‹ Napoléon en ItalieChapitre 340 sur 423 · Afr. Elr., Rome, 941, f · texte numérisé non relu

Afr. Elr., Rome, 941, f

2. Aff. Etr., Rome, 941, V* 361. -- D'Haussonville, 111, 44-45.

Druult. — Italie. 3*

depuis le couronnement de Milan, TEmpereur a fait la même demande sous des formes variées; il n a cessé d'affirmer le principe de Tempire suprême qu'il prétend avoir sur toutes les provinces de l'Italie, sur les provinces pontificales, sur Rome; il veut absorber TÉtat romain non pas tant en vertu d'une Confédération consentie librement et de plein gré que par la force de la souveraineté de TEmpereur sur les États de l'Église.... Le pape souffre pour n'avoir pas voulu admettre les pernicieuses et funestes maximes qu'on lui a intimées expressément et à différentes reprises, que si lui, Saint-Père, est souverain dans Rome, Sa Majesté en est l'Empereur, que le Saint-Père doit lui être soumis pour le temporel comme Sa Majesté doit Têlre au pape pour le spirituel, que TÉtat pontifical appartient à l'Empire français, en fait partie; qu'en vertu du droit de sa couronne impériale le pape doit actuellement et à jamais faire cause commune avec lui et avec ses successeurs, qu'il doit constamment tenir pour ses ennemis tous ceux de la France et qu'il doit en conséquence entrer dans la confédération de son Empire*. » Le Sacerdoce, qui sans cesse prétendit à l'Empire, ne voulait pas se perdre dans l'Empire.

1. AIT. Etr., Rome, 941, r»' 236-294; 942, t^ 19-27. — Botta, V, 150-155.

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CHAPITRK XIX

ROME . VILLE IMPÉIUALE -

I. — Le nouTeau secrélaire d'Etal du SainL-Siège. cardinal Pacca. — L'agitation à Rome en août et septembre iSOS : menaces d'Ui^urreelion, — Accord du pape avec TAutricbe et rÂngteterre, — ALLenlat contre le cardînat Pacca. — L'affaire des cierges. — Le carnaval de 1H0&.

H. — Le rapport d'Hauterive, du 21 janvier ISOU, — La guerre contre l'Autriche. — Le pape élait-il d'accord avec lea ennemis de l'Empereur? — Nouveaux dangers dans le pays romain au comni<*neenienl des hosliJilés. — Le décret impérial de Vienne (17 mai IKOW) : réunion de Rome à l'Empire.

III. — Protestation du pape; la bulle Quntn memoranda (II) juin IS09). — Emotion de l'Empereur — Instruclionâ aux généraux MioUis el HadeU — L'enlèvement du pape (6 juillet 1809}.

IV. — Le gouvernement de la Consul le. — Mural à Rome (novembre JSOii)* — Activité extraordinaire d'Haule rive au minîstt're. — Le sénatus-conaulte du 17 février 1810. — Les idées de l'Empereur. — La séitularr&ation à Rome. — Œuvre inachevée. — Vainea ncgocialîons avec le [tapv.r -^ Projets divers. — Retour au temps des empereuns romaine et au chriâtianiâme primitif.

La seconde mutilation des Ëlals de l'Église, par Tannexion à TEmpire des provinces d'Ancône, Urbui, Macerata, ne Inissa pas la cour de Rome indifférente; le secriMaire d'iîtal du Saint-Siège, cardinal Gabrielli, s'efforça mc^me d en irotibler le plus possible la prise de possession par les foDclioanaires français.

Ce fut Tobjet des instruclioiis qu'il adressa le 29 rnai aux agents du gouvernement pontitical dans ces provinces, v ï/infamie, y disait-il, a élé portée au point de coiiimellre un sai^rilège en dépouillant la Sainte-Église. >> Il fut défendu à tous les sujets du Saint-Siège de prendre part à aucun Te Deum ordonné par les autorités françaises : « ce serait une insulte à la religion »s de

prêter serment de fidélité au « gouvernement intrus : il n'est pas permis d'accepter ou de souffrir une situation, quand bien même elle serait nécessaire à son existence, qui soit incompatible avec les devoirs de la conscience et le sentiment de son salut ». El le cardinal Gabrielli engageait les prêtres et les fidèles de la Sainte- Église « à ne point craindre ceux qui tuent le corps (et que peuvent-ils faire de plus?), mais à redouter seulement ce qui peut envoyer l'âme et le corps à la perdition éternelle ».

Mais cette circulaire a un autre intérêt; elle est une violente protestation contre les lois et institutions essentielles du gouvernement impérial, contre le code, contre la liberté de conscience, contre les principes du régime moderne issus de la Révolution. Après avoir rappelé le nom du glorieux fondateur Charlcmagne et ses sentiments profondément chrétiens, elle y oppose les institutions perverses du nouveau gouvernement impérial : « Les formules de ses serments, ses constitutions, son code, ses lois, ses actes, respirent partout l'indifférence pour toutes les religions, .sans en excepter l'hébraïque qui est essentiellement l'ennemie implacable de Jésus-Christ; et cetle indifférence qui ne suppose aucune religion est pire que tous les systèmes d'impiété, est ce qu'il y a de plus injurieux et de plus opposé encore à la religion catholique, apostolique et romaine qui est toute divine et par là nécessairement unique et ne peut faire alliance avec aucune autre, pas plus que le Christ ne peut s'allier avec Bélial, ni la lumière avec les ténèbres, la vérité avec l'erreur, la vraie piété avec l'impiété.

« La protection jurée du souverain français pour tous les cultes n'est qu'un prétexte pour que la puissance laïque puisse s'immiscer dans les affaires spirituelles; respecter toutes les sectes avec leurs opinions, leurs coutumes et leurs superstitions, c'est en effet ne porter aucun respect aux droits, aux institutions, aux lois de l'Église catholique... Et sous une protection semblable est cachée comme sous le masque la persécution la plus dangereuse et la plus artificieuse que l'on peut imaginer contre l'Église de Jésus-Christ et la plus propre à la troubler et même à la détruire, si toutefois il était possible que les violences et les ruses de l'enfer en eussent le pouvoir*. »

i. Aff. Etr., Rome, 942, f"* 299-309. — D'Haussonville, 111, 49-53.

Ces instructions du secrétaire d'État de Sa Sainteté établissent entre TEmpereur et le Pape autre chose qu'une querelle de suprématie, mais le conflit de deux principes opposés de gouvernement, de la société ecclésiaslique toute-puissante jusque-là et de la société laïque qui cherche à se dégager des liens du dogme. Elles inaugurent la doctrine politique dont le Syllabus allait être bientôt la solennelle formule. Tant il est vrai qu'il y a en germe dans CCS événements tous les caractères de l'histoire de l'Église romaine au xix^ siècle.

Cette conduite du Saint-Siège ne manqua pas de produire aussitôt de l'agitation dans les provinces récemment annexées au royaume d'Italie; l'occupation en fut assez difficile; elle inspira des inquiétudes au vice-roi, et lorsque l'Empereur partit de Paris pour aller régler les affaires d'Espagne, Eugène lui demanda ses instructions « pour le cas où le pape se porterait de sa personne à quelque excès ». On prit de sérieuses précautions contre tout désordre.

Le 16 juin, à trois heures de l'après-midi, deux officiers français pénétrèrent par violence chez le cardinal Gabrielli; malgré ses protestations ils brisèrent son secrétaire, ils saisirent et firent emporter des papiers. On voulait voir s'il n'était pas l'instigateur de l'agitation qui se manifestait dans les Marches, si elle n'était pas Le signe de quelque conspiration. Une sentinelle fut laissée à sa porte, et il reçut l'ordre de partir dans les deux jours pour son évèché de Sinigaglia. Le pape lui défendit de partir, lui ordonna de ne céder qu'à la violence; le cardinal fut appréhendé dans sa maison par des soldats, mis en voiture et sous bonne escorte conduit dans son diocèse.

Il eut pour successeur au ministère le cardinal Pacca, un adversaire résolu et connu de la France et de l'Empereur, qui avait voté au Sacré Collège contre le voyage du pape à Paris, qui n'avait cessé de conseiller au pape la résistance la plus énergique aux prétentions du gouvernement français et que Napoléon avait refusé récemment comme négociateur. Cette nomination était une réplique vigoureuse aux derniers attentats contre le Saint-Siège*. D'ailleurs en cette affaire le nom du secrétaire d'État importe peu;

1. Afr. Etr., Rome, 942, f- 147-149. — D'Haussonville, ÏÏI, 66-67.

les personnages changent, la politique est la même; le pape a toujours le môme entourage, dit Tagent Ortoli, < des ex-jésuites espagnols, des moines dominicains et quelques autres fanatiques de la même trempe ». En vérité, ce qui soutient le pape dans celte lutte ardenle, ce n'est pas surtout Pacca ou Consaivi, les Jésuites ou les Dominicains, c'est Tesprit même de Tultramontanisme de plus en plus exaspéré; c'est la tradition séculaire de ri^glise romaine; il représente la monarchie pontificale contre les libertés gallicanes, contre les libertés épiscopales des premiers siècles, la suprématie du pouvoir ecclésiastique sur le pouvoir civil, la doctrine du Concile de Trente avant celle du Concile du Vatican. Ce fut l'invincible force de Pie VII et le caractère symbolique de son pontificat.

Aussi ne fit-il aucune concession, ne montra-t-il aucune faiblesse. La lutte fut de tous les instants. L'administration de la justice, dans les départements nouvellement formés, était rendue impossible par l'absence des pièces des procès, qui étaient centralisées à Rome. Le pape refusa de les livrer. Miollis les fit enlever de force au QuirinaP.

A ce moment Pie VII protesta contre la fondation de l'Université qui s'arrogeait toute autorité sur l'instruction de la jeunesse; comme ses successeurs il revendiquait pour l'Église le droit d'enseigner, sinon le monopole'.

Il renouvelait, dans l'encyclique du 30 août, la défense de reconnaître les fonctionnaires français dans les provinces qui venaient de lui être prises et de prêter le serment de fidélité à l'Empereur. Quelques évêques et prêtres s'effrayaient des conséquences. Le pape gourmanda sévèrement leur faiblesse. Ils obéirent; ils refusèrent le serment; ils furent emmenés à Milan et dispersés dans les séminaires du royaume d'Italie'.

Ces encouragements à la résistance ou à la rébellion ne manquaient pas de produire de l'effet. Mais la fermentation fut surtout augmentée par les nouvelles d'Espagne. On annonça autour du Quirinal, dans le courant du mois d'août, que l'armée française

1. Afr. Elr., Rome, 942, f° 148 : dépêche d'Ortoli, 22 août 1808.

2. AfT. Etr., Rome, 942, ^ 116 : aUocution du pape aux cardinaux en consistoire secret.

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