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AIT. Etr., Naples, n° 130, r

On voit ici le roi de Naples se faire le représentant et parler au nom de tous les États de Tltalie. Il se mettait aussi d*accord en même temps avec TAngleterre, comme il résulte des dépèches de Hugh EUiot à son gouvernement ^

Talleyrand répondit trois Jours après, le 9 mai : Sa Majesté Impériale avait été très peinée et surprise des observations du gouvernement napolitain. « Comment pourrait-on supposer que ce titre de roi d'Italie doive porter plus d'ombrage que celui de République Italienne qu'il a remplacé? Si rien n'a été changé dans cette désignation excepté le nom de la forme du gouvernement, si les limites du royaume d'Italie sont les mêmes que celles de la République, si ses relations avec les autres puissances sont les mêmes, à quels motifs Sa Majesté Impériale et Royale pourrait-elle attribuer l'espèce de crainte que Votre Excellence a été chargée d'exprimer?... Les titres des États sont restreints par leur étendue. L'indépendance du roi de Prusse est-elle menacée par le titre d'Empereur d'Allemagne quoique ce soit en Allemagne que son royaume est situé? L'indépendance de la Navarre espagnole l'était-elle par le titre de roi de Navarre donné aux rois de France qui en possédaient une partie. Le titre de roi des Romains donné aux fils aînés des empereurs d'Allemagne inspiret-il au Saint-Siège des craintes pour les États de l'Église?

€ Le royaume d*Italie a repris le nom qu'il portait autrefois ; il n'avait pas alors plus d'étendue, et il a subsisté 500 ans sans que ce titre qu'il avait reçu de Charlemagne et qu'il reprend aujourd'hui sous le règne de Napoléon alarmât les États voisins pour leurs droits de souveraineté.

« Votre Excellence a cru devoir observer dans sa note qu'à cette époque il n'existait pas encore d'autre monarchie en Italie, qu'ainsi le même titre ne pouvait pas inspirer les mêmes inquiétudes. Si votre cabinet peut avoir besoin, pour justifier celles qu'il exprime, de faits historiques arrivés il y a mille ans, il est encore possible de les dissiper en recourant à des autorités du même genre. L'Italie n'avait pas d'autres monarchies; mais plusieurs souverains régnaient sous d'autres noms au midi et au centre de cette contrée. Les empereurs grecs en occupaient une

1. Ch. Auriol, La France^ V Angleterre et Naples de 180$ à i806, II, p. 304, 312.

grande partie ; le pape était à Rome ; d'autres États subsistaient autour d'eux, et le royaume d'Italie ne leur portait aucun ombrage. Ce fut pendant la durée de ce royaume que eelui de Naples se forma, sans que les rois d'Italie regardassent cette nouvelle souveraineté comme un empiétement sur leurs domaines. » Et Talleyrand terminait en considérant que ces points d'éruditkHi étaient oiseux, et qu'il convenait d'avoir confiance dans les sentiments de loyauté de Sa Majesté Impériale et Royale *.

Gallo prit acte aussitôt « avec la plus vive satisfaction et reconnaissance des déclarations positives et catégoriques précédentes, établissant d'une manière précise : que le royaume d'Italie ne fait que remplacer la République Italienne dans les États qui la composaient, et que le seul nom de la forme du gouvernement y a changé, sans que les limites du royaume d'Italie ainsi que ses relations avec les autres puissances cessent d^être les mêmes que celles de la République Italienne; qu'enfin Sa Majesté Impériale n'entend par ce titre porter aucune atteinte ni aux droits ni à l'indépendance des autres États de l'Italie; auxquelles déclarations dignes de sa justice et de sa modération Sa Majesté Impériale a bien voulu ajouter de nouvelles assurances de son amitié et de ses sentiments pour Sa Majesté Sicilienne ». Un courrier fut aussitôt expédié à Naples pour y porter ces nouvelles *.

Mais toutes ces négociations avaient demandé du temps, et le prince de Cardito ne put pas apporter à Napoléon la reconnaissance officielle de son nouveau titre.

Cependant à Naples Edouard Lefebvre se faisait fort d'effacer toutes causes de mésintelligence entre la France et la cour de Naples; en labsende de son ambassadeur il faisait du zèle et croyait mieux réussir. Son fils, Armand Lefebvre, écrivait pluB tard, sans doute d'après lui, qu'Alquier n'était plus l'homme qui convenait à la situation. « Il avait, dit-il, un esprit d'une finesse exquise et une pénétration qui allait souvent jusqu'à la subtilité. Sa conversation, étincelante de verve, abondait en traits piquants et il exerçait une séduction irrésistible. Quinteux cependant, bizarre et coquet comme une femme, il n'était plus reconnaissable dès qu'on lui résistait. H perdait alors tous ses avantages; il

i. AIT. Etr., Naples, rf 130, P 169.

i. !0 mai 1805. — Aff. Etr., Naples, n" 130, ^ 171.

deyeoait pointilleux, acerbe et railleur impitoyable. La reine, avec laquelle il avait de la ressemblance par le tour piquant et les caprices de son esprit, n'avait pu échapper à Tattrait de ses entretiens. Longtemps elle avait fait pour lui plaire toutes les avances qu'une reine peut faire. Mais rentrée de nos troupes dans le royaume après la rupture du traité d'Amiens troubla cet heureux accord et fit de la reine et de l'ambassadeur deux ennemis déclarés. M. Âlquier avait eu la vanité de dompter la reine; quand il la vit lui échapper, donner toute sa confiance à l'ambassadeur anglais et à l'amiral Nelson, réservant pour lui seul, naguère l'objet de ses empressements, les dédains, les mots amers et provocants, il s'en irrita comme d'un échec personnel ; le dépit du courtisan délaissé vint s'ajouter aux griefs légitimes de l'ambassadeur de France; sa parole, autrefois souple, gracieuse, séduisante, devint sèche, incisive, arrogante. Au lieu de chercher par sa modération à ramener le calme dans l'âme fougueuse de la reine, il la traita comme une ennemie dont nous ne pouvions plus nous rendre maîtres qu'en rivant ses chaînes. Trop souvent il eut le tort d'oublier qu'il parlait devant une femme couronnée * j» .

Il y a sans doute une part de vérité en ce portrait, mais il est impossible de ramener le conQit entre la France et Naples à une bouderie entre la reine de Naples et l'ambassadeur de France. Un autre qu' Alquier y eût mis peut-être plus de souplesse, peutêtre aussi moins de clairvoyance ; il n'eût probablement rien changé aux événements qui entraînaient la cour de Naples à sa perle.

Pourtant Edouard Lefebvre y fit quelques efforts dignes d'un meilleur succès. A peine Alquier était-il parti que le chargé d'affaires observait à la cour de meilleures dispositions ; on parlait de l'intention qu'avait la reine d'offrir un diadème à l'impératrice Joséphine ; il eut plusieurs conversations courtoises avec la reine, notamment en lui présentant le général Reynier qui remplaçait Gouvion Saint-Cyr pendant le voyage de celui-ci à Milan. Il eut de bons rapports avec le favori Saint-Clair, et quoique celui-ci n'eût « pas de ressources personnelles pour occuper et remplir les longs intervalles de l'amour », Lefebvre espérait pourtant en tirer quelque parti*.

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