Arch. nation., AP, IV
liantes, renonçant à l'Italie qu'il pouvait garder; nul doute que, si Joseph ou Louis avait accepté Tltalie, il ne leur eût fait de telles conditions ensuite, ou les eût tenus, comme plus tard, si étroitement liés, qu'il serait quand même resté le maître. Mais en vérité lui seul, étant Empereur, pouvait être roi d'Italie * ; maître de la couronne de Charlemagne, la couronne de fer des rois lombards ne pouvait être qu'à lui; la donner à un autre eût été un non-sens, il ne le commit pas. Il fut content que Ton pensât qu'il la prenait malgré lui, que, ses deux frères la refusant, il fallait bien qu'il la gardât pour lui; assurément il ne se fil qu'une douce violence.
Avec une extrême habileté, l'Empereur devint roi d'Italie, et fit croire, pour ne pas effaroucher ses ennemis, que c'était par accident, que ce n'était pas le naturel complément de son titre impérial. Il n'est pas nécessaire que nous soyons dupes aussi. D'ailleurs, nous y devons voir la suite logique de toute cette politique italienne que nous analysons depuis Marengo. Il était trop jeune encore et trop fraîchement empereur pour abdiquer déjà une si belle part de sa puissance.
Sa résolution prise, Napoléon, dit Thiers', « agit en créateur qui avait fait de l'Italie ce qu'elle était et qui avait le droit d'en faire encore ce qu'il croyait utile qu'elle devint ». 11 tint le plus grand compte des vœux de la Consulte dans la mesure où ils s'accordaient avec son ambition. Mais il ne se mit pas en peine de consulter les collèges électoraux, comme Meizi et ses collègues l'avaient demandé; il ne prit point d'engagement au sujet des charges financières dont l'Italie se plaignait; il ne promit aucune garantie de la part des puissances étrangères; la sienne devait suffire.
La Consulte, toujours réunie à Paris, fut mise au courant des volontés de l'Empereur et ne s'y opposa point. Le 17 mars, à
1. ■ La couronne de Lombardie, écrivait alors le comte Charles de Nesselrode, était, à ce qu'il parait, trop belle pour tout autre que Napoléon luimême. ■ — Lettres et papiers du chancelier comte de Nesselrode, III, 25-2".