‹ Napoléon en ItalieChapitre 298 sur 423 · Ck)rr., XVI · texte numérisé non relu

Ck)rr., XVI

consolidé par la reconnaissance de TEurope et par la paix .qu'on fait des projets d'établissement pour l'avenir? Un homme comme Saliceli eût été un bon ministre des finances. » Une autre fois, il écrivait encore à Joseph : « Je crains beaucoup que vos finances ne soient dérangées par des théories et des spéculations; je regarde les savants et les hommes d'esprit comme des coquettes : il faut les voir, causer avec eux, mais ne prendre ni les unes pour sa femme, ni les autres pour ses ministres... Vos finances sont déplorablement administrées; elles sont tout en métaphysique; l'argent est cependant une chose très physique... Rœderer fait en un an ce qui doit être fait en dix*. »

Il ne faut pas prendre tout cela au pied de la lettre, Napoléon avait l'habitude d'exagérer l'expression de son mécontentement : il avait écrit lui-même à Rœderer ce bref compliment : « L'organisation d'un bon système de finances dans le royaume de Naples, adapté aux mœurs et aux usages du pays, vous fera honneur et vous donnera de nouveaux titres à mon estime*. » Néanmoins Joseph fut très fâché de ces continuelles critiques, et y répondit assez vivement : « C'est une erreur de croire que le ministre des finances les gouverne par des théories; c'est absolument le conlrepied de la vérité; il a beaucoup d'ennemis parce qu'il ne laisse pas voler, parce qu'il ne songe pas à faire sa cour à aucun parti, nobles ou plébéiens, à mes dépens ». Et il ajoutait en une plainte touchante : « Il me serait doux que Votre Majesté connût bien ma position et rendit quelque justice aux efforts et aux privations que je m'impose pour faire ce que je fais. Je met5 trop de prix à l'estime de Votre Majesté pour ne vouloir pas la conserver tout entière. Lorsqu'on a tout quitté pour les affaires publiques, il est tout simple à une âme généreuse de chercher une indemnité des plaisirs plus naturels dans l'estime publique et surtout du grand maîlrc qui sait tout apprécier et tout conduire ' ».

Il est incontestable que Joseph s'appliquait à bien gouverner son royaume et, à défaut d'autres qualités royales, il avait du moins beaucoup de bonne volonté; dans des circonstances moins

1. Corr., XIV, 11911; XV, 12924; XVI, 13206, 13551. — Joseph, UI, 314, 406; IV, 20, 140.

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