Joseph, IV, 187. Rapport du contre-amiral Ck}smao
4. Rodocanachi, Bonaparte et les Iles Ioniennes , 198 (Paris, F. Alcan).
Anglais de la réduire par la famine comme Malte autrefois; Donzelot n'y capitula qu'après la chute de TEmpîre.
Mais les retards que pendant un mois les vents imposèrent à Ganteaume compromirent Texpédition de Sicile. Les vaisseaux anglais rencontrés par Cosmao dans les eaux de Tarente, écartés par Ganteaume devant Corfou, se réunirent devant le danger découvert. Leurs chefs eurent aussitôt la pensée que les Français pourraient tenter le passage du détroit de Messine. Us s'y portèrent en force, augmentèrent la garnison de Messine, surveillèrent tout le rivage; dès les premiers jours de mars, Joseph estimait que l'expédition était manquée \
Napoléon s'emporta comme il faisait d'ordinaire contre tout échec; autrefois c'était contre Villeneuve; cette fois ce fut contre Cosmao. Celui-ci n'avait pas été fort utile à cette entreprise; au lieu d'aller à Corfou, où il y avait déjà Ganteaume, il aurait dû revenir précipitamment de Tarente à Reggio, et profiter des quelques jours où il avait été le maître de la mer pour assurer le passage en Sicile. S'il avait fait ainsi, et si Ganteaume, de son côté, n'avait pas réussi à ravitailler Corfou, il est certain que Cosmao eût subi un accès de colère plus formidable. La vérité est qu'il ne pouvait faire autrement qu'il n'avait fait, qu'il n'avait pas d'instructions spéciales et qu'il était couvert par les conseils de Joseph. Mais il fallait bien que l'Empereur s'en prît à quelqu'un : c'était sa manière de constater ses revers.
Il n'était pas prudent de laisser Ganteaume errer sur la Méditerranée ; il pouvait être bientôt en présence de forces supérieures. Napoléon le rappela à Toulon, où il reçut ce joli mot : « Les contrariétés de temps que vous avez éprouvées sont inouïes; mais c'est une nouvelle obligation que j'ai à mon escadre d'avour si bien rempli mes instructions* ».
L'Empereur n'avait pas encore la Sicile; il n'avait pas frappé le grand coup de tonnerre qu'il annonçait. Mais, par Corfou et la Dalmatie, il gardait le chemin de l'Orient ; il en profiterait, si les circonstances le permettaient, après le règlement des affaires d'Espagne.