‹ Napoléon en ItalieChapitre 297 sur 423 · Joseph, m · texte numérisé non relu

Joseph, m

Le miracle a toujours lieu dans l'octave du 17 septembre. En 1807, il eut lieu le plus tard possible, le 24 seulement. Miol, accompagné du sénat de fiaples, se rendit à la chapelle de Saint- Janvier, dans l'église métropolitaine. La fiole de verre renfermant le sang coagulé du saint était enfermée dans une armoire à trois clefs profondément enfoncée dans la muraille. Les trois clefs, gardées par le président du Sénat, le doyen du chapitre et Tarchevêque ou le vicaire général, furent recueillies. Un chanoine ouvrit l'armoire, prit la fiole, la montra au peuple en disant : « Il sangue e duro », le sang est dur; il la posa alors sur un piédestal d'argent à gauche de l'autel; à droite on avait disposé le buste du saint, on posa sur sa tête une mitre plus magnifique, on lui mit le riche collier donné par le roi Joseph , deux bouquets de roses sur la poitrine.

Le prêtre prit ensuite la fiole et l'approcha du saint; c'était le moment du miracle, le sang devait se liquéfier; sinon, ce serait l'annonce des plus redoutables événements. Le sang ne se liquéfia point, et, au bout d'un moment, le prêtre remit la fiole sur le piédestal d'argent. Les femmes poussèrent des cris d'épouvante, à la pensée des malheurs qui allaient se produire; elles pressèrent le saint d'être pitoyable à leur sort; elles s'abîmèrent sur le sol en prières lamentables. Le prêtre reprit la fiole et l'approcha de saint Janvier; il dit encore tristement : « E duho! » La foule redoubla ses cris et ses gémissements. Une troisième expérience ne fut pas plus heureuse; les prières firent place aux injures; saint Janvier fut sommé d'accomplir le miracle, c'est-à-dire d'écarter de son peuple les destinées menaçantes.

Enfin, à la quatrième fois, après seize minutes d'une émotion dramatique, le miracle se fit. « Je vis effectivement, dit Miot, la matière commencer à se détacher des parois du verre, couler lentement, se dilater, et remplir à peu près toute la fiole qui est seulement à moitié pleine de sang coagulé. )>

Alors les assistants éclatèrent en pleurs, en soupirs, en sanglots; les femmes s'agitèrent en un délire convulsif; le front durement frappé contre la terre, elles crièrent leur adoration, leur foi : « Malheur à celui de nous, dit Miot, qui aurait laissé échappé le moindre signe de mépris devant une si misérable jonglerie ou qui aurait seulement paru douter de la réalité du prodige! Il aurait été certainement déchiré par ces furies. »

El il donne son explication profane : une huile colorée en rouge et maintenue figée dans un endroit très frais produira le miracle en passant dans une atmosphère plus chaude ou seulement dans les mains du prêtre. 11 est possible, d'ailleurs, ajoutet-il, que Tofflcianl soit de bonne foi*.

Avec la permission de saint Janvier, Joseph put donc appliquer au clergé les mesures qu*il avait préparées. Les biens nationaux obtenus par ces diverses confiscations furent mis en vente, se vendirent par petits lots comme en France et multiplièrent assez vite le nombre des propriétaires, c'est-à-dire fortifièrent la classe sur laquelle le roi comptait le plus. Il coupa aussi en petites parts le tavoliere : c'était un immense territoire inculte, destiné au passage des moutons transhumants qui s'en allaient selon la saison de la Fouille aux Abruzzes ou réciproquement. Les colons qui en devinrent propriétaires furent admis à s'acquitter par le paiement d'un intérêt de 4 p. 100. Cette mesure fut populaire; elle fut utile aussi à la bonne exploitation de la terre napolitaine.

La multiplication des propriétaires, par le rachat des droits féodaux et la mise en vente d'une partie des biens d'Église, augmenta le nombre des imposables, et de bonne heure les contributions rentrèrent convenablement. L'année 1807 donna à l'État 52 millions de recettes; Napoléon trouva ce chiffre insuffisant, estima que le royaume de Naples pouvait bien fournir 100 millions par an ^. Joseph moins pressé se contentait de ces premiers résultats, ne désespérait pas de les améliorer.

Rœderer eut même déjà des ambitions extraordinaires ; il rêva de consacrer immédiatement une part de ces recettes à l'extinction progressive de la dette, et il exprima la pensée d'ouvrir une caisse d'amortissement. C'était de sage administration des finances publiques; c'était le plus évident intérêt du royaume de Naples.

Napoléon ne s'en souciait. Les idées de Rœderer rallumèrent sa colère à laquelle il donna selon sa coutume les expressions les plus pittoresques : « De quoi parle M. Rœderer? De caisse d'amortissement? Il est bien question de ces babioles! Il est question de payer l'armée. Est-ce bien dans un pays qui n'est pas encore

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