AIT. Etr., Parme, n*» 47, f
seront supprimés, sans pouvoir rien exiger soit pour amortissement, soit pour droits échus* ». Le Gode aussi, qui portait au delà des frontières de la France les maximes de l'égalité révolutionnaire, allait exciter dans toute Tltalie de grandes clameurs : car il annonçait les temps nouveaux.
Si, en considération de ses bons rapports avec les Bourbons d'Espagne, Napoléon respectait la situation de leurs parents en Italie, s'abstenait même de prononcer un arrêt définitif sur le duché de Parme, il n'avait pas les mêmes scrupules à l'égard des dernières républiques qui existaient encore dans la péninsule, et qui dans la transformation générale devaient disparaître comme la République Française. La République de Lucques devint un fief d'Empire. La République de Gênes fut absorbée dans l'Empire.
La Gonstitution octroyée par Saliceti à la République de Lucques ne lui avait pas donné le bonheur, et sans doute il n'en fut pas ému. Le désordre continua de régner dans les finances; il était la suite des exactions antérieures, où Saliceti avait eu sa part; du moins Glarke, envoyé à Lucques en mission temporaire, ne l'épargne pas à cet égard et remplit ses dépêches de viEs reproches à son adresse. Le désordre entraîne avec lui la discorde. Le Grand Gonseil de Lucques fut déchiré par les querelles entre les possidenti et les démocrates; ceux-ci, en se servant abusivement de l'influence française, l'emportèrent*; leur chef, un pêcheur d'éloquence hardie, Belluomini, s'imposa par une sorte de terreur et fut élu plusieurs fois gonfalonier. Sa gendarmerie « républicanissime » se comporta de telle manière qu'il fallut y envoyer quelques troupes françaises, sous le général Gompère; il en coûta en plus à la République de Lucques hO 000 francs par mois.
Le citoyen Glaude-Joseph Derville-Maléchart fut nommé ministre de France à Lucques, le 2 juillet 1803. Après quelques mois d'observation, il exprima l'opinion que Lucques était « le pays le plus divisé de la terre, qu'il n'y avait pas deux citoyens d'accord sur les moyens de gouverner l'État, que Tintervenlion de la France y serait bientôt nécessaire' ». Belluomini n'en discon-
i. Aff. Etr., Parme, n' 47, r» 416 : décret de Milan du 14 prairial an XIII.
2. Aff. Etr., Lucques, n* 2, f^ 28 et s., 40-41. — Cf. Marmottan, Bonaparte et la République de Lucques, p. 76-77, 83-84.
3. Aff. Ètr., Lucques, n' 2, f" 72-76; n» 3, (*• 119-120 : dépêches de DervUle- Maléchart. — Cf. Marmottan, p. 114-116.
yenait pas; chacun estimait que des changements étaient indispensables, que la constitution était excellente probablement, mais déformée par les dissensions, que l'Empereur seul était capable d'achever l'organisation de la République.
L'Empereur partageait cette opinion. Pendant qu'il était à Milan, le & juin 1805, le gouvernement lucquois décida de lui demander ensemble une nouvelle constitution politique et un prince de sa famille. Une députation lui fut envoyée, lors de son passage à Bologne, le 23 juin 1805 ; elle lui fut présentée par le gonfalonier Belluomini, qui prononça le discours de circonstance. Napoléon y répondit quelques mots : € Monsieur le Gonfalonier, messieurs les Députés des anciens et du peuple de Lucques, mon ministre près votre République m*a prévenu de la démarche que vous faites; il m'en a fait connaître toute la sincérité. La République de Lucques, sans force et sans armée, a trouvé sa garantie,^ pendant les siècles passés, dans la loi générale de l'Empire, dont elle dépendait. Je considère comme une charge attachée à ma couronne l'obligation de concilier les différents partis qui peuvent diviser l'intérieur de votre patrie... J'accomplirai votre vœu; je confierai le gouvernement de vos peuples à une personne qui m'est chère par les liens du sang. Je lui imposerai l'obligation de respecter constamment vos constitutions. Elle ne sera animée que du désir de remplir ce premier devoir des princes, l'impartiale distribution de la justice ^ »
Le même jour, un statut constitutionnel nomma Félix Bacciochi et la princesse Elisa Pnnce et Princesse de Lucques et Piombino, institua, pour les assister dans le gouvernement, deux ministres, six conseillers d'État, un sénat de trente-six membres choisis parmi les propriétaires. Belluomini fut nommé ministre des finances. L'Empereur ajouta à cette constitution un acte de garantie de l'indépendance de Lucques ^ Cela était au moins superflu. La principauté de Lucques et Piombino fut le premier fief de l'Empire; en cela, sa création a de l'importance : elle n'indique pas chez l'Empereur l'intention d'assurer bientôt l'indépendance de l'Italie.
La réunion de Gènes à l'Empire présente la même sorte d'in-
i. Corr., X, 8939.
2. AIT. Etr., Lucques, n» 3, T' 182-190, 212, 225, 227. 265 et s.
térêt; elle précise dans le même sens ce moment de la pensée impériale.
La constitution donnée à Gènes en 1803 n'eut pas une autre destinée que celle de Lucques. Les Génois ne mirent pas de bonne volonté à son application; c*est sans doute parce qu'ils la considéraient comme une œuvre étrangère. Ils ne se hâtèrent point de voler les lois organiques qui devaient la compléter.
Au printemps de 180/i, il fallut, selon la constitution, procéder au renouvellement d'un tiers du Sénat; il y avait dix membres à remplacer. Mais comment désigner le tiers sortant et nommer les nouveaux sénateurs? Il parut à Saliceli que le Premier Consul, ayant eu le pouvoir constituant, avait naturellement le pouvoir d'interpréter la constitution; Talleyrand fit un rapport sans conclusion, demandant à Bonaparte s'il nommerait lui-même les dix nouveaux membres du sénat ligurien, ou s'il en laisserait le soin aux collèges : mais les collèges n'étaient pas constitués, car cette besogne était longue : il n'y avait pas de cadastre pour déterminer la valeur des propriétés et former la liste des possidenti. En fin de compte, le Premier Consul laissa faire lès sénateurs, qui décidèrent que pour celte fois exceptionnellement ils nommeraient leurs nouveaux collègues. Saliceli d'ailleurs put se féliciter des choix qui furent faits et auxquels il avait contribué, dit-il, par la persuasion*. On peut l'en croire.
Cependant la République ligurienne se montrait docile à l'amitié à laquelle elle était obligée à l'égard de la France. Dès les premiers temps de la rupture de la paix d'Amiens, Talleyrand déclara que Gènes devait retenir les Anglais comme prisonniers de guerre, multiplier les armements en course, entretenir et solder de nouvelles troupes françaises, tout cela faisant partie d'un grand plan défensif qui devait être exécuté d'ensemble et simultanément. Huit jours après, Saliceli répondait que toutes les mesures exigées par le gouvernement français avaient été prises aussitôt, que les Anglais présents à Gênes avaient été arrêtés, notamment le viceconsul d'Angleterre et Lord Shaflesbury avec sa famille ; en juillet, le Sénat décréta même l'interdiction des marchandises anglaises et des denrées coloniales venues sur navires anglais *. Le 26 jan-