Aff. Etr., Rome, 940, f
OU particulier à la guerre actuelle ; ce n^était point non plus une alliance définitive avecTEmpire pour toutes occasions; c'était un petit pas vers une conciliation. Des instructions furent envoyées au cardinal de Bayanne dans ce sens; Alquier qui, fort différent de ce qu*il était à Naples, faisait tout pour arranger les choses, prit sur lui d'informer le général Lemarois de ce qu'il venait d'obtenir.
Bayanne se remit en route, il arriva à Paris sans autre accident. Ghampagny lui fit passer le projet de traité dont il avait déjà communiqué la substance à Gaprara; il y avait seulement ajouté que le pape devait s'engager à ne porter aucune atteinte aux libertés de l'Église gallicane : TEmpereur voyait toujours là sa principale garantie contre les empiétements de l'Église romaine '. En somme le pape n'était disposé à céder que sur la question du système fédéralif ; il est vrai que cela était grave, et le chevalier deLebzeltern, ministre d'Autriche à Rome, on écrivait à Sladioo qu'après avoir cédé à propos des Anglais et des Turcs, le Saint- Siège sans doute céderait ensuite sur d'autres points. Mais il y avait encore d'autres formalités à remplir pour que la concession faite par le gouvernement romain fût définitivement enregistrée.
Lemarois avait été tenu par Alquier au courant de ce qui venait de se passer à Rome; mais il n'avait pas d'ordres à recevoir d'Alquier; il en avait de suffisants. Au commencement de novembre, au moment même où le cardinal de Bayanne arrivait à Paris, il occupa tout le duché d'Urbin, Macerata et les villes de la Marche; il déploya aussitôt le titre de Gouverneur général de ces trois provinces, il ordonna aux gouverneurs pontificaux de quitter leurs résidences et de céder la place aux officiers français. Le cardinal Rivarola, ayant prolesté, fut conduit à la citadelle de Pesaro^ L'alarme au Quirinal fut universelle, la douleur du Saint-Père fut profonde. Les conséquences en devaient être particulièrement graves.
1. Aff. Elr., Rome, 940, f'- 277-281 : 9 nov. 1807, Ghampagny à Bayanoe.
2. AIT. Etr., Rome, 940, r** 283-284 : dépêche d'Alquier. — D'HaussonYilIc, II, 378.
Mais alors TErapereur parlit tout à coup pour Milan et Venise, ,en compagnie de Ghampagny, et laissa le cardinal de Bayanne se morfondre pi'ndant six semaines. Pendant ce voyage il s'intéressa sans doute aux affaires de Rome et eut avec Eugène à ce sujet des entreliens d('Misifs. Il n'alla pas à Rome, malgré l'invitation du Saint-Père. Il était trop tôt encore; il n'y aurait été alors que l'hôte du pape, et non le souverain, l'Empereur; même, il eût ainsi reconnu implicitement la complète indépendance temporelle de la papauté. Il ne commit pas celte faute; il ne voulut pas engager l'avenir, il garda intacte sa conception impériale. Mais il envisagea avec le vice-roi les éventualités prochaines; il traça les lignes principales des opérations à suivre, pour renverser les obstacles que lui opposait encore le Saint- Sicge, pour finir le Grand Empire.
L'Empereur rentra à Paris le 2 janvier 1808 et se mit au courant de Téiat des négociations avec la papauté. Dès les premiers pas, il avait paru que le cardinal de Bayanne, qui avait des pouvoirs à jteu près suffisants pour adhérer à une sorte de système fédératif contre les Infidèles et les Anglais, n'en avait pas pour d'autres objets très importants, comme la question du nombre des cardinaux. Il était impossible en effet à la cour de Rome de céder sur ce point aux prétentions de l'Empereur; pour elle, les cardinaux, qui sont les gonds sur lesquels est posée la porte de rKirlise, institués au moyen âge par Grégoire VII pour être les conseillers du Saint-Siège, les électeurs des papes, pour arracher la papauté à la lourde tutelle des Empereurs, ne peuvent pas être directement ou indirectement à la merci des puissances séculières : admettre que les deux tiers des membres du Sacré-Collège fussent des cardinaux français, forcément dépendants de l'Empereur rjui nomme tous les évoques et qui a mille moyens d'influence, ce serait admettre l'intervention impériale dans les conseils suprêmes du Saint-Siège et aussi dans les élections pontificales : c'élail d'ailleurs évidemment le secret désir de Napoléon. Établir une pro|)ortion entre le nombre des cardinaux et la population des n.ili(»ns catholiques d'où ils seraient originaires, ce
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serait inlroduire dans la constitution de TÉglise une sorte de principe représentatif en contradiction avec la tradition théocratique, inaugurée par les grands papes du moyen âge, continuée par les Jésuites et le concile de Trente : ce serait ruiner la monarchie pontificale dans le moment même où le Concordat et le sacre venaient d'en préparer la restauration. En vérité, l'Église était encore moins disposée aux concessions sur le Sacré-Collège que sur le domaine temporel : c'étaient les deux principes essentiels de son indépendance ^
D'ailleurs la négociation ne fut pas longue. A la nouvelle des mesures prises par le général Lemarois dans le duché d'Urbin et la Marche d'Ancône, le pape avait écrit au cardinal de Bayanne : u Comme une telle conduite excite en nous le plus juste ressentiment et nous fait voir ce que nous devons attendre de l'Empereur» nous suspendons ipso facto tous les pouvoirs que nous vous avons donnés, ainsi qu'au cardinal légat, pour négocier, et nous vous défendons d'en faire le moindre usage, si le traité n'est pas conclu à l'arrivée des présentes; s'il est conclu, nous le déclarons nul et comme non avenu. Préparez-vous à vous en retourner à Rome. Dieu et le monde nous feront justice contre les procédés de l'Empereur quels qu'ils puissent être ^ »
Au retour de l'Empereur, le cardinal de Bayanne demanda donc ses passeports. Ils lui furent aussitôt remis, ainsi qu'au cardinal de la Genga, nonce en Allemagne, alors à Paris pour la négociation des affaires religieuses de la Confédération du Rhin ^
Napoléon fut content de cette occasion d'agir, il affecta abusivement de voir dans cette demande de passeports une déclaration de guerre, et il en profita pour mettre en mouvement ses troupes. Entre l'Empereur et le Pape, il n'y avait pas d'autre solution possible que la force. Il eut d'abord la pensée d'envoyer par
i. Cf. une aUoculion du pape aux cardinaux réunis en congrégation coosisloriale, le 16 mars 1808 : AIT. Elr., Rome, 941, f*" 236-294.