Aff. Etr., Naples, n" 129, f
pouvoir pour consentir à n'être qu'une sorte de vassale du gouvernement français, pour renoncer à toute liberté d'action, à toute influence en Italie hors des frontières de son royaume. L'éloignement d'Acton renouvela en elle le goût de la politique, la volonté de jouer un grand rôle. A ce moment-là même, l'exécution du duc d'Enghien venait de jeter Témotion dans toutes les cours européennes et la reine de Naples put espérer que Tindignation générale allait enOn former la coalition européenne dont elle était impatiente : alors elle recommencerait la glorieuse campagne de 1799, et elle se flattait d'un autre succès; qui sait si les bruits qui avaient couru autour de l'affaire MaruUi n'avaient pas reformé dans son esprit la pensée de la couronne d'Italie?
Du moins elle contint mal désormais son animosité contre la France ; Alquier dut même relever quelques propos malsonnants qu'elle s'était permis à l'égard du Premier Consul*. Elle prit bientôt toute l'autorité; en juin 180A, elle fut officiellement nommée chef du Conseil. Le roi ne consacra plus aux affaires de son royaume qu'un entretien d'une demi-heure chaque lundi avec la reine, et encore le plusu souvent fut-elle obligée de l'aller chercher dans l'une ou l'autre des maisons de plaisance où il allait successivement chasser. Elle présida dès lors régulièrement les réunions des ministres, à la place du chevalier Acton. Cette attribution, qui annonçait la plénitude de l'autorité, avait d'abord été refusée avec une modestie très adroite ; mais la reine s'était rendue aux vives instances du roi et à ce raisoiinement qui était évidemment sans réplique : « Vous savez bien que je n'ai pas le temps*. »
La lutte contre la France fut dès lors conduite par la reine, avec moins de souplesse, avec plus de passion; elle en eut un caractère plus dramatique, quoique celte femme, la première des reines contre lesquelles Napoléon s'est acharné, ne fût pas de taille à arrêter sa fortune impériale.
Les Anglais furent d'abord très irrités du départ d'Acton; ils l'attribuèrent aux intrigues de la reine. Le chevalier Elliot en particulier se laissa emporter aux propos les plus inconsidérés ; il menaça d'aller trouver le roi, « de l'informer de toute cette cou-