‹ Napoléon en ItalieChapitre 237 sur 423 · Corr., XI · texte numérisé non relu

Corr., XI

aii r^APLES (1805-1807)

5. — Sa Majesté l'Empereur des Fraoçais, se confiant aux promesses et engagements ci-dessus exprimés, consent à ordonner Tévacuation du royaume de Naples par ses troupes. Cetle évacuation sera entièrement terminée un mois après l'échange des ratifications. A cette même époque les places et postes militaires seront remis aux officiers de Sa Majesté le roi des Deux-Siciles dans Tétat où ils sont, et il est convenu que dans l'intervalle du mois employé à ces opérations l'armée française sera nourrie et traitée comme elle Ta été par le passé.

Sa Majesté l'Empereur des Français s'engage de plus à reconnaître la neutralité du royaume des Deux-Siciles tant sur terre que sur mer, pendant la durée de la guerre actuelle.

Les ratifications de la présente convention seront échangées à Naples dans le plus court délai.

Articles secrets :

1. — Sa Majesté le roi des Deux-Sîciles s'engage à ne jamais reconnaître la souveraineté des Anglais sur l'île de Malte sans le concours et le consentement de la France.

2. — Sadite Majesté promet de plus de n'admettre jamais M. Acton dans ses conseils ni d'autoriser son retour dans le royaume de Naples'.

Immédiatement TalJeyrand envoya cette convention à Alquier, avec ordre de la faire ratifier dans les quarante-huit heures après Tarrivée du courrier : pour aller plus vite, Napoléon adressait d'avance sa propre ratification. Alquier ne devait accorder qu'un jour de plus que les quarante-huit heures; si la cour de Naples se refusait à ratifier dans ce délai extrême, Gouvion Saint-Cyr devait en être prévenu et Alquier se retirer à Rome.

Prise entre ses engagements du 10 septembre avec la Russie et la convention du 21 septembre avec la France, Marie-Caroline n'était pas embarrassée ; elle était résolue à se dégager de loule entente, même signée, avec Napoléon. Elle eût pu observer rigoureusement la neutralité à laquelle Gallo venait de consentir : les troupes françaises devant quitter le territoire napolitain, au 'lieu d'y être renforcées, le traité avec la Russie était caduc par là même. Mais elle voulait agir; elle voulait aider la coalition; elle voulait sa part de la vicloire espérée; elle n'était pas de tempérament à s'enfermer dans la prudence. Le 8 octobre, le gouvernement napolitain déclarait officiellement au ministre de

1. AIT. Etr., Naples, n" 130, ^344, — De Glercq, II, 124. — Ch. Auriol, La France, VAngleteiTe et Naples de iSOS à 1806^ II, p. 578.

Russie qu'il considérait la convention signée avec la France comme sans valeur, car elle lui avait été « extorquée » par la force et lui imposait « des obligations onéreuses et attentatoires à sa dignité, qu*en conséquence Sa Majesté Sicilienne attend impatiemment rentrée dans ses États des troupes russes et anglaises, avec l'appui desquelles elle espère, Dieu aidant, non seulement libérer ses États des troupes françaises qui s'y trouvent maintenant, mais leur en fermer de même l'entrée pour l'avenir* ».

Cependant Alquier, ayant reçu les instructions de Talleyrand, exigea, le 15 octobre, dans les quarante-huit heures, la ratification du gouvernement napolitain. Naturellement il ne l'obtint pas dans ce délai; il patienta un troisième jour, il menaça d'une exécution immédiate. Le troisième jour passa. Il demanda ses passeports, on les lui refusa; il déclara qu'il partait avec ses propres chevaux, et que si on le retenait à Capoue, il expédierait un courrier pour se plaindre de cette violence. Enfln le 9 octobre, il l'emporta, le roi ratifia; d'ailleurs, pendant toute cette petite crise le roi était occupé de ses vendanges, et ce fut dans une vigne au milieu des vendangeurs qu'il donna sa signature. Les ratifications furent expédiées aussitôt à Strasbourg où était Talleyrand.

Évidemment Napoléon espérait de cette convention un double avantage : il allait pouvoir renforcer Masséna sur l'Adige de toutes les troupes de Gouvion Saint-Cyr; en même temps il écartait les alliés de l'Italie méridionale et dégageait ainsi la droite et les derrières de son armée de l'Italie du Nord. Ainsi il agirait luimême plus sûrement sur Vienne. C'était avec un plus grand développement le plan de la campagne de 1800 : alors Masséna avait contenu les Autrichiens vers Gènes pendant que Bonaparte préparait par-dessus les Alpes le grand coup de Marengo; ici Masséna contiendrait les Autrichiens sur l'Adige pendant que Napoléon frapperait, le long du Danube, le coup décisif sur Vienne.

Gouvion Saint-Cyr se rapprocha d'Ancônc et du Pô ; le royaume

1. Archives de Naples, fascio 412. — Cf. le texte de cette déclaration dans Ch. Auriol, La France, VAngleteire et Naples de 1803 à 1806, II, 603-604.

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de Naples fut évacué dans les conditions fixées par la convention. On a affirmé que Napoléon, en rappelant ses troupes, voulait tendre un piège à la reine de Naples et l'amener enfin à se compromettre d'une façon irréparable. Cela est possible*, mais ne fut sans doute que secondaire dans ses préoccupations^ La convention de neutralité ne changea rien, comme on pouvait s'y attendre, aux dispositions hostiles du gouvernement napolilain.

Il ne cessa point de se tenir en relations avec les agents anglais et russes, de jouer son rôle dans le plan de campagne dirigé contre la France. Le roi de Sardaigne y fut aussi mêlé, il fut question de débarquer des troupes dans la région de Venise pour Taider à reconquérir le Piémont.

Pourtant on n'osait pas trop ouvertement se déclarer, on ne pouvait se défaire de toute inquiétude.

A la fin de novembre des bruits se répandirent que l'Empereur était engagé dans les plus terribles difficultés : une grande révolte avait éclaté à Marseille; une conspiration s'était formée à Paris contre l'Empereur sous la direction de Barras; le Languedoc s'était soulevé avec 30 000 hommes sous le commandement de Macdonald; la banque de France avait fait faillite, parce que Napoléon en avait emporté tous les fonds. Les opérations militaires étaient malheureuses pour les Français; Murât avait été pris par l'archiduc Ferdinand et transféré à Klagenfurt; la reine de Sardaigne en avait versé des larmes de joie sur la lettre où elle annonçait cela à la reine de Naples; l'archiduc Charles assiégeait Manloue. Le comie de Kaunitz, ministre d'Autriche à Naples, fit pavoiser les biUiments autrichiens dans la rade et ordonna des fôtes \

Mais surtout la victoire des Anglais à Trafalgar jeta la cour de Naples dans l'enthousiasme. On pleura la mort de Nelson, mais on se réjouit de la destruction de la flotte française, et la reine en perdit toute prudence. Les Russes furent admis en libre pratique à Syracuse; ils y furent rejoints par des contingents anglais venus de Malte ^

La reine « jeta le masque ». Alquier prit un méchant plaisir à

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