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Aff. Etr., Gènes, n» 179, f

parée sur toule Tllalie, non plus sous là forme de Républiques différentes et libres en apparence, mais sous la forme singulièrement plus redoutable d'un nouvel empire d'Occident. C'est pourquoi il y a dans la réunion de Gènes Tune des causes essentielles de la formation de la troisième coalition : elle révéla à l'Autriche toute la portée du couronnement de Milan.

Le 7 juin, avant de quitter Milan, Napoléon promulgua le grand Statut constitutionnel de l'Ilalîe qui organisa la viceroyaulé. Elle fut confiée au prince Eugène Beauharnais, que Napoléon adopta et qu'il présenta au Corps législatif en ouvrant ses séances*.

Puis il partit et visita tout son royaume, par Crémone, Brescia, le camp de Castiglione où il ordonna des manœuvres, le château de Montirone, Vérone, Mantoue, Bologne, d'où il envoya Hédouville à Lucques pour l'installation du prince Félix et de la princesse Ëlisa, Modène, Parme, Plaisance. Il séjourna à Gènes du 30 juin au 5 juillet 1805.

On lui donna de grandes fêtes dont l'initiative et l'organisation appartinrent sans doute autant à Saliceli qu'aux Génois euxmêmes. A son arrivée, toutes les cloches sonnèrent; les canons tonnèrent; les barques et les vaisseaux s'agitèrent dans la rade. Les clefs furent présentées par le maire de la ville, Cambiaso: puis l'Empereur se rendit à l'église Saint-Théodore, où l'encens lui fut offert par le cardinal Spina. Dans les réceptions qui suivirent, Louis Corvetto prononça le discours de circonstance et le fonda sur ce thème modifié de l'antique : t Vous devez dire : Je suis venu, j'ai vu, j'ai fait des heureux. » Louis Corvetto devint conseiller d'Étal; il fut d'ailleurs auprès de l'Empereur, dit Botta, « un avocat utile à sa patrie ». Napoléon logea au palais Doria.

Une fête grandiose eut lieu sur la mer. Un Temple de Neptune ou Panthéon maritime avait été construit sur des vaisseaux liés et fixés sur leurs ancres; son immense coupole était portée sur seize colonnes ioniques, aux intervalles décorés de statues des divinités de la mer; l'inscription des frontons annonçait que l'Empereur régnerait un jour sur les mers comme sur la terre. L'Empereur entra dans le temple; des îles de jardins fiotlaient tout autour,

1. Arch. nation., AF, IV, 1709. — Gorr., X, 8849, 8850, 8851.

Driault. — Italie. 22

couvertes de palmiers, de cèdres, d'orangers, parmi de limpides jets d'eau; les arbres étaient chargés de cintres et de banderoles de toutes couleurs, de clochettes que le mouvement des vagues agitaient, au milieu de mille chaloupes et gondoles. L'Empereur assista du haut du temple à une régate de six navires. La nuit venue, des lustres de crislal s'allumèrent entre les colonnes et les eaux renvoyèrent leurs feux en mille nuances; les cerfs-volants lumineux, les gondoles croisaient leurs feux dans la nuit, parmi les multiples concerts installés dans les jardins des îles flottantes. Sur le rivage, les murs, les maisons, les palais, associés harmonieusement dans l'illumination générale, faisaient de la superbe Gènes un amphithéâtre de feux; tout en haut, la Tour de la Lanterne projetait d'immenses tourbillons de flammes comme un cratère de volcan : « Spectacle dont rien ne saurait égaler l'enchantement et la majesté. » A dix heures du soir, l'Empereur, au milieu des concerts et des feux, se rendit au palais de Jérôme Durazzo, le dernier doge, et y présida à un repas somptueux, avec l'impératrice et la princesse Élisa *.

Le lendemain il entendit un Te Deum à l'église Saint-Laurent; il y reçut le serment de l'archevêque et des évoques ; il y distribua de nombreuses décorations. 11 donna l'ordre de relever la statue d'André Doria qui avait été renversée dans les troubles des années précédentes; « cet affront, dit Botta, manquait au graud homme qu'après avoir été renversée par les Jacobins son efflgie fût relevée par Napoléon » . L'Empereur enfin quitta Gènes pour la France, parmi les acclamations. Il s'en allait au camp de Boulogne, où s'achevaient des préparatifs plus sérieux, mais aussi vains pour la conquête de l'empire des mers.

Les scènes de Milan, et de Gènes déterminent les caractères de l'époque exceptionnellement remarquable qui avait été inaugurée le 18 mai 180& par l'élévation de Napoléon Bonaparte au trône impérial. Comme en France, il n'y a plus de Républiques en Italie. Elles ont été remplacées, non pas par des monarchies nationales, mais par un seul Empire, qui, par cela qu'il comprend

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