AIT. Élr., Ilome, 938, f 410 et s
Je n'ai pu qu'être vivement affecté de ce que, quand toutes les puissances à la solde de l'Angleterre s'étaient coalisées pour me faire une guerre injuste, Votre Sainteté ait prêté l'oreille aux mauvais conseils et se soit portée à m'écrire une lettre si peu ménagée. Elle est parfaitement maîtresse de garder mon ministre à Rome ou de le renvoyer... Votre Sainteté se plaint de ce que, depuis son retour de Paris, elle n'a eu que des sujets de peine; la raison en est que depuis lors tous ceux qui craignaient mon pouvoir et me témoignaient de l'amitié, ont changé de sentiments, s'y croyant autorisés par la force de la coalition... Je me suis considéré comme le protecteur du Saint-Siège et à ce titre j'ai occupé Ancône. Votre Sainteté avait intérêt à voir cette forteresse plutôt dans mes mains que dans celles des Anglais ou des Turcs. Je me suis considéré, ainsi que mes prédécesseurs de la deuxième et de la troisième race, comme le fils aîné de l'Église, comme ayant seul Tépée pour la protéger et la mettre à l'abri d'être souillée par les Grecs et les Musulmans. Je protégerai constamment le Saint-Siège, malgré les fausses démarches, l'ingratitude et les mauvaises dispositions des hommes qui se sont démasqués pendant ces trois mois, ils me croyaient perdu : Dieu a fait éclater, par le succès dont il a favorisé mes armes, la protection qu'il a accordée à ma cause... Je le répète, si Votre Sainteté veut renvoyer mon ministre, elle est libre de le faire; elle est libre d'accueillir de préférence et les Anglais et le calife de Constantinople; mais ne voulant pas exposer le cardinal Fesch à ces avanies, je le ferai remplacer par un séculier*. »
Le cardinal Fesch reçut en même temps, à l'appui de ces récriminations, une lettre tumultueuse d'où jaillissent déjà quelques éclairs de lumière sur l'avenir : « Le pape m'a écrit, en date du 13 novembre, la lettre la plus ridicule, la plus insensée : ces gens me croyaient mort... Faites bien connaître que je ne souffrirai plus tant de railleries, que je ne veux point à Rome de ministre de Russie ni de Sardaigne. Mon intention est de vous rappeler et de vous remplacer par un séculier. Puisque ces imbéciles ne trouvent pas d'inconvénient à ce qu'une protestante puisse occuper le trône de France, je leur enverrai un ambassadeur pro-
\. Corr., XI, 9655.
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testant. Dites à Consahri que, s'il aime sa patrie, il faut qu^il quitte le ministère, ou qu'il faut faire ce que je demande; que je suis religieux, mais ne suis point cagot; que Constantin a séparé le civil du militaire et que je puis aussi ]K>mmer un sénateur pour commander en mon nom dans Rome... Dites à Consaivi, dites même au pape que, puisqu'il veut chasser mon ministre de Rome, je pourrai bien Ty rétablir. On ne pourra donc rien faire de ces hommes-là que par la force... Pour le Pape je suis Charlemagne, parce que comme Charlemagne je réunis la couronne de France à celle des Lombards et que mon empire confine avec l'Orient. J'entends donc que Ion règle avec moi sa conduite sur ce point de vue. Je ne changerai rien aux apparences si Ton se conduit bien; autrement je réduirai le pape à être évêque de Rome... U n'y arien, en vérité, d'aussi déraisonnable que la cour de Rome *. »
Le pape fit immédiatement à la lettre de l'Empereur une réponse extraordinaire; il se défendit d'avoir jamais eu l'intention de renvoyer le ministre de France; il affirma n'avoir jamais cru Napoléon perdu : c Une telle pensée ne pouvait entrer dans notre cœur, non seulement parce qu'elle est très indigne de nous, mais parce que l'attachement que nous portons à la personne de Votre Majesté nous l'eût rendue trop pénible à supporter ». H déclara qu'il s'était toujours prêté avec plaisir aux vues de l'Empereur, que Consaivi était également dévoué aux intérêts de la France, il continuait ainsi : « Votre Majesté rapporte à Dieu l'heureux succès de ses armes et l'accroissement de sa gloire. Un tel sentiment met le comble à sa réputation. Il nous garantit aussi que Votre Majesté reportera vers Dieu et fera tourner au bénéfice de la religion et de l'Église le prestige de sa renommée et le fruit de ses conquêtes. Votre Majesté est devenue souveraine de Venise : cette extension de ses domaines en Italie nous fait concevoir ridée Hatteuse que le temps est arrivé où Votre Majesté voudra réaliser l'espérance qu'elle ne nous a jamais interdite de voir l'Église recouvrer enfin celte partie du patrimoine de Saint- Pierre que la Révolution lui a ravi* ».
Napoléon ne voulut pas entretenir la conversation sur ce point. Il n'évacua même pas Ancône. Il avait ordonné l'occupation du