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Joseph, III

Dans la nuit du 30 au 31 janvier 1808, à une heure, une formidable explosion détruisit en grande partie la maison de Saliceti; sa fille, la duchesse de Lavello, demeura trois quarts d'heure sous les décombres, et en fut retirée dans un état affreux, sans rien de brisé cependant. Le ministre lui-même fut blessé en courant auprès d'elle; plusieurs domestiques reçurent aussi quelques blessures légères. L'explosion avait été produite par une machine infernale, d'origine anglaise naturellement, dit-on aussitôt, faite d'une quantité de poudre fortement comprimée; elle avait été déposée au rez-de-chaussée de la maison par un apothicaire nommé Vascari, un agent de la reine, qu'on avait imprudemment laissé s'y établir, quoiqu'il fût suspect d'avoir pris part à la dernière conspiration *.

Napoléon fut très mécontent quand il apprit cela; il attribua cet « horrible événement » à une trop grande condescendance; il déclara ne pas comprendre qu'on laissât un ancien conspirateur s'installer comme, pharmacien dans la maison même du ministre de la police. Il prit une vive part au malheur de Saliceti. Les jaloux comme Rœderer essayèrent de raconter que c'était un accident, et non un crime, que Saliceti pariait de conspiration pour se rendre intéressant. 11 y eut un procès qui dura longtemps, il y eut à ce sujet six condamnations et six exécutions capitales en juin. 11 y eut à ce moment-là un redoublement d'assassinats, celui d'un commissaire de police tué avec toute sa famille le 27 mai, celui du prince d'Alena, chambellan du roi, le 31 mai*.

La sécurité ne fut donc jamais absolue dans l'entourage de Joseph; il put craindre maintes fois pour lui-même; il sentit le besoin qu'il avait de Saliceti, et lui témoigna toujours beaucoup d'estime.

Mais son amitié allait à d'autres, qui dépendaient moins de l'Empereur et qui, plus conciliants, s'accordaient mieux avec §on propre tempérament. Dès le commencement de son règne, il avait formé malgré Saliceti un ministère presque absolument national; le prince de Cianculli avait été fait ministre de grâce et de justice; le prince Bisignano ministre des finances, le commandant Pigna-

\. AIT. Etr., Naples, n" 132, M8.

2. Joseph, IV, 92, 140, 170. — Miot, II, 352. — Pour le procès, BibHothèque du Ministère des Aff. Etr., une brochure in-4^ n" 4216.

telli ministre de la marine, le duc de Cassano ministre des affaires ecclésiastiques, le duc de Gampo-Chiaro ministre de la maison royale, le duc de Gallo ministre des affaires étrangères. 11 lui fut impossible pourtant de donner toute sa confiance à des Napolitains, et ses conseillers les plus intimes furent le général Mathieu Dumas, qui fut ministre de la guerre; surtout Miot, qui fut ministre de Tintérieur, et Rœderer, qui prit dès le mois de mai le portefeuille des finances au prince Bisignano*.

Miot devint un peu plus lard comte de Melito, et dans ses Mémoires il s'est fait, parfois indûment, le porte-parole du roi Joseph devant la postérité. Le sénateur Rœderer vint à Naples au nom de ses collègues saluer le nouveau roi; son allocution malheureuse déplut à TEmpereur; elle permet peut-être de le ranger dans ce vague parti modéré qui mettait, dit-on, ses espérances dans la mort de Napoléon et Tavènement de Joseph au trône impérial : Joseph, qui savait mal gouverner Naples, leur paraissait donc capable de gouverner la France! Ils le connaissaient peu, ou songeaient sous son nom à leur propre fortune.

Joseph demanda à Napoléon de lui laisser Rœderer; Napoléon fit longtemps la sourde oreille. Quand il fut obligé d'entendre cette sollicitation réitérée, il déclara que M. Rœderer ne pourrait pas garder sa place de sénateur et sa sénatorerie : « Gardez-le pour en faire votre société ; mais, c'est un homme qui n'a point de tact et qui ne vous donnera jamais un bon conseil, quoique du reste il ait des qualités que j'apprécie ^ » Mais il ne cessa pas de s'acharner contre lui, comme s'il voyait en lui un ennemi secret : il lui reprocha de vouloir lui enlever quelques-uns des meilleurs employés des bureaux de Paris, ses comédiens, même Talma, des artistes de l'Opéra : « Vous sentez, écrivait-il rudement à Joseph, ce que celle conduite a de ridicule; si vous voulez des acteurs de l'Opéra, pardieu, je vous en enverrai tant que vous voudrez; mais il n'est pas convenable de les débauchera » Il écrivait encore à son frère : « Quant à Rœderer, je crois que vous lui accordez une confiance beaucoup trop grande. Il a la tête trop active pour être bon administrateur, je dirai plus,

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