CHAPITRE XV
I. — Difficultés avec Rome. — L'application du Concordat italien. — Le
Code en Italie. — Fesch et Gçnsalvi.
IL — La lettre pontificale du 13 novembre 1805. — L'occupation d*ADcàne.
— La réponse impériale (7 janvier 1806). — La colère de Na[>oléon. — La lettre impériale du 13 février 1806 : « TEmpereur de Rome •. — U réponse du pape (21 mars 1806) : • L'empereur de Rome n'existe pas -. — Affirmations théocratiques.
III. — Fesch remplacé à Rome par Alquier. — Le Saint-Siège revendique la suzeraineté de Naples. — Indignation de Napoléon; résistance obstinée du pape; menaces de l'Empereur. — L'introduction du Concordai à Lucques.
— Occupation de Civita-Yecchia. — Situation très tendue entre le pape et l'Empereur. — La crise retardée par la formation de la quatrième coalition.
Le couronnement de Milan, en fortifiant Taction politique de Napoléon en Italie, en confirmant le caractère impérial de son autorité, précisa le conflit qui depuis le Concordat se manifestait entre la papauté et le gouvernement français et renouvela les inquiétudes du Saint-Siège. Napoléon ne se préoccupa point de les calmer. Empereur et roi d'Italie, maître de la terre, il prétendait réduire le pape à la direction spirituelle des fidèles et lui rappeler la parole du Christ : « Mon royaume n'est pas de ce monde ». Dans de telles conditions, la lutte était inévitable et prochaine entre le Sacerdoce et l'Empire : elle suivit de près les fêtes du double couronnement de Paris et de Milan; elle devinl plus dramatique à mesure que se constitua le grand Empire, car il ne pouvait pas s'achever sans comprendre Rome.
Pendant son voyage d'Italie, Napoléon, conformément au Concordat de Milan et aussi à la loi réglementaire qui y avait été ajoutée et dont il ordonna lapplication à partir du 1*' juin 1805, procéda à la réorganisation complète du clergé italien; il approuva la nouvelle circonscription des diocèses, détermina leurs revenus en argent, non pas en fonds de terres, réorganisa l'administration des fabriques, assura le fonctionnement régulier du nouveau régime. Le pape n'avait pas cessé de protester contre Tinlerprétation que l'Empereur donnait au Concordat italien ; il renouvela son opposition qui n'empêcha rien, mais qu'il ne cessa de répéter dans les années suivantes*.
L'Empereur décida aussi alors que le Code Napoléon serait mis en vigueur dans le royaume d'Italie et les provinces annexées à la France, à partir du 1" janvier 1806. Ce Code autorisait le divorce, contraire aux dogmes de l'Église romaine. Or le Concordat italien déclare qu'en Italie la religion catholique est religion d'État : la papauté considéra l'introduction du Code comme une violalion du Concordat et s'en plaignit amèrement, demandant au moins des modiûcations conformes aux mœurs et aux lois du pays : « La religion catholique, écrivait Consaivi, cesserait d'être la religion de l'État si l'État ne protégeait pas ses maximes les plus essentielles, si par un code nouveau il venait imposer tout à coup des règles qui sont la négation même de ses droits les plus inviolables ^ » Il faut noter la graviié particulière de cette question du divorce, oii pendant plus d'un siècle, dans les divers pays catholiques, allait s'affirmer fréquemment le conflit entre la doctrine de l'Église et les lois de l'Étal moderne : c'est une des formes essentielles de leur incompatibilité consacrée par le Syllabus. Il est sans doute inutile de dire que Napoléon ne se prêta pas à la modification du Code.
Aussi bien les événements de Milan avaient-ils des conséquences politiques dont le pape sans doute n'était pas mécontent; ils achevaient de décider la formation de la troisième coalition. Il n'était pas possible à l'Autriche de permettre l'établissement de la domination française en Italie; elle allait devenir l'alliée naturelle de la papauté. C'est pourquoi Napoléon porta une attention plus