Martens, II, 433. - Sorel, VI
nant ses flottes à Toulon et à Tarente, transporter en Egypte ou dans les Balkans Taction formidable de sa puissance militaire. Il aurait eu intérêt à ménager rAulriche et à s'abstenir de toute provocation en Italie, si la couronne de fer ne lui avait pas paru le complément nécessaire de sa couronne impériale. Il ne lui déplaisait point d'ailleurs d'avoir affaire à l'Autriche plutôt qu'à l'Angleterre ou à la Russie, car elle était plus à la portée de ses coups.
Au printemps de 1805, tout se trouvait donc suspendu à la décision du gouvernement de Vienne. Il fut longtemps à se décider, malgré les excitations de la reine de Naples, bellemère de l'Empereur François *. Il se contenta d'abord de prendre des précautions militaires, et, à partir du mois de mai, la correspondance de M. de La Rochefoucauld, ambassadeur de France à Vienne, est pleine de renseignements là-dessus : l'archiduc Charles est dans une sorte de disgrâce; les généraux Latour et Mack, partisans de la guerre, sont à la tète de la réorganisation militaire; des provinces les plus lointaines, les régiments se pressent vers Trieste et la Vénétie; la Bohême et la Moravie sont dégarnies.
On lit notamment dans une lettre de Trieste du 3 juin : « Tous les régiments de la Styrie, de la Carniole et du Frioul sont expédiés sur la Piave pour y former un camp de 60 à 80 000 hommes. Il en vient aussi beaucoup de la Hongrie; les princes de Rosenbcrg et de Hohenlohe ont reçu hier à cinq heures une estafette, avec ordre, au premier de pousser ses troupes de l'Istrie et de la Croatie sur Trieste, au second de prendre à Trieste le 4 juin trois bataillons des régiments de Sporek, Ludovic et Hohenlohe et quatre compagnies de grenadiers, pour les porter à Cividale dans le Frioul. Il doit prendre à Udine et Goritz les bataillons de divers régiments qui y sont cantonnés. Un bataillon d'Eszterhazy venu de la Hongrie et un du régiment de Rodolphe doivent à Trieste remplacer les régiments que Hohenlohe emmènera. On vient d'acheter 27 000 bœufs et 16 000 chevaux, on organise des magasins de grains en Garinthie; on accumule des farines à Trieste; on envoie tous les jours des munitions à Venise. Le prince de Rosenberg s'établit à Goritz. On voit passer constam-
1. AtT. Etr., Vienne, n» 377, f» 63 : La Rochefoucauld à Talleyrand, 29 prairial XllI (18 juin 1805).
ment des généraux russes, des courriers de Naples, des Iles Ioniennes, qui viennent d'Autriche ou y retouruenl. »
Pendant tout le mois de juin, puis de juillet, on signale ainsi des passages de troupes à Venise, à Fiumê, et dans toute la région. Une grosse armée se trouva ainsi peu à peu en formation dans la vallée de la Piave. La conviction était générale dans ce pays comme à Vienne que la guerre était prochaine ^
Quand les premiers préparatifs militaires eurent élé faits pour éviter toute surprise, en juillet, le chancelier Gobenzl demanda à l'ambassadeur de France des éclaircissements sur le sort de la Ligurie, de Parme, de Plaisance, de Lucques, « objets qui tiennent de près aux arlicles de Lunéville et aux assurances solennelles de la cour de France relativement à ces pays. Talleyrand fit répondre que Tannexion de la Ligurie n'augmenterait pas la puissance continentale de la France, qu'elle avait été demandée par le vœu unanime des habitants, qu'elle n'intéressait point l'Autriche et ne faisait de tort qu'à l'Angleterre, que Parme et Plaisance appartenaient à la France avant la dernière paix avec TAutriche et que le traité de Lunéville n'en parlait pas. Cobenzl riposta que si le traité de Lunéville ne parlait pas de Parme et de Plaisance, cela ne pouvait prouver que ces pays étaient à la France; il rappela que l'Autriche y avait des droits de suzeraineté qu'elle n'avait pas cédés. La Rochefoucauld dut déclarer qu'il ignorait ce droit de suzeraineté, et que le traité de Lunéville, en donnant le royaume d'Étrurie à l'infant de Parme, avait donc laissé Parme à la disposition de la France ^ »
Ce débat n'eut pas de sanction, que celle des armes.
Cependant l'Autriche y trouvait du temps pour continuer la mobilisation et la concentration de ses forces. Elle offrit au commencement du mois d'août, au moment de signer son traité d'alliance avec la Russie et l'Angleterre, ses bons offices pour la réouverture des négociations; même en septembre, au moment d'envahir la Bavière, elle insistait sur cette proposition de médiation.
Il est vrai qu'elle résumait alors toutes les raisons de son hostilité dans les infractions apportées par la France au traité de