‹ Napoléon en ItalieChapitre 320 sur 423 · De Clercq, If, 235. — Sorel, VII · texte numérisé non relu

De Clercq, If, 235. — Sorel, VII

3. L'ancienne reine d'Etrurie suivit ses parents à Compiëgne en juin 1S08. Elle obtint l'année suivante la permission de s'établir à Nice. Elle s'y ennuya; elle y conspira : elle eut des agents à Vienne et à Londres, qui eurent mission de chercher les moyens de Tenlever et de la transporter en Espagne : le principal d'entre eux était un de ses chambellans, un certain Sassi délia Tosa. il fut arrêté à Amsterdam et traduit avec deux œmpliccs devant une commission militaire qui les condamna à la prison. La reine fut enfermée alors dans un couvent de Rome, séparée de son fils dont Féducation fut confiée au grand-

Reille vint au nom de l'Empereur prendre possession de la Toscane et y installa d'abord une junte de conseillers d*État pour assurer la transmission des pouvoirs. Quelques semaines après, le sénatus-consulte organique du 2& mai 1808, confirmé par un décret impérial rendu à Bayonne le 30 mai, prononça la réunion à l'Empire des duchés de Parme, de Plaisance et des États de la Toscane. Les duchés de Parme et de Plaisance formèrent le département du Taro; les Étals de Toscane formèrent ceux de l'Arno (Florence), de la Méditerranée (Livourne) et de l'Ombrone (Sienne).

Le 2 mars 1809 seulement, un autre sénalus-consulte érigea le gouvernement général des départements de la Toscane en grande dignité de l'Empire sous lé titre de Grand-Duché, au profit de la princesse Élisa, princesse de Lucques et de Piombino. Il ne fut pas question de son mari Bacciochi. Elle fut à peu près satisfaite de cet avancement; elle montra beaucoup d'activité dans le gouvernement de cet État; elle s'y dépensa assidûment dans les moindres détails, s'efforça de mériter les compliments de l'Empereur, et espéra sans doute qu'elle y gagnerait quelque chose encore : ce fut pourtant le couronnement de sa carrière.

Le décret du 30 mai, qui réunit Parme et la Toscane à l'Empire, fut contemporain de la chute des Bourbons d'Espagne. Cette rencontre d'événements ne fut pas fortuite : d'un seul coup, en Espagne et en Italie, les Bourbons disparaissaient; il y avait dix ans qu'au premier traité de Saint-Ildephonse, le Directoire avait fondé avec eux cette étroite alliance, dont Napoléon s'était servi tant qu'il y avait trouvé son compte. Désormais — ce sont les suites de Tilsitt — il était de force à se passer d'eux, et il poursuivait imperturbablement la réalisation de son dessein impérial.

Ainsi le voyage de Venise avait marqué dans l'organisation de l'Italie un moment décisif. L'Empereur y avait préparé l'occupation de Bome, et il tenait dès lors très fortement toute la pénin-

père le roi Charles IV. (Cf. AIT. Etr., Toscane, 160 A, f- 174-270; 160 B, Procès de Sassi délia Tosa.)

suie en sa possession : elle pouvait être la base solide de ses entreprises sur TOrient. De Venise, comment n'eûl-il pas songé à la domination de la Méditerranée? Le traité de Tilsilt lui avait élargi la voie; il lui livrait Catlaro, les lies Ioniennes; il faisait de TAdriatique une mer entièrement française; ce pouvait être le moyen de poursuivre le développement de l'Empire, comme au temps des Romains, dans la direction de Gonstantinople.

Mais Corfou était étroitement bloquée par les Anglais. Il était urgent de la délivrer et de la rendre ensuite imprenable. Napoléon y essaya de tous moyens. Marmont prépara des troupes en Dalmatie pour les envoyer le long de la côte, par Catlaro, vers Butrinto et le rivage voisin de Corfou. Sébastian!, ambassadeur à Constantinople, reçut l'ordre de demander au sultan le libre passage de ses troupes. L'affaire ne fut point si aisée; Ali-pacha s'y opposait; les autres pachas de la côte s'effrayaient avec lui de cette intervention française; des ofBciers français forent assassinés à Antivari. Les troupes de Marmont ne passèrent pas; mais pendant tous ces débats elles élaient devenues inutiles'.

Car d'autre côté Napoléon préparait la délivrance de Corfou par la mer. Ganteaume à Toulon devait être rejoint par le contreamiral Allemand, parti de Rochefort à travers les croisières anglaises ; ensemble ils commanderaient dès lors une force navale ♦ imposante. Joseph reçut l'ordre de préparer à Tarente et à Otrante des approvisionnements, des munitions, que les vaisseaux de Ganteaume pourraient prendre et jeter à Corfou.

Il sufOsait que la flotte française gardât seulement quelques jours la supériorité du nombre. L'Empereur espéra qu'elle pourrait en même temps aider à la conquête si désirable de la Sicile. Depuis le mois d'octobre, il ne cessait de presser Joseph de reprendre Scylla et Reggio aux Anglais qui s'y étaient maintenus depuis le mois d'août de l'année précédente. « Il est bien nécessaire que vous vous empariez de Reggio et Scylla; il est honteux que les Anglais aient un pied sur le continent, je ne saurais le souffrir : prenez vos dispositions en conséquence... Ne souffrez pas la honte d'avoir les Anglais à Reggio et à Scylla; c'est une ignominie sans égale... Faites qu'à la fin de novembre

i. Cf. ma Politique orientale de Napoléon, p. 267 et s.

les Anglais soient chassés de Scylia et ne souillent plus de leur présence un seul point du continent \ »

Nul doute que ces instances ne se soient continuées à Venise el que Joseph n'ait été invité à en finir au plus tôt. Ce furent d'ailleurs ses premiers soins en rentrant à Naples : des troupes devaient être réunies à Reggio; si Ganteaume pouvait disposer du passage pendant quelques heures seulement, elles seraient jetées en Sicile et achèveraient enfin la conquête du royaume de Joseph.

Alors l'Angleterre serait frappée d'un « grand coup de tonnerre » : la Sicile conquise, Corfou pour longtemps à l'abri de toute attaque. Quel progrès dans l'établissement de la domination française sur la Méditerranée ! La flotte anglaise serait réduite à errer comme dans la Baltique, sans pouvoir jeter l'ancre ailleurs qu'à Malte, loin du continent, sans aucune prise sur lui.

Voilà le plan de Venise. Comme autrefois d'Ancône et de Campo-Formio, c'est un puissant regard jeté sur l'Orient, avant le grand souci des affaires d'Espagne.

Le 2à février 1808, quelque temps après son retour à Paris, Napoléon envoya à Joseph les instructions les plus minutieuses. Bien entendu, il fallait avant tout qu'il fût maître de Scylia et de Reggio. La flotte française devait se présenter devant Naples du 10 au 15 février : il fallait que le port de Baïa fût fortifié de manière qu'elle y fût à l'abri de tout événement. Cependant on préparait 2 à AOOOOO rations de biscuit, une vingtaine de milliers de quintaux de farine, du riz et de l'eau-de^vie, une trentaine de maçons avec tout ce qu'il fallait pour construire six fours, des escouades de boulangers, des chevaux du train ou des mulets. Chaque homme devait avoir cinquante cartouches dans le sac, cinquante dans sa caisse et cent sur les petits bâtiments qui suivraient.

L'escadre prendrait le maréchal Jourdan et 9 000 hommes et les débarquerait sur la plage de Sicile, tout près de Messine, en même temps que Reynier y débarquerait de Reggio sur les barques du pays. Sans s'occuper d'abord de Messine, à moins qu'elle ne fût facile à enlever d'un coup de main, on s'établirait sur la

Page 1