AIT. Etr., Rome, 94i, t
^26 . ROMB (1808-1809)
c Notre iDtentiou, lui écrivit-il, est que, si notre capitale n'est pas sans retard évacuée par les troupes françaises, vous demandiez vos passeports, et, après avoir enlevé vos armes, vous partiez avec le cardinal de Bayanne, notre légat extraordinaire, pour venir partager avec nous et vos confrères le sort qui nous est réservé. Nous ne voulons pas croire que Ton vous refuse les passeports; mais enfin, si cela était, notre volonté absolue est que vous partiez, même au risque de souffrir une violence personnelle qui n'en sera qu'une de plus ajoutée à celles qui sont souffertes sous nos yeux par vos confrères et à celles qui sont endurées par nous-méme à la face de l'Europe entière*. »
L'Empereur montra de l'étonnement, fit remarquer qu'à la veille de la semaine sainte, si la cour de Rome était encore animée d'un véritable esprit évangélique, elle croirait devoir multiplier les secours spirituels et prêcher par son exemple l'union entre les fidèles; il ajouta que l'usage des temps modernes faisait de la demande des passeports une véritable déclaration de guerre, que Rome était donc dès lors en guerre avec la France et que dans cet état de choses il donnerait les ordres nécessaires à la tranquillité de l'Italie.
Cependant il rappela les conditions auxquelles il retiendrait celte menace d'action et fit remettre, le 3 avril, à Caprara une note dont le passage essentiel était celui-ci : « La proposition dont l'Empereur ne se départira point est que toute l'Italie, Rome, Naples, Milan, fassent une ligue offensive et défensive afin d'éloigner de la presqu'île le désordre et la guerre... Si le Saint- Père adhère à celte proposition, tout est terminé. S'il s'y refuse, il annonce par celte détermination qu U ne veut aucun arrangement, aucune paix avec l'Empereur et qu'il lui déclare la guerre. Le premier résultat de la guerre est la conquête, et le premier résultat de la conquête est le changement de gouvernement. Car si TEmpereur est forcé d'être en guerre avec Rome, ne l'est-il pas aussi d'en faire la conquête, d'en changer le gouvernement, d'en établir un autre qui fasse cause commune avec les royaumes d'Italie et de Naples contre ses ennemis communs? Quelle autre garantie aurait-il de la tranquillité et de la sûreté de l'Italie quand
1. D'IIaussonville, III, 32-34. — AIT. Etr., Rome, 941, T 353.
ces deux royaumes seraient séparés par un État où leurs ennemis continueraient de compter sur un accueil assuré *? »
Le prince Eugène en effet reçut Tordre de prendre des précautions militaires à Âncône, à Bologne, de se préparer à étouffer toute insurrection; l'Empereur lui fit part d'un décret signé par lui le 3 avril, mais qui ne devait être publié que si le pape résistait encore. Lefebvre reçut à Rome des instructions dans le même sens, il devait se présenter chez le Saint-Père pour avoir sa réponse à Tullimatum impérial : si la réponse était négative, il devait prendre immédiatement ses passeports; si elle était affirmative, il devait en prévenir immédiatement le vice-roi qui avait des ordres en conséquence *.
Tout ainsi bien préparé, l'Empereur partit pour Bayonne, où l'appelait une autre exécution.
Pour ouvrir les voies à cette suprême démarche de Lefebvre, le 7 avril, à six heures du matin, un détachement français se présenta à la grande porte du palais du Quirinal. Le Suisse observa à l'officier qu'il ne pouvait permettre l'entrée à des gens armés, maiç qu'il ne la refuserait pas à lui tout seul. L'officier français eut Tair d*êlre satisfait et fit faire halle à sa troupe qui s'éloigna de quelques pas. Alors le Suisse ouvrit la petite porte et laissa entrer l'officier. Pendant qu'il franchissait la porte, il fit un signal à ses soldats qui s'élancèrent en présentant la baïonnette. Entrés par cet artifice et avec cette violence, ils allèrent au local de la garde destiné à la milice du Gapitole dans l'intérieur du palais, et, ayant enfoncé la porte, ils s'emparèrent des carabines dont on se servait pour monter la garde dans une des antichambres de Sa Sainteté. Ils en firent autant au quartier des gardes-nobles du Saint-Père et enlevèrent les carabines destinées à monter la garde dans Tantichambre contiguë à la chambre de Sa Sainteté. L'officier du détachement déclara que désormais la garde suisse serait aux ordres du général français. Les ofûciers pontificaux qui protestaient furent envoyés au Château Saint- Ange. Le secrétaire d'Étal, cardinal Gabrielli, dénonça cet attentat au ministre Lefebvre, affirma d'ailleurs la résignation du Saint-
!. Aff. Etr., Rome, 941, f* 362 et s. — Corr., XVI, 13709 et annexe. 2. AIT. Elr., Rome, 941, t" 361.
Père, et sa conviction que ces humiliations tourneraient à la gloire de la religion *.
C'est là-dessus que s'engagea la négociation sur les dernières sommations de l'Empereur! Elle ne fut pas longue. Le cardinal Gabrielli déclara à Lefebvre l'impossibilité où était le Saint- Père d'entrer dans une ligue offensive; on discuta quelque peu sur ce terme. Lefebvre répondit qu'il ne voyait pas ce que le mot « offensif » avait de si effrayant, que toute ligue, par cela même qu'elle était défensive, était aussi offensive, en ce que l'offensive consistait à prévenir son ennemi et à empêcher qu'il ne nous fit du mal; qu'après tout, en relisant bien l'histoire des papes, on ne voyait pas que les prédécesseurs de Pie VII eussent été aussi scrupuleux que lui, que cent papes avant lui avaient fait la guerre sans croire commettre leur conscience et s*étaient ligués pour la défense de l'Italie comme on le demandait aujourd'hui de Sa Sainteté, que Clément VII s'élait confédéré avec les princes de Tltalie pour la délivrance de François I*^ que le cardinal Albéroni lui-même avait eu l'idée d'une semblable ligue, et que, sans prendre des exemples si loin, un légat dev^enu cardinal avait été envoyé par Pie VI à Milan pour conclure une ligue contre la France avec l'Autriche et d'autres puissances.
Lefebvre rappelait avec exactitude l'histoire du passé; le secrétaire d'État de Sa Sainteté eût pu lui répondre que la situation était nouvelle et jusque-là sans exemple, que l'on demandait en vérité au pape, par des formules en apparence acceptables, d'abdiquer toute indépendance temporelle et de se laisser absorber dans l'Empire, que jamais aucun pape n'y eût pu consentir.
Aussi bien les intentions de la cour de Rome n'élaient-elles pas douteuses. Le 19 avril, elle déclara qu'elle était disposée à concourir par tous moyens à la tranquillité de l'Italie, mais que le pape ne pouvait pas entrer dans une ligue offensive et défensive, qu'il ne pouvait se rendre coupable devant Dieu du préjudice qui en résulterait pour la religion, qu'il ne pouvait, en qualité de prince temporel, prendre des engagements dont le résultat serait opposé à sa qualité première et principale de souverain pontife,
1. AIT. Etr., Rome^ 941, f*' 371 et s. : note du cardinal GabrieUi à Lefebvre, 7 avril 1808.
et funeste à la religion dont il était le chef, le propagateur et le vengeur*.
Conformément à ses ordres, Lefebvre quitta Rome le soir même; il s*en alla en récriminant qu'il aurait peut-être réussi si on lui en avait laissé le temps, qu'il n'aurait pas fallu auparavant commettre des actes de violence au Quirinal ; on ne Técouta pas, on le rappela bientôt d'Ancône à Paris, pour éviter qu'il ne bavardât. 11 n'y avait plus à Rome, pour représenter la France, en dehors des troupes, qu'un agent consulaire, nommé Ortoli : il n'avait d'autre mission que de donner des renseignements.
Dès lors les menaces suspendues par l'Empereur s'exécutèrent rigoureusement. Le gouverneur de Rome, Mgr Gavalchini, fut déporté à Fénestrelle (20 avril). Le décret impérial du 2 avril fut publié le 30 :
Attendu que la donation de Charlemagne, notre illustre prédécesseur, des pays comprenant TËtat du pape a été faite au profit de la chrétienté et non à l'avantage des ennemis de notre sainte religion ; considérant que le souverain actuel de Rome a constamment refusé de faire la guerre aux Anglais et de se coaliser avec les rois d'Italie et de Naples pour la défense de la presqu'île d'Italie; considérant que Tintérét des deux royaumes et de Tannée d'Italie et de Naples exige que leur communication ne soit pas interrompue par une puissance ennemie ; vu la demande de passeports faite le 8 mars par l'ambassadeur de la cour de Rome auprès de nous, avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. !•'. — Les provinces d'Urbin, Ancône, Macerata et Camerino, seront irrévocablement et à perpétuité unies à notre royaume d'Italie....
Art. 3. — Le Code Napoléon y sera publié.
Art. 4. — Lesdites provinces formeront trois départements, ceux du Metauro, du Musone et du Tronto *.
Après les Légations de Pologne, Ferrare et Ravenne, c'était la seconde feuille de l'artichaut ponlitical qui se détachait; il n'en restait plus que le cœur, le pays de Rome môme, le patrimoine de Saint-Pierre.
Le pape en protestant disait très nettement les raisons de la persécution qu'il souffrait : « Pendant trois ans sans interruption,