Corr., XII, 9911; — XIU
Défiance et vigilance, voilà donc le mot d'ordre de TEmpereur. Naples est pays ennemi, pays conquis; il est fou d*y faire des expériences de magnanimité ; il n*y faut que de la sévérité et des mesures militaires.
Napoléon fut servi à souhait; sans doute môme il ne désirait pas être si bien servi. Comme Joseph ne se hâtait point de débarquer en Sicile pour donner aux Anglais une raison d'en sortir, par pudeur sans doute, comme disait Napoléon*, ils y envoyèrent du monde, et par excès de zèle sans doute, ils vinrent jusqu'en Calabre. C'était un moyen d'avancer les négociations entre Lord Yarmouth etTalleyrand, mais non pas dans le sens qu'aurait voulu l'Empereur.
Ils jetèrent d'abord sur la côte de Calabre 5 ou 600 brigands avec Fra Diavolo qui décidément n'avait pas été pendu. Pais, le !•' juillet 1806, le général Stuart débarqua dans le golfe de Sainle-Euphémie avec 6 000 Anglais et Napolitains. Le général Compère dispersa une petite troupe à Melito et accourut de Reggio avec Reynier. Ils se trouvèrent en présence des ennemis à Maida, dans la vallée de l'Amato, et essayèrent de les refouler de vive force et de les obliger à se rembarquer; un corps polonais se comporta mal et rompit la ligne de l'attaque. Le général Stuarl put profiter de sa supériorité numérique; Compère fut blessé et pris; Reynier très menacé quitta à grand'peine le champ de bataille et par la montagne se retira vers le nord, abandonnant aux vainqueurs Reggio el le fort de Scylla qui furent aussitôt occupés. Il put s'échapper par Calanzaro et rejoignit le général Verdier à Cassano; ils s'y établirent au milieu d'un pays qui fut bientôt tout autour d'eux en état d'insurrection ; ils y attendirent des renforts '.
La situation était grave. Toute la Calabre était perdue. On voyait partout des vaisseaux anglais qui déversaient sur tous les rivages des bandes de brigands; ils arboraient, avec leur pavillon national, le pavillon russe et le pavillon ottoman, afin de faire croire à l'existence d'une triple alliance contre la France, et Joseph était ensemble fier et effrayé d'être l'objet de tant d'attaques! « Naples, disait-il, est aujourd'hui le point de l'Europe où les