‹ Napoléon en ItalieChapitre 329 sur 423 · AIT. Etr., Rome, ^• 93-94 : dépêche d'Alquier · texte numérisé non relu

AIT. Etr., Rome, ^• 93-94 : dépêche d'Alquier

de l'Allemagne dans son système impérial par la création du royaume de Westphalie et l'adhésion du roi de Saxe à la Confédération du Rhin. En désarmant les puissances du continent, il devait lui permettre aussi d'achever à son aise l'organisation de l'Italie, en obligeant le pape à entrer dans le même système impérial. La bataille d'Austerlitz et le traité de Presbourg avaient détruit le Saint Empire Romain Germanique en éloignant les empereurs Habsbourg de l'Allemagne et de Tltalie; la bataille de Friedland et le traité de Tilsitt devaient permettre' de finir la création du nouvel Empire d'Occident, en. lui assurant même, par Cattaro et les îles Ioniennes, des moyens d'action sur l'Orient. Dès lors l'enclave pontificale n'y pouvait guère échapper.

L'Empereur n'attendit même pas d'être revenu à Paiis pour reprendre contre Rome une vigoureuse offensive. En passant à Dresde, au retour de Tilsitt, il prononça une attaque qui devait être décisive. Talleyrand écrivit à Alquier : « Sa Majesté Impériale et Royale est singulièrement importunée de toutes les petites querelles que ne cesse de lui susciter la cour de Rome... Il est temps de mettre un terme à toutes ces clameurs. Si la cour de Rome, résolue à ne plus manquer aux égards qui sont dus au souverain d'un grand empire, veut s'arranger de bonne foi, elle doit alors envoyer au cardinal-légat qui se trouve à Paris de pleins pouvoirs pour régler tout ce qui est en discussion entre les deux cours. L'intention de Sa Majesté est que vous ayez un entretien sur ce sujet avec le secrétaire d'État; vous attendrez cependant pour demander cette conférence qu'il vous soit connu que le souverain pontife ait reçu la lettre que doit lui écrire le vice-roi d'Italie sur les difficultés du même genre qui se sont élevées entre la cour de Rome et le royaume d'Italie.

« La première preuve que la cour de Rome puisse donner de ses dispositions à se rapprocher de ta France, ce serait d'admettre dans les conseils où se traitent les affaires de TÉglise un nombre de cardinaux français qui fût, relativement au nombre des cardinaux romains, allemands ou espagnols qui y seraient appelés, en proportion avec la population des Élats auxquels ils appartiennent. L'Église d'un empire aussi vaste, aussi puissant que la France, ne peut demeurer sans organe au consistoire, ni sans une représentation convenable et suffisante. — Si vous éprouvez un

refus, si la cour de Rome ne revenait pas à une conduite plus mesurée et plus convenable à Tégard de la France, vous donneriez à entendre que vous avez ordre de demander vos passeports et de quitter Rome. Vous ne partiriez cependant qu*après avoir reçu de nouvelles directions qui seront fondées sur les rapports que j attends de vous*. »

Mais Alquier devait voir d'abord l'effet produit par la lettre du prince Eugène au pape; on y comptait beaucoup pour vaincre la résistance dû Saint-Siège. Ce fut en effet une lettre de l'Empereur lui-même écrite à Eugène, en date du 22 juillet 1807, et renfermant une lettre d'Eugène au pape que le vice-roi n'eut qu'à recopier : il avait l'ordre d'ailleurs de faire connaître au pape la lettre de l'Empereur. Par ce petit stratagème, Napoléon ne revenait point sur l'engagement qu'il avait pris envers lui-même de ne plus écrire au pape; de plus, en s'adressant à son fils adoptif, il pouvait employer à l'adresse de la papauté des termes moins ménagés qui feraient sans doute une plus forte impression. Il y a donc là un effort de composition littéraire particulièrement compliqué : l'Empereur en espérait vraisemblablement des résultats exceptionnels.

Il faut reproduire ce grand travail, non pas dans son entier, — ce serait long, — mais dans ses traits les plus caractéristiques *.

Eugène, s'adressant au pape, lui dit d'abord : « Si Votre Sainteté est vraiment mue par le sentiment de ses devoirs et du bien de la religion, qu'elle envoie de pleins pouvoirs au cardinallégat à Paris, et en huit jours tout cela finira. Si elle ne veut point prendre ce parti, son pontificat aura été plus funeste pour la cour de Rome que celui où l'Allemagne, le Nord et l'Angleterre se séparaient d'elle. »

Puis Eugène doit mettre sous les yeux du Saint-Père des extraits de la lettre de l'Empereur, afin qu'il soit tout à fait éclairé sur la gravité de la situation. « La cour de Rome, dit l'Empereur à son fils, prêche la rébellion depuis deux ans; elle l'a prêchée à Lucques; elle la prêche en Italie. Que veut faire Pie VII en me dénonçaiit à la chrétienté? Pense-t-il que les armes tomberont des mains de mes soldats? Et veut-il mettre le poignard

1. Aflr. Etr., Rome, 940, ^ 95-96 : Talleyrand à Alquier, 22 juiUet 1807.

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