‹ Napoléon en ItalieChapitre 289 sur 423 · Corr., XII · texte numérisé non relu

Corr., XII

448 NAPLBS (1805-1807)

remettre au cardiDal-légat : « Sa Majesté a fait publier dans la principauté de Lucques le Concordat d'Italie; car les principes de la religion sont immuables, et ce qui peut produire le salut des âmes à Bologne peut aussi le produire à Lucques. Cependant, si la cour de Rome avait des représentations à faire, elle devait les faire à TEmpereur. Au lieu de cela, elle donne un bref plein de sentences séditieuses et propres à exciter les peuples à la révolte contre le souverain. 11 se peut qu'elle parvienne par ce moyen à faire couler le sang et à remplir de troubles la malheureuse principauté de Lucques; mais les ordres de l'Empereur seront suivis et ceux qui auront prêché la sédition et la rébellion coiHre le prince légitime en seront responsables devant Dieu et devant T Empereur ».

Talleyrand adoucit les termes et fit observer que le gouvernement rolhain ne devait traiter des intérêts des États italiens qu avec leur souverain l'Empereur. Sur ce terrain, la diplomatie impériale avait le droit de son côté; le pape dut le reconnaître et le légat reçut Tordre d'exprimer des regrets*.

Cette affaire avait quelque peu troublé la principauté de Lucques pendant tout le mois de juin. Elle avait porté l'attention publique sur les autres différends qui séparaient alors l'Empereur et le pape, et elle avait contribué à créer dans l'opinion un état de malaise préjudiciable à l'établissement pacifique de l'influence française.

Dans le même temps, les Napolitains opposaient une vigoureuse résistance aux troupes de Joseph. Gaëte n'était pas prise. Les Anglais débarquaient sur la côte du golfe de Sainte-Euphéoiie et soulevaient la Calabre contre la domination française; les Sanfédistes, au nom de la religion, recommençaient la Croisade de 1799. Alquier, qui connaissait le pays, voyait de Rome la situation très grave*. En vérité la résistance du pape aux prétentions de TEmpereur excitait dans toute la péninsule une vive émotion ; la fervente piété des populations les disposait à prendre parti pour le Saint- Siège, et suscitait aux desseins de l'Empereur de redoutables obstacles. Maintes fois Napoléon put craindre que l'Italie ne fût tout entière soulevée par les prêtres et les moines; il se préoccupa

Page 1