Gorr., X
2. Aff. Etr., Gênes, n* 179, ^• 444-«5. — Gorr., X, »811, 8873, 8918.
limites de notre territoire, nous regardons notre indépendance comme ayant cessé; votre mission sera par cela même terminée... L'accroissement de la puissance maritime de la France sera sans doute agréable à toutes les puissances du continent, en la fortiOant pour la lutte contre le tyran des mers ^ »
Giusti ne fut point content et en lit diverses manifestations. >'apoléon en écrivit à Champagny le 14 juin : < Vous ferez connaître à M. le baron de Giusti qu'il est le maitre de rester à Gênes, mais qu'il n*a plus aucun caractère public, par la meilleure de toutes les raisons, qui est que le gouvernement auprès duquel il était accrédité est dissous; que sa mission est finie, non par la volonté du gouvernement ligurien, mais par la nature des choses* ».
Le !•' juin aussi, c'est-à-dire une semaine après le vote du Sénat ligurien, Talleyrand le faisait connaître à M. de La Rochefoucauld, ambassadeur de France à Vienne, en des termes qui ne sont pas l'expression de la vérité, car ils étaient destinés au gouvernement autrichien : « Sa Majesté n'en avait eu qu'indirectement connaissance par son ministre plénipotentiaire en Ligurie et par l'entretien qu'elle avait eu à Milan avec le doge de Gênes. Le doge, la députation génoise chargée de se rendre près de Sa Majesté, étaient convaincus que la Ligurie ne pouvait plus défendre son indépendance, que ses ressources dépérissaient, qu'elle était à la merci des Anglais et des Barbaresques.
€ Le Doge a fait connaître à Sa Majesté la mesure à laquelle la Ligurie était forcée par les dangers de sa position et dont le besoin était senti par tous les habitants. S. M. l'Empereur et Roi a vu avec peine qu'après tout ce qu'elle avait fait en différents temps pour consolider l'existence de Gênes, cette République fût obligée de renoncer à l'indépendance qu'il avait été dans ses intentions de lui procurer ; il a été infiniment pénible à l'Empereur de voir que les circonstances où Gênes s'est trouvée placée aient détruit l'effet de tous les avantages qu'il lui avait accordés.
« Sa Majesté n'a pas encore fait connaître aux Génois, quelque pressantes que soient leurs sollicitations, le parti auquel elle pourrait s'arrêter. Cependant, sans être portée par inclination à
i, AIT. Etr., Gênes, o' 179, f 410-413. 2. Corr., X, 8889.
accueillir le vœu qui lui était exprimé, Sa Majesté n'a pu se dispenser de remarquer que le sentiment des populations est unanime, que la ruine de Gènes est sans cela inévitable. »
La Rochefoucauld devait en outre rappeler que maintes fois les Génois avaient déjà disposé de leur indépendance en faveur de la France ou des ducs de Milan, que Louis XI les avait donnés au diable, ne pensant pas que Gènes pût lui être d*aucun avantage, que pourtant alors elle avait un commerce florissant et une marine réputée, que désormais au contraire elle n'était plus qu'un embarras. En sorte qu'il en faudrait conclure que Napoléon était fort ennuyé du vœu des Génois : pourtant il ne les donna pas au diable. En post-scriptum Talleyrand ajoutait : « Quand l'Empereur se sera décidé, j'aurai l'honneur de vous faire connaître le parti auquel il se sera arrêté, mais ihvoit avec beaucoup de peine la tendance qu'ont prise les événements de Gênes ».
Dans une autre circulaire du même jour, adressée aux autres ambassadeurs, il y a moins de précautions diplomatiques; il n'est pas question des hésitations et des peines de l'Empereur. « Sa Majesté a dû déférer au vœu qui lui était exprimé... Quand les Anglais rendront Goa aux Portugais, Ceyian aux Hollandais, le vaste héritage de Tippoo Sahib à ses héritiers, ils seront plus autorisés à réclamer contre la réunion d*un territoire déjà enclavé dans l'Empire français^ ».
Les explications mêmes données à l'Autriche ne la satisfirent point. Elle fut très émue de la réunion de Gènes à Id France. Cela achevait de donner aux événements de Milan tout leur sens. Il lui était difficile de croire que la réunion des couronnes de France et d'Italie sur la tète de Napoléon fût seulement provisoire puisqu'il continuait d'étendre l'Empire français au delà des Alpes : par Gènes, Lucques, Parme, il enveloppait le nouveau royaume d'Italie; comment admettre qu'il fût sincèrement disposé à en assurer l'indépendance! En vérité son établissement dans la Haute-Italie avait désormais un caractère définitif, et la situation de l'Autriche en Vénétie en était déjà compromise. Même, par Lucques, il franchissait l'Apennin et menaçait l'Italie péninsulaire. C'était, comme sous le Directoire, la domination française pré-