Joseph, II, 355, 376. — Bignon, V
Anglais déploient le plus d*efforts. » Cela lui donnait pour un moment la verve poétique : « Ces vaisseaux sont insaisissables ; ils servent les Anglais comme Tanneau enchanté des paladins de TArioste qui les dérobait sur-le-champ aux coups de leurs ennemis * ».
Bientôt toute la Calabre et toute la Basilicate furent en feu. Le souvenir des Vêpres Siciliennes renaissait; il avait traversé les siècles sans s'effacer; on racontait que lors du massatîre des Vêpres Siciliennes, deux Français seulement avaient été épargnés : l'un avait été envoyé en Provence pour en faire le récit exact et complet à Charles d'Anjou; lautre avait été gardé en Sicile pour y fonder une famille et conserver de génération en génération l'horrible souvenir du massacre des siens; tous les trente ans, depuis cinq siècles, on célébrait la sanglante journée, les membres de cette malheureuse famille de père en fils étaient les tristes héros de cette fête et devaient subir au nom des Français les manifestations de la haine et de la joie vengeresse des Siciliens ^
A l'appel des Anglais et des chefs de bandes envoyés par la reine Caroline, les paysans en masse arborèrent la cocarde rouge, prirent les fusils et la poudre apportés de Sicile. La petite armée anglaise était le noyau de Tinsurrection ; autour d'elle, d'innombrables petites bandes, grossies pour le pillage des bourgs, aussitôt dispersées et invisibles à la moindre alerte, tenaient toute la montagne, gagnaient la Fouille, tentaient de gagner les Abruzzes et d'envelopper Naples de toutes parts. Les moines, « scandaleux dans la paix, turbulents dans la guerre^ », souvent conduisaient la bataille, ordonnaient l'incendie. Dans ce royaume de couvents et de terres titrées, Tinsurrection était créée et soutenue par le fanatisme et la féodalité; c'était encore la réaction contre les nouveautés venues de France, contre l'esprit philosophique et le code civil. C'était tout le passé rebelle au progrès.
Aussi la lutte fut-elle acharnée. La reine, dit-on, avait promis les plus hauts grades à ceux qui tueraient le plus de Français, elle avait prêché à ses brigands le massacre des propriétaires, le partage des biens; on la craignait « comme une dévote craint le diable »; on lui obéissait donc, et ce n'était partout que palais