‹ Napoléon en ItalieChapitre 345 sur 423 · Corr., XVIII · texte numérisé non relu

Corr., XVIII

Ëlats et que par celte donation Rome ne cessa pas de faire partie de son empire ;

Que, depuis, ce mélange d'un pouvoir spirituel avec une autorité temporelle a été, comme il Test encore, une source de discussions, et a porté trop souvent les pontifes à employer Tinfluence de l'un pour soutenir les prétentions de l'autre; qu'ainsi les intérêts spirituels et les affaires du ciel, qui sont immuables, se sont trouvés mêlés aux affaires terrestres qui par leur nature changent selon les circonstances et la politique du temps ;

Que tout ce que nous avons proposé pour concilier la sûreté de nos armées, la tranquillité et le bien-être de nos peuples, la dignité et l'intégrité de notre empire avec les prétentions temporelles des papes, n'a pu se réaliser,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

Article premier. — Les États du pape sont réunis à l'Empire français.

Art. 2. — La ville de Rome, si célèbre par les grands souvenirs dont elle est remplie et premier siège de la chrétienté, est déclarée ville impériale et libre.

Art. 3. — Les restes des monuments élevés par les Romains seront entretenus et conservés aux frais de notre trésor.

Art. 4. — La dette publique est constituée dette impériale.

Art. 5. — Les terres et domaines du pape seront augmentés jusqu'à concurrence d'un revenu net annuel de deux millions.

Art. 6. — Les terres et domaines du pape, ainsi que ses palais, seront exempts de toute imposition, juridiction et visite, et il^ jouiront d'immunités particulières.

Art. 7. — Le l^juin de la présente année une Consulte extraordinaire prendra, en notre nom, possession des États du pape et fera les dispositions nécessaires pour que le régime constitutionnel soit organisé et puisse être mis en vigueur le !•' janvier 1810.

Donné en notre camp impérial de Vienne le 17 mai 1809.

Le second décret porte création de la Consulte extraordinaire; elle fut composée du général de division Miollis, gouverneur général, président; Saliceti, ministre du roi de Naples; De Gérando, Janet et Del Pozzo, maîtres des requêtes au Conseil d'État; Balbe, auditeur au Conseil d'État, secrétaire.

Le comte Gaudin, ministre des finances, fut chargé de diriger, de Paris, les opérations de la Consulte extraordinaire; elle devait éviter tous les froissements, « se conduire de manière que le passage de l'ancien ordre de choses au nouveau eût lieu sans secousse et avec régularité ». Elle devait commencer par la divi-

sien du territoire en départements, nommer à Rome un Sénat de soixante membres qui formerait le corps municipal. Le Code civil y devait ôtre mis en activité au 1*' juillet ou au 1" août, selon que la Consulte le jugerait praticable, c On usera envers le Pape, disait encore l'Empereur, de ménagements et d'égards, on lui laissera ses meubles, ses tableaux, ses bijoux, les palais qu'il voudra conserver et les biens qu'il choisira. Mais du reste on ne tolérera aucune opposition... J'aurai à Rome un palais, qui fera partie de ma liste civile et qui doit ôtre convenablement doté*. »

On devait s'attendre à quelque résistance ; l'Empereur estima qu'il fallait réunir des forces suffisantes pour ne craindre aucun mouvement ni rumeur. C'est pourquoi, l'armée d'Italie étant occupée ailleurs, — le prince Eugène se battait alors contre l'archiduc Jean sur le Raab, — l'armée de Rome fut mise, le 3 juin, sous le commandement.de Murât; car non seulement le roi de Naples disposait de quelques troupes qui constituaient le seul renfort possible pour Miollis en cas de danger grave, mais son nom était redouté en Italie notamment et pouvait contribuer à tenir les populations dans l'ordre. Il avait récemment prouvé son savoirfaire à Madrid. Il fut content de cette nouvelle mission et se tint prêt à se rendre à Rome s'il en était besoin.

Les choses ne se passèrent pas tout à fait aussi vite que l'Empereur l'avait pensé. Miollis et Saliceti ne revinrent à Rome que le 10 juin. Le même jour les ordres de Napoléon furent exécutés; les armes impériales furent fixées à la place de celles du pape aux portes du Château Saint-Ange ; le pavillon tricolore fut arboré au sommet du Château, parmi les salves d'artillerie, qui apprirent au pape que tout était consommé. « Consummalum est », murmura-t-il, en lisant avec le cardinal Pacca le décret de l'Empereur *.

11 n'accepta pas sans protestation la destruction de sa séculaire souveraineté sur Rome. II adressa à ses sujets la proclamation suivante : « Ils sont enfin accomplis, les desseins ténébreux des

1. AIT. Etr., Rome, 943, ^• H4, 116. ~ Gorr., XIX, 15218, 15219, 15220, 15^1.

2. AIT. Etr., Rome, 943, ^ 134-135, 139-140. — Corr., XIX, 15225.

ennemis do siège apostolique! Après le violent et injuste envahissement de la plus belle et de la plus considérable portion de nos domaines, nous nous voyons dépouillé, sous d'indignes prétextes, de notre souveraineté temporelle, avec laquelle notre indépendance spirituelle est étroitement liée... Obligé d'ailleurs, envers Dieu et envers TÉglise, de transmettre à nos successeurs nos droits intacts et entiers, nous protestons contre cette nouvelle et violente spoliation et nous déclarons de nulle valeur Toccupation qui vient d'être faite de nos domaines. Nous rejetons, avec la résolution la plus ferme et la plus absolue, toute rente ou pension quelconque que TEmpereur des Français prétend faire à nous et aux membres de notre Collège. Nous nous couvririons tous d'opprobre à la face de TÉglise, si nous consentions à recevoir notre subsistance des mains de Tusurpateur de ses biens. Nous nous abandonnons à la Providence et à la piété des fidèles, content de terminer ainsi dans la médiocrité la carrière douloureuse de nos pénibles jours. Nous adorons avec une parfaite humilité les décrets impénétrables de Dieu; nous appelons sa divine miséricorde sur nos sujets lidèles, qui seront toujours notre bonheur et notre gloire; et, après avoir fait dans cette circonstance tout ce que commandaient nos devoirs, nous exhorions ces mêmes sujets à conserver toujours intacte la religion et à s'unir à nous pour conjurer, par nos gémissements, entre le vestibule et Tautel, le Père suprême des lumières, atin qu'il daigne changer les conseils pervers de nos persécuteurs *. »

Il réussit même à faire afficher quelques exemplaires de la bulle d'excommunication qu'il avait préparée depuis quelque temps, en prévision de ce suprême attentat. C'était la bulle Quum memoranda, datée aussi du 10 juin, réponse immédiate à l'occupation de Rome au nom de l'Empereur. Elle ne prononçait point le nom de Napoléon; elle fulminait « contre ceux qui ont commis, ordonné, favorisé, conseillé ou approuvé les attentats commis contre le Saint-Siège, quoiqu'ils brillent de l'honneur de quelque grande dignité que ce soit, quoique ce soient des personnes dignes d'être notées spécialement ». La désignation est donc suffisamment claire. Pourquoi donc le pape n'a-t-il pas

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