Gorr., Xlï, 10410, 10426. — Joseph, II, 3U
constant dans ses affections. Prenez-le, mais souvenez-vous de ceci : je crois que vous vous en repentirez. Vous êtes un jeune homme; la nature vous a fait trop bon. 11 ne faut pas se guider uniquement par la manière dont nous sommes frappés, mais aussi par les souvenirs du passe*. » Voilà le mot du secret. Napoléon n'oublia jamais le rôle attribué à Rœderer au 10 août 1792; on lui reprochait, sans preuves décisives, d'avoir trahi Louis XVI, de lui avoir conseillé de quitter les Tuileries pour se rendre à l'Assemblée législative et se livrer sans défense aux mains de ses ennemis. Il y avait dans la répugnance que lui inspirait assurément Rœderer une part de superstition : il avait le mauvais œil.
Combien il lui préférait Saliceli! « Rœderer est de la race des hommes qui perdent toujours ceux auxquels ils sont attachés : Serait-ce défaut de tact? Serait-ce malheur? Peu importe. Saliceti est de ceux qui réussissent toujours. Saliceli est fort aimé des Français à Naples, et il n'est pas un de vos amis qui ne déteste Rœderer. Ce dernier est à Naples ce qu'il était à Paris, sans crédit dans aucun parti, homme d'aucun conseil et d'aucun tact, dont j'eslime d'ailleurs plusieurs bonnes qualités, mais dont, comme homme politique, je ne fais aucun cas^. »
L'Empereur n'avait point de raisons sérieuses pour priver Joseph des services qu'il attendait de Rœderer; il lui permit donc de le garder auprès de lui, d'ailleurs il fallait bien qu'il laissât régner un peu ce roi qu'il avait fait.
On retrouve dans le gouvernement intérieur du royaume de Naples les préoccupations essentielles de Joseph et de ses amis de ne pas s'y comporter comme en un campement militaire, mais d'y fonder un établissement durable. Us s'efforcèrent d'alléger poyr les Napolitains les charges de l'occupation étrangère. Ils sollicitèrent de l'Empereur des secours en argent pour l'entretien de ses troupes : il s'y montra mal disposé; il déclara maintes fois que le royaume de Naples pouvait se suffire à lui-même et au
i. Corr., XIII, 10676.