Thiers, l. V, liv
LE COURONNEMENT DE MILAN 3i9
. frappée à Milan avec cette légende : « Napoleo Rex totius Italiae * ». Après avoir annoncé que le pape ne reviendrait pas à Rome (car il n'y rentra que le 16 mai), on prédit que TEmpereur réservait la tiare à quelque personne éminente de sa maison. On parlait à lort et à travers d'une alliance entre Florence, Rome et Naples; on disait aussi que l'Empereur pourrait bien venir de Milan à Rome, et l'on craignait que ce voyage ne ressemblât point à celui de Charlemagne en l'an 800.
D'avril à juin 1805, le Moniteur est rempli de centaines d adresses de félicitations et de reconnaissance envoyées au nouveau roi de tous les points de son royaume. Il n'est pas question de leur attribuer une valeur d'absolue sincérité. Il convient d'en rapprocher des renseignements non moins officiels, comme ceux-ci.
La Consulte, revenue à Milan, dit dans un Mémoire à TEmpereur-roi, le 15 avril : « L'état des départements, plus encore celui de la ville de Milan, relativement au nouvel ordre de choses, est une apathie profonde, avec cette différence pourtant que les départements pourraient être facilement remués, et échauffés au moindre avantage qui leur serait proposé, au lieu que Milan, dont les habitants, quoique bons, ont par tempérament un peu dlinertie, et par l'effet des mauvaises préventions qui s'y sont établies plus qu'ailleurs, demeure toujours difficile à émouvoir et à exciter. »
Dans le même temps Marescalchi, qui précédait l'Empereur à Milan pour préparer les voies, lui écrivait : « Il y a bien des obstacles à surmonter. Je trouve les portes des grands seigneurs fermées, les esprits préoccupés par les préventions les plus funestes et les plus ridicules... Enfin il n'y a que la présence de V. M. qui puisse opérer le prodige de les convaincre et de les ramener. J'espère pourtant de réussir à faire organiser une garde d'honneur*. »
On redoutait surtout, et on y avait quelque raison, que ces événements n'amenassent entre la France et l'Autriche de nouvelles hostilités, dont l'Italie, par sa situation, souffrirait plus que tout autre pays ; elle était lasse d'être un champ de bataille toujours piétiné et ensanglanté.
1. Aff. Etr. Voir lacorr. d'Artaud et d'Isoard, Corr. Rome, n* 938.