Corr., XU, 99i4. — Joseph, II
de sa bonté qu'après s'être montré sévère pour les naéchanls* )>.
Joseph, obstinément bon, répondait qu'on pouvait être sévère à Vienne où Ton ne faisait que passer, mais non pas à Naples où il s'agissait de s'établir. « Avec de Téconomie, de l'ordre, de la probité, ce pays pourra aller, mais non en se laissant aller aux idées des gens qui veulent exiger ici ce qui a été fait dans des pays de conquête où l'on ne devait pas rester six mois » ; et il demandait que l'Empereur le laissât aller selon son système : « J'espère remplir parfaitement les intentions de Votre Majesté, aller au même but, peut-être un peu plus lentement; mais j'y arriverai sans secousse, et sans qu'on se plaigne Ses moyens que j'emploierai à mesure de mes besoins ». Et il était tout heureux de constater que la confiance renaissait dans les esprits; que le papier de banque était au pair*. 11 voulait être le vrai roi des Napolitains, et non pas seulement le chef de l'armée d'occupatiou, le lieutenant de l'Empereur. 11 y avait là un peu d'idéologie, une naïveté que Napoléon gourmanda rudement; il y avait auss d'excellents sentiments.
11 avait été bien accueilli par la classe moyenne qui constituait à Naples, comme ailleurs en ce temps, par sa culture philosophique, par sa jalousie des privilèges et sa crainte des passions fanatiques des classes inférieures, la seule classe libérale, la seule capable de soutenir le nouvel ordre de choses. Elle avait fait avec Championnet la république parthénopéenne de 1798; elle avait terriblement souffert de la réaction qu'avaient conduite les Sanfcdistes et la reine Caroline; elle avait accueilli Joseph avec des espérances toutes naturelles.
Il se confia à elle. Peu de temps après son entrée à Naples il institua une garde civique commandée « par les citoyens les plus intéressés au respect des propriétés ». Il expliquait à Napoléon que de la sorte il espérait refaire l'esprit militaire dans son royaume et préparer la conscription; déjà il essayait de former quelques régiments avec les Napolitains qui jadis avaient fui les vengeances de la reine et étaient revenus avec les troupes françaises. Il se réjouissait des premiers résultats : « Je suis content de la généralité des habitants et surtout des propriétaires. La reine expédie de Sicile