‹ Napoléon en ItalieChapitre 186 sur 423 · Arch. nation., AF, IV · texte numérisé non relu

Arch. nation., AF, IV

tance considérable : régler tout ce qui n'est pas prévu par la conslitution, dissoudre les collèges électoraux ou les chambres; choisir le roi parmi les princes dans Tordre de l'hérédité, nommer le roi dans le cas d'extinction des lignes dynastiques; proposer aux collèges le décret pour l'avènement d'une nouvelle dynastie. Toute la réalité du pouvoir eû^élé entre les mains de ce « magistrat suprême ». Mais il fallait quelque naïveté pour se figurer que l'Empereur consentirait à créer contre lui-même une pareille autorité.

Melzi d'ailleurs renouvelait à Marescalchi les instructions confidentielles de la Consulte. « L'exécution du projet est toujours subordonnée à deux conditions essentielles qui sont celle de la garantie et celle d'un traité avec la France. Les deux choses doivent précéder toute tentative auprès des collèges électoraux. Il est nécessaire que l'Empereur des Français remette à la République Italienne un acte solennel de garantie du traité de Lunéville qui ne lui a jamais été communiqué. Il est de la dignité de Sa Majesté Impériale elle-même que cette garantie solennelle précède sa nomination au trône d'Italie et l'établissement de la dynastie dans sa famille, afin que l'Europe entière voie et reconnaisse dans cet acte mémorable un témoignage libre et spontané de la reconnaissance d'un peuple qui unit ses destinées à celles de son auguste bienfaiteur et de sa . descendance. Le traité d'alliance n'est pas moins nécessaire pour mettre les deux États sur le niveau d'une égalité morale. »

L'Empereur ne fut pas content. Il vit en tout cela, et il n'avait pas tout à fait tort, des précautions prises contre lui-même, et il s'en prit à Melzi qui avait tenu la plume. Il eut la bonté, dit Marescalchi fort embarrassé de ce conflit, de regarder cette lettre comme écrite sans réflexioUy et dans un moment que la goutte le travaillait plus quà Vordinaire. (Les mots soulignés le sont dans le texte.)

Le conflit était grave, il portait sur la question même de l'indépendance de l'Italie, dont Melzi, au nom de la Consulte, se faisait le tenace représentant contre l'Empereur. Mais il sentait bien qu'il n'était pas de taille à vaincre; il faisait depuis quatre ans son devoir de bon Italien, uniquement occupé des intérêts et de la liberté de son pays; il avait le grand mérite du moins de rester

lui-même très indépendant de caractère et de ne point se plier à la volonté du maitre; mais il savait que cette volonté écraserait la sienne.

C'est pourquoi, dès le 29 mai 1804, dans la lettre même où il présentait au nouvel Empereur Thommage de la Consulte, il faisait valoir son état de santé pour obtenir sa retraite. « Votre Majesté Impériale connaît mon vœu constant et sincère. Depuis vingt-six mois qui se sont écoulés, j'en ai passé douze à peu près entre le lit et le fauteuil, et il devient inutile d'ajouter que toutes mes facultés en sont restées sensiblement affaissées... Le jour que Votre Majesté me permettra de rentrer dans la vie privée, elle aura fait un heureux de plus*. » Et il écrivait d'autre part à Cambacérès pour le prier d'appuyer cette demande de retraite; il fondait sa résolution sur l'établissement d'un nouvel ordre de chpses pour lequel il n'était pas fait; il y disait son « intime conviction de ne pas pouvoir soutenir désormais ce fardeau, de suivre, disait-il, ce que mon honneur et ma conscience m'ordonnent en demandant d'en être déchargé* ».

Napoléon était irrité, sinon étonné, de la conduite de Melzi; mais il ne voulait pas se séparer brutalement de lui; il ne lui convenait pas de faire un éclat. Il ne consentit point encore à la retraite de Melzi : « Vous êtes engagé dans la lice; il faut que désormais vous mouriez au milieu des hommes et des embarras du gouvernement des nations' ». Napoléon aimait quelquefois l'ironie. Et Melzi acceptait « cet honorable décret de mort ». « Votre Majesté m'ordonne de rester à mon poste. J'obéis et j'y resterai tant que l'honneur me le permettra \ » Mais l'Empereur fit aussitôt comme si son décret de mort était déjà exécuté : le mois suivant, sans consulter le vice-président, il destitua le ministre de la guerre Triulzi et le remplaça par le général Pino qui avait été souvent du parti de l'opposition contre Melzi. Celui-ci envoya cette fois sa démission. C'était pendant le voyage dans le pays rhénaà. Marescalchi fut très ennuyé ; il en fit part à Talleyrand et prit le parti de ne pas communiquer à l'Empereur la lettre de Melzi, et de la renvoyer

i. Melzi, II, 213-214.

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