‹ Napoléon en ItalieChapitre 325 sur 423 · Corr., XVll · texte numérisé non relu

Corr., XVll

Ce fut le dernier épisode du règne de Joseph à Naples. La reine Julie Tavait rejoint le 3 avril 1808. Le 18 avril, Napoléon envoyait un mot à son frère : « Il ne serait pas impossible que je vous écrivisse dans cinq ou six jours de vous rendre à Bayonne. » Le 10 mai il ajoutait : « La nation espagnole, par Torgane du conseil suprême de Caslille, me demande un roi. C'est à vous que je destine celte couronne... C'est une couronne qui vous place à Madrid, à trois jours de la France, et qui couvre entièrement une de ses frontières. A Madrid vous êtes en France; Naples est le bout du monde*. »

Le 22 mai, la nouvelle se répandit à Naples du prochain départ de Joseph pour la France*.

Il partit en effet le 2&. A Rome on crut qu'il avait mission de régler la question du pouvoir temporel ; il ne fit que passer. Il s*en alla à grandes journées par Florence et Turin.

Sur la route de Grenoble à Lyon, au bas de la Chartreuse, près d'une grotte au bord du Guier, il rencontra l'évèque de Grenoble, Simon, son ancien professeur de philosophie et de mathématiques au collège d'Autun. Ils eurent une conversation des plus touchantes, qu'un neveu de Tévèque rapporta plus tard : il est permis de supposer que par l'éloignement des temps elle a pu être légèrement déformée. Le maître et l'élève échangèrent des propos mélancoliques. <x En Espagne, disait Joseph, j'aurai beau faire, je ne me dépouillerai pas si complètement de mon titre d'étranger qu'il ne m'en reste assez pour me faire hfiir d'un peuple fier et chatouilleux sur le point d'honneur, d'un peuple qui n'a connu d'autres guerres que des guerres d'indépendance et qui abhorre avant tout le nom français. » Tout cela n'est pas déjà si exact. Puis le roi, par l'effet peut-être du paysage qui servait de cadre à cette scène si bien arrangée, fut pris du délire prophétique : « Monsieur l'évèque, je vois un horizon chargé de nuages bien sombres; ils recèlent dans leur sein un avenir qui m'effraye. L'étoile de mon frère scinlillera-t-elle toujours lumineuse et bril-

l.Corr., XVII, « 3844.

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