Corr., XII, 9960. — Joseph, II
de Naples, c'est d'entretenir voire armée de 40 000 hommes. Frappez une contribution de 30 millions sur lout le royaume. Votre marche est trop incertaine. Il faut que vos généraux, vos soldais soient dans Tabondance. 30 millions ne sont rien pour le royaume de Naples. Quelque chose que vous fassiez, sachez que vous aurez une insurrection*. » L'Empereur voulait que son frère s'occupât moins du bien-être de ses sujets, davantage de celui de l'armée française ; ils ne se plaçaient pas au même point de vue. « Ce n'est pas en cajolant les peuples qu'on les gagne, et ce n'est pas avec ces mesures que vous vous donnerez les moyens d'accorder de justes récompenses à voire armée. Mêliez trente millions de contribution sur le royaume de Naples ; payez bien voire armée; remontez bien votre cavalerie et vos attelages; faites faire des souliers et des habits; tout cela ne peut se faire qu'avec de l'argent. Quant à moi, il serait par trop ridicule que la conquête de Naples ne valût pas du bien-être et de l'aisance à mon armée.
... « Je n'entends pas dire que vous ayez fait fusiller aucun lazzarone; cependant je sais qu'ils donnent des coups de stylet. Si vous ne vous faites pas craindre dès le commencement, il vous arrivera des malheurs. L'établissement d'une imposition ne fera pas l'effet que vous imaginez ; tout le monde s'y attend et la trouvera naturelle. C'est ainsi qu'à Vienne, où il n'y avait pas un sou et où Ton espérait que je ne mettrais pas de contribution, quelques jours après mon arrivée j'en ai mis une de cent millions de francs : on a trouvé cela fort raisonnable... Vous ne gagnerez rien en caressant trop* ».
Cela se résume en des conseils d'une vigoureuse netteté, qui constituent une sorte de pédagogie politique assez curieuse : « Votre administration de Naples est trop faible. Il me semble que vous ménagez trop celle populace. Je ne conçois pas comment vous ne faites pas exécuter les lois ». Quelles lois? Elles jaillissent de la volonté pressante de l'Empereur, comme du Sinm en flammes : « Tout espion doit être fusillé; tout chef d'émeute doit être fusillé ». Farouche litanie! elle est fondée sur des principes : « Dans un pays conquis la liberté n'est pas de l'humanité. En général il est de principe politique de ne donner bonne opinion