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niques; il mourut peu de jours après l'entrée des Français. Le pape vivait enfermé ; il ne faisait plus sa promenade quotidienne dans la campagne avec ses douze hommes de garde ; il ne sortait que dans les jardins de Montecitorio, derrière le Quirinal; on ne le voyait plus dans les églises de Rome.

Les généraux français étaient ainsi plus à Taise pour mettre peu à peu la main sur toute Tadminislration; sans doute il en eût été de même si le pape avait résisté. Miollis s'empara de la direction de la police, de celle des postes, malgré les protestations des ministres étrangers qui ne voulaient pas soumettre leur correspondance à Texamen de l'autorité militaire française.

Alors Ghampagny informa le cardinal de Bayanne des volontés de l'Empereur : « Les troupes de Sa Majesté resteront à Rome jusqu'à ce que le pape soit entré dans la Confédération Italienne, avec le roi d'Italie et le roi de Naples : sa base est une ligue envers et contre tous, pour la protection de l'Italie. Si le pape s'y refuse, Sa Majesté ne saurait plus reconnaître sa souveraineté temporelle, et elle est décidée à faire passer la domination de Rome entre des mains séculières* » Alquier de son coté recevait cette note : « Vous devez vous servir quelquefois du moyen d'annoncer un voyage de l'Empereur à Rome, moyen puissant pour électriser tous les peuples d'Italie. L'Empereur n'arriverait à Rome que pour y installer un gouvernement séculier*. »

Les termes du problème sont désormais simplifiés : si le pape consent à entrer dans la Confédération Italienne, il gardera son pouvoir temporel dans des limites d'ailleurs restreintes, comme vassal de l'Empereur, le maître unique de la terre; s'il s'y refuse, la donation de Charlemagne sera révoquée et le pape ne sera plus que le chef spirituel de l'Église. De toute façon Rome fera partie de l'Empire : car sans Rome il demeure imparfait.

Mais l'Empereur ne laissa pas à Alquier le soin d'achever celle besogne à laquelle il apportait peu d'activité, très résolu dans ses paroles, tremblant devant la grande autorité morale du Saint- Siège. Il fut rappelé, en des termes durs : « C'est à regret, lui écrivit Champagny, que je vous annonce que Sa Majesté n'a pas été satisfaite de votre conduite dans cette circonstance.... L'Empe-

1. Aff. Etr., Rome, 9il, f** 110-114, 117-120. — Corr., XVI, 13572.

MIOLLIS A ROMB 521

reur est mécontent de votre lettre au Saint-Père, où vous semblez oublier votre honorable caractère de son représentant pour y substituer vos relations personnelles avec Sa Sainteté. L'agent de l'Empereur ne doit parler qu'au nom de Sa Majesté. Il est plus mécontent encore de ces protestations du cardinal secrétaire d'État, dont vous n'avez arrêté ni les auteurs, ni l'impression, ni la publication. Enfm il n'approuve pas que vous ayez fait connaître à la cour de Rome qu'il avait défendu de placer des troupes dans le voisinage des palais de Sa Sainteté : l'Empereur voulait avoir ce ménagement pour elle; mais il ne voulait pas qu'on lui en fit la confidence, pour ne pas ajouter à son obstination dont la source est principalement dans l'idée que des ménagements mal entendus lui ont donnée de sa propre importance.... L'Empereur vous appelle à Paris pour lui donner sur les motifs de votre conduite, qui a trompé ses intentions, les explications dont il a besoin. Le souvenir qu'il conserve de vos anciens services et la connaissance qu'il a de vos talents rendent même ces explications plus nécessaires.

« Vous voudrez donc bien, au reçu de cette lettre, annoncer votre départ dans les formes ordinaires, déclarant que vous retournez à Paris pour des causes qui vous sont personnelles et par congé, et dans votre dernier entretien avec le secrétaire d'État, vous lui ferez bien entendre que le pape n'a plus d'autre parti à prendre que celui d'entrer dans la Confédération Italienne, s'il ne veut pas perdre sans retour sa puissance temporelle, et que l'Empereur est tellement décidé à cet égard quïl faut se soumettre sans délai et qu'il n'y a plus à négocier. Vingt-quatre heures après avoir exécuté le dernier ordre de l'Empereur, vous vous mettrez en route pour Paris où Sa Majesté désire que vous vous rendiez sans délai, et vous laisserez M. Lefebvre comme chargé d'affaires*. »

Injuste récompense des services parfois remarquables rendus par Alquier pendant un séjour de sept ans en Italie, de Florence à Naples, et de Naples à Rome! Ses fautes étaient vénielles, elles ne méritaient pas ce langage brutal. En rappelant de la sorte son représentant, l'Empereur, sans doute, voulait montrera la cour de

t. AIT. Elr., Rome, 941, T' 130-131.

Rome que les circonstances étaient critiques, et « qu'il n'y avait plus lieu à négocier ». Peut-èlre espéra-t-on à Paris que dans un entretien suprême Alquier, pressé par le désespoir, emporterait l'adhésion du pape à la Confédération Italienne. Ce n'était pas une raison pour maltraiter cruellement un bon serviteur.

Triste fin de mission ! Il eut sa dernière audience du pape dans le moment le moins favorable. Le général Miollis, poursuivant imperturbablement l'exécution de ses instnictions, venait de donner aux quatre cardinaux napolitains résidant à Rome Tordre de partir dans les vingt-quatre heures, pour porter leur serment de fidélité à leur roi Joseph. Ils en demandèrent la permission au pape, qui la leur refusa : ils ne devaient céder qu'à la force, et, comme ils avaient peur des suites : « Eh bien! ajouta-t-il, vous serez martyrisés ». « Nous mourrons, disait-il encore, mais notre mort fera l'Église plus glorieuse! » Car il se préoccupait de plus en plus du jugement que la postérité porterait sur ces événements et il y renouvelait la force de sa résistance; il se prenait à aimer ces traverses et ces agitations, trouvant qu'elles donnaient à son pontificat un caractère de grandeur qui le recommandait à l'intérêt de l'Histoire. Il ne se trompait pas : il continuait à refaire même dans le malheur, surtout peut-être dans le malheur, la force morale de l'Église.

Les cardinaux napolitains ne cédèrent qu'à la force; ils partirent pour Naples sous l'escorte d'un piquet de 150 cavaliers. A la frontière, sur le pont du Garigliano, un officier de gendarmerie napolitaine refusa de les laisser passer, les obligea de retourner à Terracine. Joseph ne voulut point les admettre à Naples; il craignait l'agitation religieuse que les événements de Rome pouvaient produire dans ses États ; il croyait que le pape « d'un seul mot y pouvait allumer un incendie ». Il est difficile de le nier, ce mot n'ayant pas été prononcé. Les cardinaux napolitains revinrent à Rome après ce petit voyage d'une quinzaine de jours.

C'est au moment de leur expulsion par la force qu' Alquier fut reçu par le pape pour lui présenter Lefebvre comme chargé d'affaires. L'entrevue fut courte et dramatique. Le Saint-Père protesta furieusement contre la violence exercée à l'égard de quatre vieillards qui habitaient Rome depuis trente ans et qui ne relevaient d'aucune autre autorité que de la sienne. Il ne put se

contenir; le visage enflammé, ii se leva devant les deux Français et dit à Alquier : « Vous pouvez déclarer à Paris qu*on me hacherait eu morceaux, qu'on me ferait écorcher vif, que toujours je dirais non à ladhésion au système fédératif. Croyez-bien que, malgré tous les tourments qu'on me fait éprouver, l'Église ne périra pas. » Ses yeux étincelaient, des mouvements convulsifs semblaient agiter son corps, et, sans donner à Alquier ou à Lefebvre le temps de répondre, il les congédia*.

Alquier s*en alla misérablement. Il quitta Rome aussitôt, malgré les tourments d'un accès de goutte; il s arrêta quelques heures à Nami « pour ne pas mourir inutilement sur le grand chemin sans avoir comparu devant Sa Majesté ». Il fut arrêté trois jours et demi dans lesneiges de l'Apennin, — c'étaitau commencement de mars; — il fallut des pionniers pour ouvrir un chemin devant la voiture. Et il continua sa roule par Milan vers* Paris, victime broyée par l'impitoyable fatalité de la politique impériale *.

Lefebvre, comme jadis à Naples, tout fier de jouer un premier rôle, fit du zèle, pensa engager des négociations, attacher son nom peut-être à quelque grande affaire diplomatique. Il appartenait à l'espèce des agents verbeux. 11 se rendit vite insupportable à Paris et fut rappelé à plus de discrétion par Champagny, par l'Empereur lui-même; il ne devait que soutenir Miollis dans ses mesures de police et d'administration, attendre que la cour de Rome manifestât le désir de négocier, affecter le plus absolu respect pour le pouvoir spirituel de la papauté, répandre partout laCûrmation qu'il était facile de s'entendre, que le pape n avait qu'à entrer dans la ligue des puissances ses voisines pour la protection de ritalie*.

Gomme la cour de Rome ne faisait pas mine de vouloir

4. Aff. Elr., Rome, 941, f 163-165, 168 : dépêches d'AIquieretde Lefebvre.

2. AIT. Etr., Rome, 9il, t^ 167, 205. — Alquier fut plus terd chargé d'une aussi importante mission en Suède.

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