Corr., XII, 10203, à Joseph
Druult. — Italie. 29
pape était déjà comme prisonnier. Il adressa une protestation aux grandes puissances, ce qui était parfaitement vain, mais prouvait du moins qu'il n'était pas de connivence avec l'Empereur.
11 eut beaucoup à se plaindre aussi de la conduite des généraux français. Lemarois levait lui-même les contributions à Ancône : « L'Empereur, disait le pape, m'oblige à nourrir ses troupes et ses généraux s'emparent des impositions que je pourrais percevoir : comment est-il possible que je pourvoie à la subsistance de l'armée française? » Et Alquier ajoute : « J'avoue que je ne sais pas de réponse à cette objection ». Duhesme, à Civita-Vecchia, ne s'entendait pas avec le gouverneur pontifical, Mgr Negrela; il le destitua; le pape le maintint en fonctions; Duhesme le tit enlever par quinze dragons, jeter dans une voiture et transporter hors du territoire de la ville*.
Consaivi abandonna la secrétairerie d'État (17 juin 1806). 11 pensa peut-être par sa retraite désarmer l'implacable hostilité de TEmpereur; car TEmpereur ne cessait de faire les plus violents reproches aux « conseillers malintentionnés » du pape, qu'il croyait personnellement plus conciliant. L'Empereur se trompait; avec Casoni ou avec Consaivi, la doctrine du Saint-Siège fut la même, immuable, fondée* sur les siècles de la tradition théocratique; le pape n'était pas libre d'y rien changer; elle était la pierre sur laquelle s'était bâtie l'Église de Rome : non seulement elle ne dépendait d'aucun trône sur la terre, mais elle était supérieure à tous les trônes de la terre.
A cette date, la formation de la Confédération du Rhin, le 12 juillet 18Ô6, jeta quelque lumière sur les dispositions de Napoléon à l'égard de l'Italie; elle entraîna invinciblement la pensée à Tidée d'une confédération italienne : le mot en avait été déjà chuchoté dans les précédents débals entre le pape et l'empereur.
Alquier, enclin pourtant à la modération depuis qu'il était à Rome, se prononçait hautement contre le pape : « Depuis la conclusion de la Confédération du Rhin, s'écriait-il, on croit généralement à Rome que Sa Majesté va mettre la dernière main au projet de fédération de toutes les puissances d'Italie. Le pape n'écoutera
1. AIT. Elr., Rome, 939, r** 308, 373. — D'UaussonviUe, H, 312-313.
aucune des propositions qui pourront lui êire faites, et déjà ses sujets prévoient, avec une satisfaction qu'ils ne dissimulent plus, que celle imprudente opiniâtreté accélérera la chute d'un gouvernement faible, incertain, impuissant à faire le bien, et dont ils ne supportent le joug qu'avec une extrême impatience. Il faut l'avouer, jamais le mécontentement et la haine d'un peuple ne furent plus légitimes. L'existence de cette puissance dans son état actuel est incompatible avec l'intérêt général de la civilisation, et le gouvernement romain établi sur les ruines de Rome antique n'est plus lui-même qu'un débris incommode, au milieu de l'Italie, et un obstacle à la prospérité de cette belle contrée. »
€ Le gouvernement de Rome, disait-il encore, est un gouvernement détestable, qui ne peut plus exister dans l'état de confusion et de désordre où il est réduit, qu'il faut refondre en entier parce qu'on ne peut plus le corriger, et dont les maximes* fondamentales sont en contradiction avec tous les principes de sociabilité». »
Il paraissait donc à Alquier, à d'autres aussi sans doute, que la cause de l'Empereur était la cause de la civilisation, que la lutte qu*il soutenait contre la papauté était une sorte de Kulturkampf, comme on dira plus tard, la guerre aux superstitions, à l'ignorance, à la misère, que c'était une belle œuvre que d arracher la Rome antique, la Rome impériale d'Auguste et de Trajan aux ruines où la tenait ensevelie le gouvernetnent des papes, que Rome par l'Empereur voulait renaître à sa gloire passée.
Alquier affirme que les Romains attendaient la prochaine arrivée de TEmpereur et la restauration, à Rome , du titre d'Empereur d'Occident : « Les têtes romaines sont tellement exaltées par l'espérance de voir Sa Majesté et si lières d'exister bientôt sous sa domination, qu'en parlant d'elle, les personnes de toutes les classes (les prêtres exceptés) disent déjà : Notre Empereur! »
On peut admettre qu'il va là quelque exagération, et qu'Alquier répand par Timagination son enthousiasme autour de lui. Cependant amis ou ennemis, il était naturel que les Romains s'attendissent en Italie à des changements semblables à ceux qui s'accom-