Lefebvre, H
timent. Cette scène causa beaucoup d'étnotioa à Milan et dans toutes les cours de TEurope; on y vit l'annonce de prochaines opérations contre Naples.
L'Empereur crut devoir s'expliquer par une circulaire aux agents diplomatiques de la France. « Les propos violents, disait Talleyrand, que la reine de Naples ne cesse de tenir publiquement contre les Français, propos que son impuissance ne ferait paraître que ridicules s'ils étaient moins révoltants par leur atrocité, ont dû exciter tout le mécontentement de l'Empereur; il a vu par des lettres tombées entre ses mains que la reine poussait la furie et la démence jusqu'à écrire que pour 17 000 Français elle saurait bien renouveler les Vêpres Siciliennes, mais qu'elle craignait ceux qui viendraient ensuite.
« Sa Majesté, informée depuis longtemps de ces accès de haine qui ne sont contenus que par la crainte, a dû s'en plaindre d autant plus vivement devant le prince de Cardilo, envoyé extraordinaire de Naples auprès d'elle, que ce ministre est le confident intime de la reine. Sa Majesté lui a déclaré que si après tant d'années de règne la reine ne savait pas mettre du calme et de la modération dans sa conduite et dans ses discours, le vaisseau anglais qu'elle tient dans la rade de Naples ne la sauverait pas. »
L'Empereur cependant n'avait aucune volonté de marcher sur le royaume de Naples; cela était seulement « un avertissement pour contenir cette furie * ».
Il faut admettre qu'après les premières lettres dont Napoléon 8*étail plaint dans sa correspondanee avec la reine elle-même, il en avait récemment connu d'autres plus irritantes. La colère de l'Empereur avait néanmoins d'autres raisons; Cardito ne lui avait pas encore apporté la reconnaissance offlcielle de son nouveau titre de roi d'Italie, et cette négociation l'impatientait.
Il y avait aussi une affaire de mariage. L'Empereur avait récemment prié M. de Gallo de consulter discrètement sa cour sur Tidée qu'il avait de marier Eugène Beauharnais avec la princesse Amélie de Naples. La reine avait répondu que « cette alliancç paraissait pour le présent difficile, le prince de Beauharnais n'ayant encore que l'avantage d'être attaché à la famille impériale, mais qu'il
i. Corr., X, 8834. — Aff. Etr., Naples, n» 130, f" 187.
pouvait arriver dans Tétat de ce jeune prince tel changement qui donnerait jour à renouveler cette ouverture ; que s'il montait au rang des têtes couronnées, tout devenait convenable * ».
Napoléon fut blessé qu'il ne fût point suffisant à la reine qu'Eugène Beauharnais fût « attaché à la famille impériale » ; il y sentit une sorte de mépris haineux; il avait eu la pensée de lier la maison royale de Naples à sa famille et à son système politique, comme il fit plus tard des maisons princières de Bade, de Wurtemberg et de Bavière; il y renonça, mais il estima que, si le gouvernement napolitain ne voulait pas êlre avec lui, il ne pouvait être que contre lui. La rupture devenait de plus en plus inévitable-
Enfin, le 10 juin, deux semaines après le couronnemenl, près de trois mois après le sénatus-consulte, le roi Ferdinand IV adressa ses félicitations à Napoléon, en des termes assez désagréables : « Nous avons appris avec la plus grande satisfaction que Votre Majesté Impériale était appelée à la souveraineté des États qui composaient la République Italienne avec le titre de Roi, et avec l'assurance que cette nouvelle dignité ne porterait aucune atteinte à nos droits et à notre indépendance.... Cette nouvelle nous a été infiniment agréable.... Votre Majesté étant un des souverains de celte péninsule, l'ordre y sera mieux assuré pour le bien commun » ^. Il est facile d'y lire la volonté arrêtée de reconnaître Napoléon comme Roi, mais non comme Roi d'Italie, malgré les éclaircissements que M. de Gallo avait obtenus de Talleyrand.
Nous n'avons pas vu que l'Empereur ait fait une réponse à cette lettre, qui ne put lui être remise par M. de Gallo que le 23 juin à Bologne, au moment où il retournait en France ^ Alquier, à cette date, était sur la route de Naples; il allait y retrouver la cour au milieu des armements.
A la nouvelle de la mésaventure du prince de Cardito à Milan, la reine de Naples fut très irritée, et elle écarta aussitôt Edouard
i. AfT. Etr., Naples, n» 130, fo 181. — Lefebvre, II, 57-60.