‹ Napoléon en ItalieChapitre 258 sur 423 · Joseph, II · texte numérisé non relu

Joseph, II

différentes de gouvernement, sans parler des jalousies personnelles.

Le 11 mai, le roi Joseph fit son entrée dans Naples; il alla à Téglise du Spiritu Sanlo, y fut reçu par Tarchevêque de Naples, le cardinal Louis Ruffo, et entendit un Te Deum, Au palais, il fut salué par une dépulation du Sénat français, au nom de laquelle Rœderer lit le discours de circonstance. Ce fut une lamentation sur la douleur éprouvée par les sénateurs de ne plus compter Joseph parmi eux : « C'en est donc fait! Il est perdu pour nous! » Ce fut une louange mélancolique des exceptionnelles vertus du roi, de sa modération, de sa douceur fière, compagne naturelle de la vraie dignité, qui devaient lui assurer de la part de ses sujets une obéissance passionnée « bien préférable à la soumission aveugle et muette », Ce fut presque le regret que Joseph ne fût pas à la place de Napoléon. Et Joseph répondit que ses nouveaux devoirs lui laissaient ses anciennes obligations, mais qu'il lui fallait être tout entier à ses peuples chez qui il avait déjà trouvé les sentiments que l'Empereur avait trouvés en France *.

Cette grande éloquence ne plut pas à Napoléon, et il le fit savoir : « Je n ai pu faire mettre le discours de M. Rœderer dans le Moniteur, car, en vérité, il n'a pas de sens. Il parle au nom d*un Sénat comme il ferait dans un article de journal. Je n'ai jamais rien vu de fait avec moins de sens et dans une circonstance où il y avait tant de belles choses à dire.

« Je lis aussi dans votre discours des phrases que vous me permettrez de trouver mauvaises. Vous comparez l'attachement des Français à ma personne à celui des Napolitains pour vous. Cela paraîtrait une épigramme. Quel amour voulez-vous qu'ait pour vous un peuple pour qui vous n'avez rien fait, chez lequel vous êtes par droit de conquête avec 40 ou 50000 étrangers? En général, dans tous vos actes, moins vous parlerez directement ou indirectement de moi et de la France, mieux cela vaudra... Si vous n'aviez pas d armée française et que l'ancien roi de Naples n'ait pas d'armée anglaise, qui serait le plus fort à Naples? Et cerlainemenl je n'ai pas besoin d'une armée étrangère pour me maintenir à Paris... Le peuple de Naples se comporte bien; il n'y

\. Rœderer, 111, 523-525.

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a rien à cela d'extraordiDaîre ; vous l'avez ménagé, il s'attendait à pis de la part d'un homme qui était à la tôle de 50 000 hommes. Mais il y a loin de là à un esprit national, à une soumission d'attachemenl raisonné et d'intérêt*. »

Malgré ce rude langage, Joseph conserva encore quelque temps des illusions. Il rencontra pourtant dès ce moment d'assez sérieuses difficultés. La première nuit qu'il coucha en son palais royal, la nuit du 11 au 12 mai, les Anglais attaquèrent l'îlot de Capri; il n'était gardé que par 100^ hommes sous un capitaine; celui-ci se fit tuer plutôt que de capituler; les ennemis s'y établirent, ils étaient commandés par Sydney Smith, « comme s'il eût été dans sa destinée, dit Bignon se souvenant de Saint-Jean-d'Acre, de contrarier partout la fortune de Bonaparte ou de sa famille "^ ». Cet événement fâcheux fit en effet mauvaise impression parmi la population napolitaine; ce n'était pas d'un bon augure. Du moins Jourdan put-il, le lendemain, chasser les Anglais des îles d'Ischia et de Procida et de la pointe de Misène où ils avaient débarqué quelques troupes.

Le roi Joseph constitua aussitôt son conseil d'Ëtat, il y appela quelques Napolitains et Miot s'en réjouit. Mais Saliceli en fut mécontent, estima que c'était une imprudence, et la lutte commença entre rcntourage de Joseph appuyé sur quelques éléments napolitains, et les représentants directs, comme Saliceti, de la volonté de TEmpereur.

La cérémonie du serment avair été fixée au 25 mai. Elle fut l'occasion d'un grave incident. Le cardinal-archevêque de Naples, Louis Ruffo, refusa de prêter ce serment, disant que l'investiture de ce royaume appartenait au Saint-Siège et que le pape seul pouvait légitimement attribuer la couronne de Naples; il fallait donc que le nouveau roi se reconnût vassal du Saint-Siège et se soumît à rhommage de la haquenée. Joseph ne put faire céder « cet idiot fanatique » et lui ordonna de quitter Naples sur-lechamp. D'autres prélats napolitains se retirèrent aussi à Bornée

Quelque temps après, Napoléon, d'ailleurs très irrité contre le pape, renvoya à Naples les cardinaux napolitains et prétendit les

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