Joseph, II
JOSEPH A NAPLBS 413
lous les poisons qu'elle peut, galériens, brigands, argent, exhortations; mais tout cela échouera contre le bon esprit du public et Tactivilé des troupes* ».
Napoléon était moins satisfait, il n'avait pas hâte qu'il y eût une armée napolitaine et que son frère pût se passer de lui. 11 exprimait sa défiance au sujet d'une telle armée : « Votre étoile polaire doit être ceci : si une nouvelle coalition se formait et si l'on perdait une bataille sur TAdige, quelle conduite tiendraient ces gens-là?^ ». Il ne tarda pas à trouver qu'il y en avait trop : < Je suis fâché de vous voir tant de troupes napolitaines. Vous sentez bien que pour moi ces troupes ou rien c'est la même chose. Il faut tant de lemps pour former l'esprit d'une armée!... Autant de régiments napolitains que vous formerez, autant je serai forcé de diminuer les troupes françaises que vous avez : or c'est remplacer la bonne monnaie par de la fausse' ». 11 ne connaissait qu'un moyen de leur donner quelque valeur, c'était de les mêler à la Grande Armée, où elles finiraient sans doute par prendre quelques vertus militaires; c'est ainsi qu'il avait fait des contingents italiens, qui s'étaient trouvés bien de leur séjour au camp de Boulogne. Sauf cela, Joseph ne devait pas s'attendre à avoir jamais une véritable armée : « Quant à l'idée d'avoir à Naples des troupes napolitaines aussi bonnes que les miennes, je ne crois pas que vous viviez assez, ni votre fille, pour voir ce miracle-là. Je vois par là que vous êtes comme les trois quarts des hommes qui ne connaissent point la différence des troupes. Des troupes comme celles que je vous laisse ne sont pas remplaçables par des troupes étrangères. Les troupes russes leur sont inférieures; les troupes allemandes plus inférieures; les troupes italiennes plus inférieures encore; et cependant les Italiens sont formés depuis douze ans, sont mêlés de beaucoup de Français et ont passé quatre ans au camp de Boulogne*. » A quel degré fallait-il donc ranger les troupes napolitaines? Joseph devait être confondu, anéanti devant de pareils jugements, de si haut proclamés. Napoléon se plaisait à lui arracher toutes ses illusions,