Du Casse, Mém. de Joseph, II
Driaclt. — Italie. 27
incendiés, prisonniers crucifiés, torturés, au milieu des pires horreurs. « Il faut connaître cette furie, s'écriait Joseph tout pénétré de ses auteurs, pour se faire une idée de la vérité de Thisloire de Médée^ » Et il ne manquait pas d'éprouver pour lui-même des inquiétudes sérieuses; il choisissait en effet ce moment pour proposer à TEmpereur un grand plan de remaniement territorial en Italie : « Plutôt que de laisser le roi Ferdinand en Sicile » — il voulait sans doute dire surtout la reine Caroline — « il faudrait y placer le roi d*Etruric, mettre le pape à Naples si cela est possible, me donner Naples et TEtrurie; il n'y aurait plus cessation de continuité entre la France et mes Élats* ». 11 commençait à se trouver un peu loin de la France, au milieu des incendies de la jacquerie de Calabre.
Le danger était assurément grand. Alquier, qui connaissait le pays et dont le fils venait d'être pris par les insurgés à Scigliano, écrivait de Rome à Paris des lettres très alarmantes : « Les affaires vont mal à Naples; le roi est trop bon, il ne parle que de clémence où il faudrait de la sévérité... On perdra le royaume par un excès de clémence. I^es honnêtes gens tremblent de ce qui doit résulter du sytème qu'on paraît avoir adopté de pardonner toujours. » Il redoutait surtout une intervention du pape, pour encourager la révolte; il s'effrayait de l'aveugle dévotion des Napolitains; si le. pape déclarait publiquement ne pas reconnaître Joseph comme roi de Naples, la révolte prendrait les caractères d'une croisade peut-être irrésistible : « Dussé-je déplaire, je ne crains pas de dire que l'effet d'une bulle serait incalculable. » Il se permettait de conseiller l'envoi de renforts considérables; sinon, Naples allait être pour la seconde fois « la proie d'une populace effrénée et sanguinaire' ».
Napoléon attribua lui-même beaucoup d'importance à ces événements; du moins il ne perdit pas son sang-froid et donna les ordres qui convenaient. Presque tous les jours, à la fin de juillet et au commencement d'août, il adressa à Eugène et à Joseph les instructions les plus précises. Le prince Eugène reçut l'ordre de « se tenir alerte sur tous les mouvements de Naples », d'envoyer