‹ Napoléon en ItalieChapitre 222 sur 423 · Arch. nation., AF., IV, 1685, 6* dossier · texte numérisé non relu

Arch. nation., AF., IV, 1685, 6* dossier

forcenée pour leur patrie et portant partout leur portefeuille et leur épée, sans laisser de regrets nulle part; Tinconsidération marquée, il y a peu de jours, lorsqu'on apprit que Tescadre de Toulon était partie; tout cela ne démontre-t-il pas que la modération ne préside point aux conseils de Votre Majesté; qu'elle n^apprécie ni les temps ni les hommes; qu'elle attire les orages au lieu de les conjurer? Est-il donc si difficile de rester tranquille, de ménager les puissances, et de ne pas ruiner son peuple pour soulever avec effort un grain de sable à jeter dans la balance du monde?

«... Votre Majesté trouvera sans doute que ma lettre est pleine de sermons; mais il lui sera impossible de ne pas reconnaître que, dans mon impartialité et dans la position où je suis, je n*ai d'autre but que sa tranquillité personnelle, celle de sa famille, et le repos de son peuple. La seule chose qui puisse m'imporler, c'est que le cabinet soit dirigé par les vrais intérêts du peuple; que la cour donne l'impulsion, et que le roi et la nation prennent pour la France les sentiments qu'ils avaient il y a vingt ans. Voilà, ma sœur et cousine, ce que je demande uniquement et ce qui peut seul assurer la prospérité, la tranquillité, le bonheur des vastes pays qui sont sous votre domination *. »

Et la reine enfin répondait d'abord avec humilité : « Une correspondance particulière confidentielle, écrite dans un moment de vivacité, de peine (et Votre Majesté conviendra qu elle m'en a causé quelquefois), ne doit pas être regardée, calculée, comme le serait une correspondance réfiéchie, politique. » Elle rendait ensuite justice au grand caractère de l'Empereur : « Si Votre Majesté m'a donné quelquefois sujet àe me plaindre d'elle, si je lui en ai donné de mon côté, cela a été, et j'en suis persuadée, faute de nous être entendus et connus » ; et elle exprimait l'espérance que tous les « mésentendus » disparaîtraient. Puis elle haussait le ton; elle protestait contre l'occupation militaire, contre les menaces sans cesse répétées de marcher sur Naples, contre l'intervention de la France dans les affaires intérieures de son royaume : « Ce n'est pas par la violence qu'on acquiert l'amitié, la confiance. » Elle terminait en proclamant hautement la réso-

Page 1