AIT. Etr., Vienne, n*' 377, f
Lunévillc : la présideace de Bonaparte daas la République Italienne n'avait été admise à Vienne qu'à titre provisoire, et cette République était devenue le royaume d'Italie. Le principe de la séparation des deux couronnes et de indépendance absolue de ritalie devait être réglé d'une façon définitive par des négociations avec Londres et Saint-Pétersbourg, de façon à aboutir à la pacification générale*.
La question italienne est la raison dernière de la formation de la troisième coalition puisqu'elle détermina l'adhésion de l'Autriche sans laquelle la Russie et l'Angleterre étaient impuissantes *.
La reine de Naples avait été naturellement au courant de toutes ces discussions où se préparait la guerre; on peut être persuadé qu'elle y intervint de tous ses efforts, et les armements qu'elle ordonna sont comme le complément des armements autrichiens.* Dès son retour de Milan au commencement de juillet, Alquier constata « ce nouvel acte de folie de la reine ». — « On espère à Naples, dit-il, la guerre entre la France et l'Autriche à cause de la fondation du royaume d'Italie. » On entasse les provisions dans les forts de Naples; on recrute les milices urbaines parmi les lazzaroni, des « masses » provinciales parmi les brigands; on prend plaisir à faire des préparatifs de guerre sous les yeux des Français; on les nargue de propos insolents dans les places
4. AIT. Etr., Vienne, n'377, f* 391. — Voir la réponse de Talleyrand, môme Tolume, P** 460 et s.
2. Les documents de ces négociations, en partie publiés dans le Moniteur du 15 février 1806 et du 9 mars 1806, ont été récemment complétés par le Tolume suivant : Third coalition a/yaiiwi France (1804-1805), Select despatches from the British Foreign office Archives, edited for the Royal Historical Society by John HoUand Rose, Cambridge, 1904. On y trouvera le traité entre l'Angleterre et la Russie du 11 avril 1805, avec les articles séparés secrets et additionnels, et les déclarations du comte Stadion,du prince Czartoryski et de lord Gower, en date du 9 août 1805, qui constituent « l'instrument de la coalition •.
il en résulte que TÂutriche était mal disposée d*abord à entrer dans la coalition, qui ne pouvait pas se passer d*elle, et quUl fallut les agressions de Napoléon en 1805, son avènement au trône d'Italie et l'annexion de Gènes pour amener enfin les alliés à une entente tardive et lente.
mêmes qu'ils occupent. Gouvion Saint-Cyr s'en plaint. Naples s'agite; les esprits sont très excités contre la France; la sécurité de l'ambassadeur lui-même est compromise; on peut s'attendre aux pires excès : on ne parle que d'égorger les Français*.
L'action militaire de la coalition s'organise à Naples comme en une sorte de quartier-général. Au commencement de septembre, toute une mission de généraux russes y arrive : il y a parmi eux le général de Lascy, un parent du maréchal autrichien récemment décédé; il a plus de soixante ans, mais il est encore ^n étal de faire la guerre; le général-major Hopermann, quarante à quarantecinq ans, dissimulé sous le simple titre de secrétaire de M. de Lascy. Ils s'occupent de l'examen des positions militaires du royaume; ils vont en Calabre avec des cartes; ils reconnaissent le chemin de la Calabre à la Fouille par Salerne et Avellino, la grande route des Abruzzes par Piedimonte-de-Aliffa et Isernia. Ils ont de fréquentes conférences au bureau de la guerre avec les ministres napolitains. Ils ont avec eux beaucoup des officiers russes qui ont déjà servi à Naples en 1799 eh qui sans doute sont destinés à former les cadres futurs de l'armée napolitaine '.
Napoléon se fâche : « Monsieur Talleyrand, écrit-il, je désire que vous fassiez sentir à M. de Gallo que ces levées de milices ne doivent pas avoir lieu, et que vous lui demandiez enfin si l'on veut m'obliger à détrôner le roi de Naples*. » Si les armements sont prouvés, Alquier reçoit l'ordre de se retirer en annonçant l'entrée dans le royaume de 20 000 Français. En attendant, Gouvion Saint-Cyr reçoit 4 000 hommes de renfort. L'Empereur demande d'urgence qu'on lui indique avec une carte la position du vaisseau anglais qui est dans la rade de Naples ; il songea sans doute à enlever ce vaisseau sur lequel la reine comptait s'enfuir en cas de danger, et à prendre toute la cour au piège*.
Aux sommations d'Alquier, la reine répond par des explications quelconques; elle ne cesse de demander l'évacuation du royaume; elle traîne en longueur, elle s'enfièvre d'impatience, elle a peur que la coalition n'agisse trop tard; elle voudrait agir; elle agirait
i, AIT. Etr., Naples, n" 130, f" 219-231; n'* 131, ^ 18.