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5i6 ROME (1808-1809)
ne veut réellement riçn ôter au pape, veut que le pape entre dans son système, veut exercer dans les Élats du Saint-Siège la même influence qu'à Naples, en Espagne (déjà!), en Bavière et dans les États de la Confédération. L'Empereur a cherché à attirer le Saint-Siège dans ce système par la persuasion et par des dispositions amicales; il eût voulu ne pas être forcé par d'obstinés refus et par l'intérêt de ses États d'Italie à des procédés différents. Lorsqu'il voit les négociations devenues inutiles, il emploie les moyens de puissance qui sont entre ses mains pour arracher au Saint-Père ce qu'il est de l'intérêt du Saint-Père de lui accorder; il ne lui fait violence que pour ne pas être obligé d'en venir avec lui à des extrémités bien plus fâcheuses.
« Faites d'ailleurs connaître au pape que tout peut s'arranger, et que son irrésolution et sa faiblesse ont seules forcé l'Empereur à recourir à d'autres moyens que les négociations pour arriver au même résultat.
« Mais si la cour de Rome, par une suite de l'aveuglement qui l'égaré, fail de nouvelles imprudences, elle s'expose à perdre sans retour SCS États temporels; la police qui sera établie à Rome gouvernera tout et le pape sera sous sa dépendance; la conduite qu'il tiendra déterminera les mesures à prendre. A la première bulle ou publication contraire aux vues de Sa Majesté que le pape se permettrait, un décret publié immédiatement casserait la donation de Charlemagne et réunirait les États de l'Église au royaume d'Italie. Cette mesure n'aurait rien de contraire à l'autorité spirituelle du Saint-Siège; ce n'est pas sur la souveraineté temporelle de Rome que s'est appuyée la religion, et, si la conduite du pape forçait à rendre ce décret, il serait facile de faire ressortir les maux que cette souveraineté a faits à la religion et d'opposer la vie humble de Jésus-Christ à celle de ses successeurs qui se sont faits rois. »
Champagny ajoutait de sa main : « Telles sont donc les vues de l'Empereur. U ne veut pas être maître de Rome; mais il veut y régner autant que cela est nécessaire pour que Rome suive son influence, pour que la politique de la France devienne celle de Rome, pour que leurs intérêts se confondent et que, dans le vaste système qu'il établit, cette petite planète n'ait point une marche rétrograde et contraire à celle des grands corps qui l'environnent
et qu'elle doil suivre dans leur route. Trois ans de négociations n'ont pu amener ce résultat; trois jours d'exercice du pouvoir militaire conduiront à ce but; mais l'Empereur désire vivement n'être pas obligé d'aller au delà. Vous remplirez donc ses intentions, en même temps que vous rendrez à la cour de Rome un important service, si vous empêchez, en prévenant toute démarche violente, celle cour aveugle de se jeter dans le précipice que depuis quelques années elle semble se plaire à creuser pour sa propre ruine. «
On prévoyait à Paris la résistance de la cour de Rome à ces procédés militaires et la sanction qui devait en résulter, le maintien de Toccupation française : « L'Empereur, disait encore Champagny, veut que le séjour de ses troupes accoutume le peuple de Rome à vivre avec elles et sous leur police, et les familiarise avec le peuple et la cour' de Rome, afin que, si la cour papale continue à se montrer aussi insensée qu'elle l'est, elle ait cessé insensiblement d'exister comme puissance temporelle, sans qu'on s'en soi^ aperçu*. »
On se défiait des nouveaux sentiments de modération d'Alquier, dont le caractère se rapproche en effet alors de celui de Cacault, et l'Empereur lui-môme prenait des précautions contre lui ; il écrivait à Eugène : « Miollis doit se concerter avec le sieur Alquier, mais ce n'est pas sur les affaires militaires : si Alquier lui disait donc de quitter Rome, il ne doit point le faire; s'il lui disait de ne pas occuper le Château Saint-Ange, il ne doit pas l'écouler; le Château Saint-Ange doit êlre pris de gré ou de force, et mes troupes doivent rester là en station et sur un pied ferme... J'ai cru nécessaire de vous écrire cette lettre, dans la crainte qu'Alquier ne fasse quelque sottise ^. »
Alquier en était encore à suivre la négociation sur le nombre des cardinaux, et il y mettait peu d'enthousiasme, lorsqu'il reçut, le 31 janvier, la dépêche qui lui annonçait l'arrivée imminente de Miollis. Il ne put s'empêcher de se plaindre de n'avoir pas été informé plus tôt. Il fut tout bouleversé de celte nouvelle ; il écrivit immédiatement au pape une lettre privée, pour lui dire la funeste
i. AIT. Etr., Rome, 941, f^ !7-22 : Dépêches de Champagny à Alquier, du 22 jaiîTier 1808. — Ck)rr., XVI, 13477, 13479. 2. Corr., XVI, 13336.
mission dont il élait chargé, pour le prier fort dévotement de ne pas lui en faire de reproche personnel et de lui conserver loule son estime. Le pape le fit appeler pour lui déclarer ses intentions : « Il n'y aura point, lui dit-il, de résistance militaire, mais j'ordonnerai qu'on ferme les portes de Rome. Je me retirerai au Château Saint-Ange avec les personnes qui voudront m'accompagner ; on ne tirera pas un seul coup de fusil parce que j'ai en horreur Teffusion du sang ; mais il faudra que votre général fasse briser les portes. Je me placerai à Tentrée du fort; les troupes seront obligées de passer sur mon corps, et Tunivers chrétien saura que l'Empereur a fait fouler aux pieds celui qui Ta sacré. Dieu fera le reste! »
Alquier fut très inquiet; il en écrivit à Paris; il se déclara prêt à tout pour éviter un pareil malheur, même au sacrifice de sa vie; il alla trouver le commandant du Château Saint-Ange, pour obtenir que les portes fussent ouvertes sans résistance aux troupes françaises. L'Empereur ne perdit pas autant son sang-froid : « Sa Majesté, répondit Champagny, sait par expérience qu'il ne faut pas faire grand cas des rodomontades des prêtres italiens. » Et on fît remarquer à Alquier que sa marche était dans ces circonstances beaucoup trop faible et qu'il était indispensable, pour être en cette occasion le véritable représentant de l'Empereur, « de changer de ton et de prendre un langage plus ferme* ».
Alquier n'échappa point au petit ridicule qu'il y a à annoncer des catastrophes qui ne se produisent pas. Le général Mioilis entra à Rome le 2 février au matin ; il n'y eut pas besoin de briser les portes, de passer sur le corps du pape ; il y eut à peine un léger incident : un capitaine d'artillerie conduisit huit pièces de canon devant les fenêtres duQuirinal où demeurait le pape; le secrétaire d'État, cardinal Casoni, protesta avec énergie contre une pareille menace à la personne du Saint-Père et adressa une note aux représentants des puissances; tout s'arrangea aussitôt; Alquier expliqua que l'Empereur avait ordonné qu'on s'abstînt de mettre des troupes dans le voisinage du palais pontifical. Le capitaine français s'excusa; il avait cru que le pape habitait au Vatican, et non au Quirinal; les canons furent retirés et cessèrent de menacer les