‹ Napoléon en ItalieChapitre 343 sur 423 · AIT. Etr., Rome, 943, î^ 66-68 : dépêche d'Ortoli · texte numérisé non relu

AIT. Etr., Rome, 943, î^ 66-68 : dépêche d'Ortoli

Le pape défendit à ses sujets de célébrer le Carnaval ; dure privation pour les Italiens; il estima que ces réjouissances ne conveDaicnt pas à la situation présente : « Dans la primitive Église, dil-il, lorsque le Saint-Père était dans la prison, tout le peuple adressait des prières au Très-Haut pour qu'il Ten délivrât* ».

Miollis commença cependant l'organisation des fêtes. Le pape protesta et déclara que si les réjouissances avaient lieu, cela rappellerait les temps malheureux de la France où Ton dansait autour des victimes. Miollis maintint les mesures qu'il avait prises. On attendit avec curiosité et avec émoi au Vatican le résultat de cette affaire; on n'espérait pas que le peuple pût faire au pape, si dévoué qu'il lui fût, le sacrifice de sa joie, et les autorités françaises prirent des précautions pour la circulation des foules et des chars, pour le maintien de Tordre. Tout fut préparé au Corso.

Le 2 février, jour de l'ouverture de la fête, la ville entière s'enferma dans un silence de deuil; dans les grandes rues, toutes les fenêtres étaient fermées; pas un masque, pas une voiture au Corso dans toute la journée, personne à la course des chevaux, pas d'autre mouvement que celui des troupes qui circulaient comme dans une ville abandonnée. Il y eut seulement du monde dans les églises où Ton disait des prières pour le salut de TÉtat. Miollis vexé ordonna la suppression de toutes les fêles de la saison.

On en rit au Quirinal; on en triompha. Le pape pleura de joie quand il vit cette preuve saisissante du dévouement de ses sujets. Les dévots dirent que c'était un miracle. Les prêtres en furent plus arrogants. Le printemps revenait; ils espérèrent qu'il amènerait la guerre; on entendait dire que l'Autriche se préparait à la reprise des hostilités contre la France : ce serait peut-être le salut du Saint-Siège, car, toules relations rompues avec la France, on ne pouvait compter que sur le concours de l'étranger*.

A la fin de janvier, Miollis, au nom de son gouvernement, avait invité les Espagnols établis à Rome à prêter le serment de fidélité à Sa Majesté Don Joseph, roi des Espagnes. Les jésuites prêtèrent ce sennent et demandèrent à rentrer en Espagne puisqu'on les considérait comme des sujets espagnols; le général français ne

i. AfT. Etr., Rome, 942, f" 280-281 : notification du pape à ses sujets. 2. AIT. Etr., Rome, 943, f*' 4-5, 12, 45-51.

répondit point à ce raisonnement. L'ambassadeur d'Espagne, M. de Vargas, refusa le serment; il fut tenu aux arrêts dans sa maison ; ses papiers furent saisis et inventoriés comme appartenant à la couronne d'Espagne; le chevalier de Lebzeltern, chargé d'affaires autrichien, par esprit de solidarité à Tégard d'un collègue, refusa de se rendre à un l)al chez Miollis, à cause de l'indigne traitement subi par M. de Vargas; 140 Espagnols refusèrent de jurer fidélité à Don Joseph; ils furent arrêtés; on les tint en prison jusqu'à la fin du mois de mai, malgré les protestations véhémentes du cardinal Pacca*.

A son retour d'Espagne, l'Empereur donna des instructions pour la solution de la question romaine qui devenait de plus en plus pressante; il ne pouvait rester indéfmiment dans ce conflit sans négociations avec le pape; il ne pouvait laisser Rome dans cet état d'anarchie, sous le gouvernement à la fois du pape et d'un général français. Pouvait-il retirer ses troupes? C'eût été non seulement une faiblesse encourageante pour ses ennemis; c'eût été l'abandon de son dessein impérial. A son empire il fallait Rome, autant que plus tard au royaume d'Italie de Victor-Emmanuel II ; il poursuivait depuis plusieurs années cette consécration de sa politique; la besogne était délicate, il en avait avec patience ménagé les développements successifs; mais le temps était son allié, il habituait les populations à obéir aux autorités impériales, à vivre parmi les troupes impériales, il rendait facile la suppression totale du pouvoir temporel de la papauté : aussi bien étail-ce chose faite; il ne restait qu'à le dire.

D'après les ordres et les lettres de l'Empereur, M. d'Hauterive présenta le 21 janvier un rapport dont voici les points essentiels : n La puissance temporelle des papes fut un don de Charleraagne et de son père après la conquête de l'Exarchat de Ravenne (comprenant Ravenne, Rome et Ferrare) et de la Pentapole (qui s'étendait de Rimini à Ancône). Charlemagne, comme son père, se

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