duchés de Spolète et de Bénévent*. »

Napoléon avait des idées très arrêtées — il le prouva bientôt — sur la puissance temporelle des papes; il y voyait une usurpation sur la puissance impériale. Aussi repoussa-t-il la demande, pourtant si humble, du Saint-Père; du moins il enveloppa son refus dans les grandes phrases et les vagues promesses. Il affirma son intention de profiter d'une circonstance favorable pour améliorer le domaine temporel. « Mais, ajoula-t-il, il ne m'est pas permis de tirer cette circonstance du cours des événements passés

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