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pyramide; qu'on y monte de bloc en bloc comme sur celle d'Egypte. » D'autres petits monuments ou des inscriptions sur table de marbre furent établis de même à MôntenoUe, Dego, Mondovi. L'Empereur reprenait tous les souvenirs les plus glorieux de sa carrière, de Montenotte à Marengo; à défaut de la consécration du temps, il leur donnait celle de la lointaine Egypte des Pharaons : il savait admirablement évoquer, au service de sa jeune gloire, les plus merveilleux tableaux du passé.
L'Empereur arriva le 6 mai à Mezzana-Gorte sur le Pô ; il y fut reçu par Melzi, Jourdan, commandant en chef de Tarmée d'Italie, et le préfet de l'OIona. APavie, il descendit chez le marquis Botta, « qui à vrai dire se souciait fort peu de voir sa maison transformée en palais impérial à l'usage de Napoléon * ». Il arriva le 10 mai à Milan et y résida un mois.
Il y tint sa cour avec l'impératrice Joséphine. Il y reçut les hommages des collèges électoraux, de^ nombreux ambassadeurs, d'Espagne, du Portugal, de Prusse, non pas d'Autriche. Le ministre prussien Lucchesini lui apporta les décorations de l'Aigle noir et de l'Aigle rouge et Napoléon affecta de s'en parer publiquement. L'envoyé de Naples, prince de Cardito, fut très mal traité : Napoléon avait beaucoup à se plaindre de la reine de Naples, € la moderne Athalie, fille de Jézabel ». Il le lui fit bien voir. On sait qu'il aimait les brutales manifestations de son cour-^ roux '.
Cependant on préparait le grand acte du couronnement. On apporta de Monza la couronne de fer des anciens rois lombards, celle-là même que Gharlemagne, qu'Otton le Grand avaient portée, qui avait été pour eux le complément de la couronne impériale. En son honneur l'Empereur fonda l'ordre de la Couronne de Fer. Les préparatifs de la cérémonie furent suivis par la population milanaise avec les sentiments de la plus vive curiosité et d'une sorte d'orgueil, qui réchauffa peu à peu la première froideur et effaça les soucis.
On raconta bien que la police, pour éviter des cris malsonnants, avait inventé d'exiger des billets pour entrer à la cathédrale; que
!. Botta, V, 13.
J. LefebTre I, p. 58-60. — Bignon, IV, 222. — AfT. Etr., Corr. de Vienne, n* 317, f» 23. — Voir plus loin, ch. xni.
Dbiault. — Italie. 21
Tagent préposé à la distribution de ees billets, uq certain Galloni, courtier de galanteries et de billets de théâtres, avait donné les neilleures places à des filles publiques, ainsi confondues avec les princesses et les grandes dames, qui s'en plaignirent ^ Botta écrit bien que Joséphine et Elisa y étaient € brillantes de diamants, qu'elles auraient dû montrer en Italie moins que partout ailleurs » ^. Botta est uae mauvaise langue, et ce sont là des expressions d'impuissante colère qui font ressortir davantage l'éclatante majesté de toute la cérémonie.
Talleyrand était aux fêtes de Milan et il s'exprime ainsi dans ses Mémoires^ : « La nouvelle guerre dans laquelle Bonaparte se trouvait engagé avec l'Angleterre exigeant l'emploi de toutes ses ressources, il ne fallait que la prudence la plus vulgaire pour ne rien entreprendre qui pût exciter les puissances du continent i faire cause commune avec son ennemie. Mais la vanité l'emporta encore. Il ne lui suffisait plus d'avoir été proclamé, sous le nom de Napoléon, Empereur des Français; il ne lui suffisait pas d'avoir été sacré par le Souverain Pontife : il voulait encore être roi dltalie, pour être empereur et roi, aussi bien que le chef de la maison d'Autriche. En conséquence il se fait couronner à Milan, et, au lieu de prendre simplement le litre de roi de Lombardie, il choisit le titre plus ambitieux et par cela même plus alarmant de roi d'Italie, comme si son dessein était de soumettre l'Italie entière à son sceptre. » M. de Talleyrand ne manquait pas de finesse.
Nous n'avons pas trouvé sur le couronnement de Milan de récit plus intéressant, et plus émouvant par endroits, que celui que M. de Talleyrand en fit lui-même à M. de La Rochefoucauld; il mérite de demeurer le récit classique de ce grand événement.
Sa Majesté l'Empereur des Français vient. Monsieur, d'être couronné roi d'Italie. Le 2 prairial (22 mai), la couronne de fer des anciens rois lombards, déposée à Monza depuis quatorze siècles, avait été solennellement transférée à Milan. Le 6, à la pointe du jour, des salves d'artillerie, le son des cloches, l'empressement des habitants et des étrangers accourus de tous les Ëtats voisins annoncèrent la fête du nouveau couronnement.