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Du Casse, Mémoires du prince Eugène, II

proTisoirement en neuf provinces, administrées par des gouverneurs civils dont les aKributions étaient semblables à celles des préfets : le Dogado, le Padouan, le Vicentin, le Véronais, le Bellunois, la Marche Trévisane, le Frioul, Tlstrie, la Dalmatie. Les lois et décrets qui régissaient le royaume d'Italie leur furent immédiatement appliqués. Elles ne furent réunies offlciellement au royaume que le 1" mai 1806 et formèrent les départements de TAdige (Vérone), du Haut-Adige (Trente), du Bacchiglione (Vicence), de la Brenta (Padoue), de TAdriatique (Venise), de la Piave (Bellune), du Tagliamento (Trévisc), du Passerio (Udine).

L'Islrie et la Dalmatie en demeurèrent séparées; leur terriloire même ne tenait pas à celui du royaume d'Italie et pour y passer il fallait emprunter derrière Trieste une partie du territoire autrichien. Elles eurent pour provéditeur général ou gouverneur civil le Vénétien Dandolo; mais, à cause des affaires de Cattaro, elles conservèrent une administration surtout militaire. Marmont, après le traité de Presbourg, avait été chargé de relever dans le Frioul les troupes de Masséna désignées pour Naples, et avait établi son quartier général à Udine. Lauriston était envoyé comme commissaire en Dalmatie et la division Molitor devait en prendre possession, jusqu'aux bouches de Cattaro.

Mais avant que les Français fussent arrivés à Cattaro, l'amiral russe Siniavin s'y présenta. Le commissaire autrichien, marquis de Ghisilieri, sous prétexte que le délai fixé pour remettre Cattaro aux Français était expiré sans qu'ils se fussent présentés pour en prendre possession, y fit recevoir les troupes russes*. A la nouvelle de cette violation des traités, Napoléon garda Braunau et ordonna à Lauriston d'occuper en compensation la République de Raguse. C'était un petit État de 45 à 50000 habitants, partagé en 12 provinces ou comtés administrés par les nobles les plus puissants. Le pouvoir y appartenait au Grand Conseil, composé de tous les nobles âgés d'au moins dix-huit ans. Les plus âgés formaient un sénat de &5 membres, parmi lesquels un Petit Conseil, composé de 7 membres et du Recteur, exerçait le pouvoir exécutif. Le Recteur était le souverain magistrat, nommé par le Grand Conseil parmi les Sénateurs, pour un mois seulement, rééligible

1. Ad. Elr., Mémoires et Documents, n** 57, p. 163. — Marmont, II, 363-375.

seulement au bout d'un an *. L'occupation de Raguse par les Français excita beaucoup de colère dans le pays. Les Russes de Caltaro s'entendirent avec les Monténégrins, avec lesquels ils avaient des relations séculaires : les montagnards descendirent sur Raguse ; Lauriston y fut enfermé très étroitement.

Marmont reçut Tordre départir pour la Dalmatie; il gagna Zara par mer. Quand il y arriva, sa présence n'était plus nécessaire. Le général Molitor, par d'habiles manœuvres, avait dégagé Lauriston et infligé aux Monténégrins et aux Russes une sanglante défaite. Raguse fut mise en état de défense ; mais il fallut laisser les Russes à Caltaro.

A Zara, Marmont s'entendit mal avec Dandolo. « Ce Dandolo, dit-il, l'homme le plus vain du monde, n'imagina-t-il pas d'élever des prétentions à mon égard et de disputer le rang avec moi, général en chef, grand-officier de TEmpire, etc.! H prétendait presque trancher du souverain. Quoique logés dans le même palais, nouç nous vîmes seulement par ambassadeur. Il porta les plaintes les plus vives sur le prétendu manque d'égards dont il avait été l'objet, fut tancé en réponse, et reçut l'ordre de réparer ses torts en venant me voir à mon quartier général, ordre qu'il exécuta quand je fus rentré à Spalatro où je m'établis pour l'hiver.

« J'allai à Zara pour lui rendre visite à mon tour. Sa femme, charmante personne, me plut beaucoup. Je lui donnai des fêtes et prolongeai mon séjour à Zara. Dandolo était jaloux comme un Italien du moyen âge. Alors M. le Provéditeur Général ne pouvait plus m'accuser de manquer de soins et de compte;* mes visites avec lui*. »

Celle querelle de préséance fut en effet réglée à l'avantage de Marmont; il reçut en juillet le litre de général en chef de l'armée de Dalmatie; ce qui lui donnait autorité sur tous les autres fonctionnaires impériaux dans le pays. Il allait y être pendant plusieurs années le principal agent du gouvernement de Napoléon.

1. AIT. Etr., Autriche, Mémoires et Documents, Raguse (1784-1817), n** 57, f" 164-173.

2. Marmont, H, 384, 406 : ie prince Eugène au duc de Raguse, 12 juiUet ISOÔ.

La bataille d^Austerlilz avait donc réglé toutes les questions en suspens; en écrasant l'Autriche et l'obligeant à la paix immédiate, elle démolissait la coalition et faisait reculer même les Anglo-Russes effrayés de voir se retourner sur eux en Italie tout l'effort du vainqueur; elle célébrait glorieusement l'anniversaire du sacre et en traduisait dans les faits la signification, car elle livrait à Napoléon l'Allemagne et Tllalie et faisait déjà de lui un Empereur d'Occident.

Le traité de Presbourg permit en effet à Napoléon de réunir à son royaume d'ilalie la Vénétie, Tlslrie et la Dalmatie. Sa volonté de ne pas admettre la question de Naples dans les négociations était l'indicalion claire de ses intentions, qui s'exprimèrent dès le lendemain dans la proclamation de Schœnbrtinn. C'était toute l'Italie que Napoléon dès lors prétendait absorber dans son empire.

Cependant la proclamation de Schœnbriinn ne fut pas aussitôt publiée; Napoléon ne voulait pas avancer que Joseph se rendait à Naples avant d'en êlre sûr \

Dès le 3 janvier, Joseph Bonaparte fut nommé général de~ division et lieutenant de l'Emperenr à Tarmée qui devait opérer dans le royaume de Naples. Napoléon était alors 1res satisfait de la conduite de son frère, auquel il avait laissé pendant son absence une sorte de lieutenance générale à Paris. Dès son retour il lui écrivait pour l'en louer et lui envoyait une tabatière enrichie de son portrait^. Masséna fut avec Joseph chargé de la direction des opérations; l'Empereur mit son frère en garde contre les défauts du maréchal : « Vous ne manquerez point d'argent si vous tenez la main à ce qu'on ne prenne pas tout; le maréchal Masséna a tout pris dans les pays vénitiens » -. Le 6 janvier l'armée était concentrée à Bologne; quelques jours après, Joseph la rejoignait à Albano près de Rome.

Les Anglo-Russes n'attendirent pas un moment l'attaque. Le H

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