Gorr., XII
par répée; du moins en résulte-l-il qu'il s'allribuait une certaine aulorité sur Rome : il n'est d'ailleurs pas possible de là concilier avec l'indépendance proclamée du Saint-Siège. II est plus facile de comprendre ce que voulait dire Napoléon, en réclamant du pape pour le temporel les mêmes égards qu'il lui reconnaissait pour le spirituel. Talleyrand écrivait dans le même temps à Gaprara : « Sa Majesté se fera toujours une loi sacrée de tenir à la croyance et à la pratique générale de TÉglise; mais elle est persuadée que, dans cette stricte observation des règles religieuses, elle reste indépendante et libre à Tégard du maintien des droits politiques et de la disposition temporelle des biens de la terre* ». C'est l'aftlrmation du dominium rmindi, la vieille formule des empereurs romains. Le pape est le chef spirituel du monde catholique, l'empereur en est le chef temporel. Voilà la pensée toute nue de Napoléon exprimée par lui-même au pape.
Elle entraînait comme une conséquence nécessaire rabsorption de Rome, au temporel, dans TEmpire, et, si le pape s'y refusait, la destruction du pouvoir temporel de la papauté, la reprise de la terre romaine par l'Empereur. Le bruit en courait de nouveau à Rome même; on racontait que le Saint-Siège serait transféré à Avignon, que l'État pontifical serait partagé entre le royaume d'Italie et le royaume de Naples, que l'ordre de Malte serait sécularisé, que le Code Napoléon serait publié dans TÉtat romain, les couvents détruits, le mariage des prêtres permis*. Tout cela était prématuré, mais non pas absolument inexact.
Le point précis où s'appliquait la théorie impériale était la question de la résidence des ministres étrangers à Rome. Le roi de Sardaigne continuait d'avoir auprès de lui un ministre russe le chevalier de Lizakewicz, et un ministre anglais, Jackson. II est indéniable que le premier continuait de promettre au roi Victor- Emmanuel la protection du tsar Alexandre, que le second s'efforçait de retenir le roi de Sardaigne dans l'amitié des cours alliées, que par eux la cour de Rome était au courant des intentions des ennemis de la France et qu'ils l'engageaient à résister aux prétentions du gouvernement français; il est certain qu ainsi le territoire pontifical était un centre d'intrigues contre la France,