‹ Napoléon en ItalieChapitre 267 sur 423 · Corr., XIV, 11067; XV, 12513; XVI · texte numérisé non relu

Corr., XIV, 11067; XV, 12513; XVI

414 NAPLES (ISOS-ISO*:)

pour le tenir sous la domination de sa volonté supérieure : pauvre roi, animé des meilleurs intentions, peu à peu discipliné, dompté par l'Empereur impitoyable!

La garde civique en particulier eut le don d attirer sur elle la plus vigoureuse animosilé : « Que veut dire cette garde nationale de Naples? s'écriait-il. C'est s'appuyer sur un roseau, si ce n'est pas donner une armée à ses ennemis. Oh! que vous connaissez peu les hommes!... Je vois avec peine le système que vous suivez. A quoi vous serviront 50 000 gardes provinciales armées et organisées? A rien qu'à vous dépenser de l'argent, à s'opposer à vos volontés, à élever et avoir beaucoup de prétentions. II n'y a point de système plus faux, qui, en dernière analyse, soit plus funeste. Au premier bruit de guerre sur le continent, ces individus seront au moins neutres, et leurs chefs ouvriront des négociations avec l'ennemi. A la nouvelle d'une bataille perdue sur risonzo ou sur l'Adigc, ils se tourneront contre vous. Suis-je vainqueur ou en paix, qu'en avez- vous besoin? Eh! mon Dieu! je ne regarderais pas ce système comme sans inconvénient en France... S'il vous faut 4000 Napolitains à Naples, nen prenez pas davantage. Prenez des pères de famille bien lâches et bien vieux qui sont bons pour la garde de la maison quand on crie au voleur! Faire autre chose c'est vous préparer de grands malheurs... En signant chaque acte, dites-vous bien : a Cela serait-il bon, si l'armée française était acculée sur Alexandrie?... » Un seul cri italien de chasser les barbares au delà des Alpes yods arrachera toute votre armée *. »

L'Empereur enlin mettait son frère en garde contre l'apparente docilité de ses sujets. « Je vous le recommande encore, ne tous laissez point enivrer par les démonstrations des Napolitains; la victoire produit sur tous les peuples le même effet qu'elle produit aujourd'hui sur eux... Mais que la nouvelle se répandît que je suis battu sur l'isonzo, que Venise est évacuée, vous verriez ce que deviendrait ce bel attachement. Et comment cela serait-il autrement? Comment les connaissez-vous? Ils voient la puissance actuelle de la France; ils croient que, puisque vous êtes nommé roi de Naples, tout est Uni, parce que la nature des choses l'or-

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donne, parce que c'est de la nouveauté et parce que c'est sans remède. » II donnait à Joseph des conseils d'une précision un peu funèbre : « Vous vous fiez trop aux Napolitains; je dois surtout vous le dire pour votre cuisine et pour la garde de votre personne; sans quoi vous courez le risque d'être empoisonné ou assassiné. Je désire donc bien fermement que vous gardiez vos cuisiniers français, que vous fassiez faire le service de votre table par vos maîtres d'hôtel, et que votre intérieur soit organisé de manière que vous soyez toujours sous la garde des Français... Que vos valets de chambre, les gardes qui couchent dans votre appartement, que ceux qui viennent vous réveiller pendant la nuit pour vous remettre les dépêches, soient Français. Personne ne doit jamais entrer chez vous que voire aide de camp, qui doit coucher dans la pièce qui précède votre chambre à coucher; votre porte doit être fermée en dedans, et vous ne devez ouvrir à votre aide de camp que lorsque vous avez bien reconnu sa voix, et lui-même ne doit frapper à voire porte qu'après avoir eu le soin de fermer la porte de la chambre où il se trouve, de manière à être sûr qu'il y est seul et que personne ne peut le* suivre. Ces précautions sont importantes; elles ne donnent aucune gêne, et le résultat est d'inspirer de la confiance, indépendamment de ce que, réellemcnl, elles peuvent vous sauver la vie. * »

Et il répétait à Joseph qu'il aurait une insurrection. « Mettez bien ceci dans vos calculs, que, quinze jours plus tôt ou plus tard, vous aurez une insurrection... Veillez sur tout votre monde! Désarmez! Désarmez! Mettez de l'ordre dans celte immense ville. Tenez vos parcs dans des positions où la canaille ne puisse pas prendre vos canons. Calculez que vous aurez une émeule et une petite insurrection. » L'Empereur le souhaitait presque, pour donner une leçon à son frère et corriger son excessive bonté d'âme : « Je désirerais bien que la canaille de Naples se révoltât. Tant que vous n'en aurez pas fait un exemple, vous n'en serez pas maître. A tout peuple conquis il faut une révolte, et je regarderai une révolte à Naples comme un père de famille voit une petite vérole à ses enfants; pourvu qu'elle n'affaiblisse pas trop le malade, c'est une crise salutaire*. »

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