Corr., VI
françaises 2 millions de francs par mois et tous les approvisionnemenls qui leur étaient nécessaires, même des voitures, des vêtemeals, des souliers. Or Tannée fut mauvaise, les récoltes furent compromises par des inondations; les champs d'ailleurs étaient en grande partie ruinés par deux années de guerre, la campagne de 1799 et celle de 1800, sans compter toutes les charges qu'il avait fallu pendant trois ans acquitter à Tégard des commissaires du Directoire, Beaucoup de paysans n'avaient pas de pain pour euxmêmes et devaient fournir aux rations des soldats français. Les ofHciers ne se mettaient en peine que de la subsistance et du bienêtre de leurs troupes; ils avaient le souvenir de la fameuse proclamation de Bonaparte en 1796. Ils continuaient à mettre l'Italie en coupe réglée; ils la traitaient le plus consciencieusement du monde en pays conquis. Souvent les villes ou les villages étaient dans Timpossibilité malérielle de suffire à leurs exigences; les commissaires du gouvernement cisalpin en étaient rendus responsables, accusés de mauvaise volonté, arrêtés, maltraités, emprisonnés ^. Il n'y a pas de différence entre cette administration du Consulat et Tadminislration précédente du Directoire; elle excita les mêmes plainlCK; Petiel y resta sourd, comme ses prédécesseurs de 1797 ou de 1798 ; il eut l'opinion que l'obéissance des populations pouvait être le mieux assurée par la terreur; il traita les plaignants comme des rebelles, et les fil passer pour tels aux yeux du Premier Consul, qui lui-même n'admelLail que la soumission sans phrase et sans réserve. Le S octobre 1800^ il reçut dans son cabinet des députés cisalpins qui très humblement voulurent lui dire le dénuement de leurs concitoyens et solliciter un traitement plus généreux. Il se mit en colère, éclata aussitôt en paroles violentes qu'on entendait de Tantichambre, les accusa de mentir, de n'avoir que de mauvaises intentions, de ne chercher qu'à causer du désordre, leur déclara qu'il ne le permettrait pas, qu'il supprimerait tous les pouvoirs civils en Cisalpine, qu'il les mettrait sous la férule
3. Me]7î, I. 2ii et suiv., 533 : lellrc de Marescalchi à Bonaparte. — Francesco Melzi d'Eril, duca di Lodi, Memorie, Documenti e Lettere inédite di Napoieone i** e Beauharnais, raccoUe e ordinale per cura di ùiovanni Melzi, Mi la no, 1S65 : le premier volume comprend une biographie de F. Melzi et uric imporlanti: série de ^^ lettre!^ et de ceUes de ses amis; le second comprend la correspondance de Napoléon avec Melzi, celle de Beauharnais, de Marescalchi, des rapports i^ecrets ou autres, en italien ou en français. — CeUe source nous a été très précieuse.
dun rude général, que le peuple n'avait pas le droit de se plaindre, qu'il ne devait se mêler que de faire des sguliers*.
Et même, c'était des souliers pour les Français.
Selon lui la Cisalpine devait s'estimer 1res heureuse d'avoir été délivrée de la domination autrichienne; elle en devait de la reconnaissance à la France, et les souffrances qu'elle endurait en étaient l'expression.
Du moins les opérations militaires, après six mois d'armistice, achevèrent en peu de temps la « délivrance » de l'Italie. Pendant que Murât occupait la Toscane et chassait les Napolitains des États pontificaux, Brune franchissait le Mincio le 25 décembre et pénétrait au centre du quadrilatère. 11 pouvait y être retenu longtemps; mais à sa gauche Macdonald accomplit, malgré les neiges, une admirable traversée des Alpes centrales par les cols fort pénibles du Splugen et du Stelvio; il tomba dans la haute vallée de l'Adige, coupa aux Autrichiens la route du Tyrol, menaça de les envelopper par derrière et les obligea d'abandonner sans se battre la ligne de l'Adige. Le 15 janvier, ils signaient farmistice de Trévise et, menacés par Moreau dans Vienne même, ils se montraient enfin mieux disposés à traiter. La condition de Tltalie du Nord allait être enfin réglée définitivement; les Cisalpins espérèrent la fin de leurs inquiétudes et de leurs misères.
Le 3 décembre 1800, en effet, Moreau avait remporté la brillante victoire de Hohenlinden; et lentement, irrésistiblement, il approchait de jour en jour de la capitale autrichienne. H fut arrêté par farmistice de Steyer, l'Empereur consentit à traiter sans l'Angleterre.
La question italienne devait être une des principales à résoudre, elles Cisalpins pensèrent y être consultés; leur seule présence au Congrès de la paix serait le signe de leur indépendance. Dès qu'ils connurent l'ouverture des négociations à Lunéville entre Joseph Bonaparte et Cobenzl, ils s'agitèrent fort pour y être représentés. Depuis Marengo, il y avait à Paris auprès du Premier Consul des députés cisalpins qu'il consultait parfois sur les intérêts de leur pays, ou plutôt qu'il étudiait dans leurs passions et leurs rêves politiques pour préciser lui-même en son esprit ses