AIT. Elr.,Naples, n* 130, r
plaisait de donner alors plus de soin aux préparatifs de la descente en Angleterre et d'entourer son sacre d'un appareil pacifique. La coalition elle-même, toujours prête à se nouer, toujours retardée par les hésitations de rAutriche et les calculs de la Prusse, était comme stupéfaite par les grandes scènes de Boulogne, le voyage impérial à Aix-la-Chapelle, Mayence, la solennité du sacre : l'Europe était saisie d'admiration et d'effroi.
Napoléon en profita en Italie pour donner ses derniers conseils de prudence au gouvernement napolitain. Les lettres qu'iréchangea à ce moment avec la reine Marie-Caroline ont un ton de gravité singulière.
Il lui écrivait, le 2 janvier 1805 : « Quelle que soit la haine que Votre Majesté paraît porter à la France, l'amour de son époux, de ses enfants, de sa famille, de ses sujets, ne lui conseille-t-il pas un peu plus de retenue et une direction politique plus conforme à ses intérêts? Votre Majesté, qui a un esprit si distingué entre les femmes, n'a-t-elle donc pas pu se détacher des préventions de son sexe et peut-elle traiter les affaires d'état comme les affaires de cœur? Elle a déjà perdu une fois son royaume; deux fois elle a été la cause d'une guerre qui a failli ruiner de fond en comble sa maison paternelle; veut-elle donc être la cause de la troisième? Déjà, aux sollicitations de son ambassadeur à Saint-Pétersboui^, 10000 Russes ont été envoyés à Corfou. Quoi! sa haine est-elle tellement jeune, et son amour pour l'Angleterre tellement exalté, qu'elle veuille, quoiqu'assurée d'en être la première victime, embraser le continent et opérer cette heureuse diversion pour l'Angleterre? J'avoue que des passions si fortes auraient quelque part à mon estime, si les plus simples idées de raison n'en faisaient sentir la frivolité et l'impuissance...
(c Que Votre Majesté écoule cette prophétie, qu'elle l'écoulé sans impatience : à la première guerre dont elle serait cause, elle et sa postérité auraient cessé de régner ; ses enfants errants mendieraient, dans les différentes contrées de l'Europe, des secours de leurs parents...
« Je ne fais pas ma cour à Votre Majesté par cette lettre; elle sera désagréable pour elle. Cependant, qu'elle y voie une preuve de mon estime. Ce n'est qu'à une personne d'un caractère fort et au-dessus du commun que je me donnerais la peine d^ écrire avec
cette vérité. Sur ce, je prie Dieu, madame ma sœur et cousine, qu'il ait Votre Majesté en sa sainte et digne garde *. »
La reine répondit à cette lettre en se défendant d'avoir de la haine pour la France; elle n'en avait eu que pour le gouvernement républicain, pour ses atrocités, ses spoliations, les ruines qu'il avait faites; elle se défendait aussi d'avoir des préférences pour l'Angleterre, qui pourtant n'avait jamais donné au gouvernement napolitain aucun sujet de plaintes. Elle assurait l'Empereur de ses franches et bonnes dispositions '.
Elle reçut quelques jours après une nouvelle lettre de Napoléon, en date du 21 février 1805 : « Vous pardonnerez, Madanae, la franchise avec laquelle je serai souvent dans le cas de vous parier. Votre ambassadeur n a pu qu'être embarrassé quand je lui ai fait connaître la nature des pièces qui sont entre mes mains et qui n'ont pu me laisser aucun doute, il y a plusieurs mois, sur vos dispositions les plus secrètes. Mais Dieu me garde de penser qu'elles ne puissent changer ! Les affections changent, et la raison et les règles d'une véritable politique sont les seules choses qui ne changent jamais.
« Toutes les personnes qui viennent de Naples, les Français ou les étrangers, s'accordent en «ceci que Votre Majesté ne dissimule pas la haine qu'elle porte à la France... Tout ce que m'a dit M. de Gallo me fait concevoir l'espérance que Votre Majesté prendra d'autres sentiments à notre égard; et, si je puis un jour me vanter d'avoir obtenu ce changement, ce sera une conquête que je tiendrai à honneur, soit pour l'estime particulière que je fais de votre personne, soit par le chemin qu'il aura fallu regagner dans votre cœur, qui ne peut cependant être entièrement fermé à une nation dont vous aimez la langue et la littérature et dont vous avez souvent prisé l'amabilité. »
Après avoir expliqué de nouveau pourquoi il maintenait des troupes dans le royaume de Naples, pourquoi il était même obligé de les renforcer, l'Empereur relevait tous ses griefs : « Les approvisionnements du fort Saint-Elme; la direction donnée à différents chefs d'insurrection ; l'affectation d'appeler au service du roi de Naples des hommes étrangers à ce pays, connus par leur haine