AIT. Etr., Rome, 940, r
étant parmi ceux qu'il y avait à pourvoir. « Nul concordat n'ayant été fait entre Sa Sainleté et Sa Majesté pour régler les affaires ecclésiastiques dans les pays vénitiens, les nominations aux sièges vénitiens peuvent être considérées comme n'appartenant pas encore à Sa Majesté et comme appartenant toujours à la cour de Rome. » Quant à la violation du Concordat, « Votre Majesté sait fort bien, dit Eugène, que le pape entend notamment par là l'assignation des revenus canouicaux sur le trésor public plutôt que sur des biens-fonds, la concentration de quelques maisons religieuses et la réduction de quelques paroisses. » Et le vice-roi ajoute que le pape ne faisait pas tant d'observations sur les nominations faites par Joseph H ou François II ^
Sur instructions venues de l'Empereur, Eugène fit un nouvel effort auprès du pape. 11 lui rappela que dès le refus des quatre cardinaux milanais. Sa Majesté avait été autorisée à croire que l'esprit de la cour de Rome était déjà loin d'elle. Il releva le caractère mesquin des difficultés soulevées par le Saint-Siège à propos des évêchés vénitiens : « Qu'aurait pensé Votre Sainteté si Sa Majesté avait dit la première que, le Concordat ayant été fait avant la réunion du pays de Venise au royaume d'Italie, elle ne se croyait nullement liée par le Concordat dans tout ce qu'elle avait à ordonner pour l'administration des affaires ecclésiastiques dans les pays vénitiens. » Était-il d ailleurs possible d'admettre qu'il y eût un Concordat pour le royaume d*Ilalie et un autre Concordai pour les provinces qui venaient de lui être réunies; la même loi ecclésiastique devait valoir pour tout le royaume. Eugène rejetait à la cour de Rome la responsabilité du trouble que sa mauvaise volonté produisait dans le clergé italien : « Votre Sainteté ne peut oublier que refuser plus longtemps des pasteurs aux peuples d'Italie, ce n'est pas seulement prendre sur soi la responsabilité d'un semblable refus, mais que c'est encore transgresser cette loi de l'Église que tous les pontifes ont respectée et qui -ne veut pas qu'une cathédrale soit veuve pendant plus de trois mois. » Cet appel du jeune vice-roi aux saints canons était pour faire sourire le pape. Eugène terminait sa lettre par ces mots que l'Empereur lui avait écrits : « Le pape ne veut donc plus
1. AIT. Etr., Rome, 940, f" 34-37 : dépêche d'Eugène à l'Empereur, 8 mars 18Ô7.
que j'aie d'éyéques en Italie; à la bonne heure! si c'est là servir la religion, comment doivent donc faire ceux qui veulent la détruire*? »
Le pape ne fut pas très ému sans doute de ces menaces, et répondit encore que l'Empereur ne pouvait s'appuyer, pour demander des institutions canoniques, sur le Concordat italien dans le même temps où les réclamations du Saint-Siège contre les infractions formelles de ce même Concordat demeuraient sans réponse. Cependant, on venait d'apprendre les résultats de la bataille de Friedland, on annonçait une paix prochaine et déûni^ tive; le pape promit de donner les bulles d'investiture aux évêques italiens « dès qu'il serait assuré, par leurs titres canoniques, que les formes voulues pouvaient être remplies' ».
A la nouvelle des éclatants triomphes de Tilsitt, Alquier fut repris d'un zèle tout profane contre l'Église romaine. 11 rappelait l'Empereur au grand œuvre qui lui restait à achever en Italie : (( Au moment où l'Empereur, planant au-dessus de tous, peut disposer de tout, je regarde comme un devoir de ma place d'oser représenter à Sa Majesté qu'il est indispensablement nécessaire d'opérer un changement absolu dans l'ordre de choses qui existe ici. La puissance qui domine en Italie doit veiller à l'amélioration de cette contrée, par le même principe qui fait qu'un possesseur de fiefs oblige les propriétaires de son enclave à cultiver leur terrain. Il ne serait pas difficile de démontrer, s'il en était besoin, que rilalie tout entière est intéressée à ce que le territoire de l'Église remonte à Tétat de prospérité où 11 peut atteindre, à raison de sa position géographique et de tous les avantages dont la nature l'a comblé. Or cette espérance est interdite tant que durera le gouvernement des pontifes '. »
Napoléon avait d'autres raisons d'agir à l'égard de la cour de Rome. Le traité de Tilsilt lui permettait d'achever l'organisation
1. AIT. Elr., Rome, 940, r* 41-46 : Eugène au pape, i*' mai i807.
2. AIT. Etr., Rome, 940, f^ 65-83 : le pape à Eugène, 4 juillet 1801,