‹ Napoléon en ItalieChapitre 181 sur 423 · Aff. Etr., Rome, 936, f430. - DUaussonviUe, I · texte numérisé non relu

Aff. Etr., Rome, 936, f430. - DUaussonviUe, I

qui ne sont au pouvoir de personne, auxquels nous n'avons pas eu de part et que Dieu a permis avant noire avènement au trône sur lequel il nous a élevé; en nous investissant du suprême pouvoir, il en a prescrit la mesure; nous devons respecter les limites qu'il a lui-même tracées, et nous nous trouvons également engagé dans cette circonstance par les lois fondamentales de TÉtat et par la sainteté du serment solennel que nous avons prêté. La France a bien chèrement acheté la puissance dont elle jouit; il n'est pas en notre pouvoir de rien retrancher à un empire qui est le prix de dix années de guerres sanglantes soutenues avec un admirable courage et des plus malheureuses agitations éprouvées avec une constance sans égale. Il nous est moins permis encore de diminuer le territoire d'un État étranger qui, en nous confiant le soin de le gouverner, nous a imposé le devoir de le protéger et ne nous a pas donné le droit de diminuer le territoire qu'il possédait quand nous nous sommes chargé de sa destinée.

« Si Dieu nous accorde la durée de la vie commune des hommes, nous espérons trouver des circonstances où il nous sera donné de pouvoir améliorer et étendre le domaine du Saint- Père ^ »

Étant donnés l'âge de l'Empereur et celui du pape, cet engagement ne tirait pas à conséquence : ce langage n'était pas de bonne foi. Aussi Pie VII s'en retourna-t-il à Rome satisfait sans doute d'avoir travaillé au bien de la religion, moins satisfait certainement des résultats obtenus pour le bien de la papauté.

Pendant les fêtes de la semaine sainte, le bruit courut à Rome que le Pape et l'Empereur étaient en désaccord. On sut alors que le sénatus-consulte du 18 mars 1805 avait proclamé Napoléon roi d'Italie, et on commença de craindre que le pape ne fût retenu à Paris; car la rumeur publique broda sur les faits réels des variations imaginaires, dont quelques-unes d'ailleurs n'étaient que prématurées : Murât allait devenir prince de Lucques, le grandduc Constantin roi des Sept-Iles et du Monténégro; le pouvoir temporel de la papauté allait être supprimé; on affirmait que Pie VII s'y attendait, qu'il avait pris avant de partir pour la France les précautions nécessaires, que si l'on voulait le garder de

i. AIT. Etr., Rome, 936, P* 422.

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force, il abdiquerait la papauté et TEmpereur n'aurait plus entre les mains qu'un pauvre moine appelé Barnabe Ghiaramonti \ Tous ces bruits, qui ne manquaient pas de causer à Rome quelque agitation contre les Français, étaient entretenus par les agents du gouvernement napolitain, par les prêtres; les Français de Rome étaient obligés à beaucoup de prudence quand ils passaient dans certains faubourgs, surtout dans le Transtevere.

Ënlln on annonça avec certitude le retour du pape à Rome, en même temps que le voyage de l'Empereur à Milan, où il allait prendre la couronne de fer. On se réjouit de la première nouvelle; puis on s'effraya de la seconde : Napoléon empereur et roi d'Italie n 'allait-il pas donner à ces titres tout leur sens historique? On s attendit à un prochain voyage de l'Empereur à Rome, à quelque répétition des grandes scènes de la Noël de l'an 800. Le peuple éprouva la même émotion que les gouvernements menacés dans leur indépendance; on parla d'une alliance entre Rome, Florence et Naples, d'une prochaine visite du roi de Naples et du petit roi d'Étrurie au Saint-Père, d'une sorte de concentration des forces ennemies de la France sous la direction de l'Église*.

Après une dernière entrevue avec l'Empereur à Stupinigi, près de Turin, le pape rentra à Rome le 16 mai; la ville était illuminée, il alla entendre le 7^4^ Deum à Saint-Pierre et reprit possession de ses appartements du Quirinal. A son entourage, il fit la recommaodation pressante de ne rien manifester qui pût exciter le mécontentement de la cour de France; il raconta que l'Empereur loi avait dit : « Je suis pressé de toutes parts pour faire cesser l'autorité temporelle du Saint-Siège; mais, tant que ce sera en mou pouvoir, je maintiendrai cette autorité ». Il en concluait qu'il ne fallait pas s'alarmer hors de propos et que c'était trop servir les ennemis de TErapcreur et de la religion que d'accréditer des bruits sinistres et de faire penser à des changements auxquels peut-être on ne pensait pas encore*.

Peu de temps après, en consistoire secret, il prononça une allocution sur les résultats de son voyage; ce sont presque les termes du rapport ou T Empereur avait répondu aux demandes du

i. Arr, Elr,» Rome 938, f 86 : lettre d'Artaud. — D^Hausson ville, I, 378^79. a. AIT, Etr, Rome. 938, f 108, 126, 161, 177. 3, AfL Elr, 938, r (74 : dépêche d'Artaud.

Sainl-Père. Le pape disait rempressement des populations sur sa route, le séjour à Florence et la belle réception de la reine-régente, la confirmation donnée au jeune roi Louis II, les profonds sentiments de religion et de piété manifestés par tout le peuple de France, la cathédrale de Lyon trop petite pour contenir la masse des fidèles accourus pour recevoir la bénédiction pontificale, le sanctuaire de Fourvières rendu au culte, la réception de Fontainebleau, les fêtes du sacre, le baptême à Saint-Cloud du prince Napoléon, neveu de TEmpereur, qui, avec Tlmpératrice-Mère, avait tenu avec beaucoup de piélé Tenfant sur les fonts sacrés, l'église Sainte-Geneviève rendue au culte, la société des prêtres de la Mission et celle des Filles de la Charité rappelées à une nouvelle vie, reparus avec leurs vêlements sacrés et les autres marques de leur profession, des séminaires partout ouverts, réducation chrétienne définitivement rétablie dans larmée, les hôpitaux, les écoles. 11 se réjouissait que le voyage pontifical et les fêtes dont il avait été l'occasion eussent manifesté au monde Téclalante restauration de la religion catholique*. C'étaient là en effet des résultats considérables, dont l'avenir devait montrer la solidité. En dépit de la résistance opposée par l'Empereur à certaines demandes du pape, ce fut l'Église qui emporta le principal bénéfice du sacre comme du Concordat.

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