Aff. Etr., Naples, n« 130, f° H
ment qu'on voudrait donner pour le rétablissement des Jésuites n'ait pas même de commencement* ».
Et Alquier, à propos des mesures prises par la cour de Naples pour le rappel des Jésuites, précisait ce danger : « Ce projet tient à un plan vaste, dirigé par des mains habiles, et, en établissant cette société dans le fond de l'Italie, on prépare les moyens qui doivent opérer son retour en France. La cour de Rome et même celle de Naples ignorent sans doute qu'elles ne sont que lesinslrumenls employés pour faire réussir la seule conception profonde peut-être qu'aient eue jusqu'ici les partisans de la maison de Bourbon.
« Les chefs des Jésuites ont sur différents points de la France des correspondants très zélés et très aciifs. Je connais par des intermédiaires aussi fidèles qu'intelligents et la profondeur de leurs vues et la ferveur de leurs espérances. Je sais qu'ils attendent le redressement de l'opinion publique (c'est le terme dont ils se servent) et qu'ils comptentbeaucoup pour l'avenir sur les personnes chargées de diriger l'enseignement des jeunes gens qui se destinent aux fonctions ecclésiastiques ^ »
Il n'est pas question d'attribuer aux Jésuites une action quelconque sur la politique napolitaine de ce temps, il ne s'agit que de grouper autour de Naples les traits essentiels de la résistance qui se préparait contre Pinfluence de la France et les progrès de la Révolution. Il y avait déjà en 1799, dans les masses ignorantes de la population napolitaine, des ressources précieuses à cet égard; lés prêtres et surtout les moines ne l'ignoraient pas.
A la fin de janvier 1805 une frégate anglaise apporta la nouvelle que de puissants armements français avaient lieu à Toulon. Le bruit se répandit qu'ils étaient destinés à un débarquement à Naples ou en Sicile. L'émotion fut considérable dans toute la ville, dans tout le pays, et fut entretenue par des gens habiles. M. de Damas, l'émigré français qui venait d'être mis à la tête de Tarmée napolitaine, donna aussitôt des ordres pour s'opposer à toute tentative d'atlaque étrangère; les officiers furent consignés dans les forts; les approvisionnements furent complétés. Ce fnt dans toute la région de Naples un fiévreux branle-bas de combat. Le chevalier EUiol
l.Corr., X, 8H8. —A. Bonnefons, Marie-Caroline, p. 310. 2. AIT. Elr., Naples, n» 130, r 37.
était tous les jours chez la reine; il y demeurait parfois sept à huit heures de suite, ce qui irritait tout particulièrement Alquier; il excitait manirestement au désordre dans Tespérance de créer des complications, de décider une conQagralion qui se faisait attendre. 11 eût été content d'attirer les troupes françaises sur Naples, pour hâter la fin des négociations de la coalition ^
La populace en effet était fort irritée. Les Français et les amis des Français craignaient des troubles, un massacre. Ils se pressaient chez Alquier pour demander des passeports et s'enfuir. C'était la panique. Mme Blanc, femme d'un commissaire commercial, partit avec ses deux enfants. David, chargé d'affaires de Tordre de Malte, voulait partir ; Alquier eut beaucoup de peine à le retenir. MmeGouvion Saint-Cyr quitta son mari à Barletta et voulut gagner Rome; Alquier la retint à cause du mauvais effet que celte retraite ne pouvait manquer de produire.
Cette alerte fut courte. Alquier, sur ordres de Paris, parla avec énergie à la reine, exigea la destitution de Damas, en menaçant de se retirer et de se faire remplacer à Naples par Tannée de Gouvion Saint-Cyr. Ce fut long; ileulunevivequerelleaveclareine; il Temporla pourtant, « après des négociations plus épineuses, dit-il, que n'en occasionnerait, je crois, la cession d'une province ». Damas d'ailleurs fut, comme Acton, comblé de distinctions et de bienfaits, « dont la prodigalité véritablement inouïe ne peut être expliquée que par le plaisir de femme que la reine a trouvé à combler un homme qui déplaît à la France » ; il garda un traitement d'environ 60000 francs, reçut le grand ordre de Saint-Ferdinand, qui donnait à ses titulaires tous les privilèges des grands d'Espagne de première classe, et notamment celui de se couvrir devant le roi. il se retira en Sicile et ses amis annoncèrent son prochain retour*.
Il en résulta du moins encore un moment d'accalmie. Il y eut promesse de désarmement; Gallo affirmaau gouvernement français que toutes les récentes précautions militaires avaient été prises contre la contagion de la peste qui sévissait en Toscane ; Napoléon ne crut pas que la peste se pût combattre à coups de canon. Il ne fut pas dupe. Mais il ne tenait point à aggraver la situation ; il lui